Dream Away : Une réflexion subtile sur le cinéma et l’amitié

Publié le 02 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 1982, alors que George Harrison vivait une époque de grande créativité mais aussi de discrétion relative par rapport à son passé Beatle, il fit une apparition remarquée avec Gone Troppo, son dixième album solo. Un disque singulier dans sa discographie, qui mélangeait les influences reggae, pop, et rock, et qui marquait un retour aux sonorités légères et expérimentales. Parmi les morceaux qui y figuraient, Dream Away s’impose comme l’une des œuvres les plus intrigantes et touchantes de cet album.

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L’origine de “Dream Away” : un cadeau pour le cinéma

L’histoire de Dream Away commence dans le cadre d’une collaboration cinématographique peu connue, mais significative : le film Time Bandits. Ce long-métrage fantastique de Terry Gilliam, membre des Monty Python, fut produit en grande partie grâce à la société de production de Harrison, HandMade Films. Dès le départ, Harrison se montra impliqué dans la production du film, non seulement en tant que producteur, mais aussi en contribuant à la bande-son.

La chanson Dream Away a été écrite spécifiquement pour être jouée sur les crédits de fin du film Time Bandits. Ce n’est pas un hasard si Harrison choisit cette période pour composer une mélodie aussi légère et rêveuse, un peu en décalage avec le film, qui raconte les aventures de jeunes voleurs voyageant à travers le temps et l’histoire. Le film était un mélange de comédie absurde, de science-fiction et de réflexion sur la condition humaine, des thématiques qui se retrouvent dans les paroles de la chanson, bien que de manière indirecte.

L’album Gone Troppo : un disque en marge

Lorsque Harrison décida d’intégrer Dream Away à son album Gone Troppo, il opérait un choix plutôt audacieux. Le disque, qui a été enregistré en 1981, représente une période de transition dans sa carrière musicale. Moins porté sur la spiritualité ou les grandes déclarations philosophiques, Harrison semblait se tourner vers un style plus léger, presque ludique, en partie à cause de ses expériences dans le monde du cinéma et de l’esprit détendu qu’il cherchait à cultiver.

L’album Gone Troppo est l’un des moins connus dans la discographie de Harrison, en grande partie en raison de la faible promotion dont il bénéficia à sa sortie et du déclin général de l’intérêt du public pour ses travaux à cette époque. Pourtant, Dream Away s’inscrit dans cette recherche de légèreté, où la musique se fait plus douce, moins complexe que dans ses albums précédents, comme All Things Must Pass ou Living in the Material World. C’est un morceau de pop sophistiquée, avec une mélodie qui se dévoile lentement, comme une sorte de rêve éveillé.

L’influence du film Time Bandits dans les paroles

Le contexte de Time Bandits imprègne toute la composition de Dream Away. Harrison, tout en restant fidèle à son style, parvient à insuffler dans la chanson une part de ses réflexions sur l’art et sur le rôle du créateur. Le réalisateur Terry Gilliam, dans ses mémoires, confia que les paroles de Harrison étaient une forme de commentaire subtile sur le film lui-même, mais aussi sur l’industrie cinématographique en général. Harrison n’hésita pas à glisser des remarques sur ce qu’il pensait de certains aspects du film, notamment la durée et l’orgueil parfois excessif des créateurs.

Ainsi, la chanson semble aborder des sujets comme l’art du cinéma, l’illusion, et la nécessité de ne pas se perdre dans une longue introspection. Il y a même des critiques discrètes sur le travail de Gilliam et sur sa manière de diriger le film. Harrison avait l’habitude de maintenir un ton cordial et respectueux, mais dans ce morceau, on peut percevoir une forme d’agacement vis-à-vis de l’ego créatif et de la complexité inutile. Ce genre de subtilité se retrouve dans les chansons des artistes les plus raffinés, capables de cacher des messages profonds sous des airs légers et accessibles.

Un son distinctif : l’empreinte de l’équipe de production

La production de Dream Away se distingue par une approche plus dynamique que celle des morceaux précédents de Harrison. Il travaille une nouvelle fois avec Phil McDonald, mais aussi avec Ray Cooper, un percussionniste clé qui deviendra un compagnon régulier de ses sessions musicales. Le titre est marqué par un jeu de percussions souples, de guitares acoustiques et électriques, et par la présence de Mike Moran aux claviers, qui ajoute des nappes de sonorités aériennes et enveloppantes. L’arrangement vocal est également important, avec les voix de Billy Preston, Syreeta et Sarah Ricor, qui apportent une douceur et une légèreté au morceau.

À travers Dream Away, Harrison parvient à maintenir un équilibre entre une structure musicale plutôt classique et un esprit aventureux qui flirte avec des sonorités nouvelles et inattendues. Il joue sur l’équilibre entre légèreté et profondeur, comme si le morceau pouvait se transformer à tout instant en quelque chose de plus profond, de plus introspectif, bien que la mélodie reste douce et apaisante.

Le message de “Dream Away” : un appel à la réflexion sans lourdeur

La chanson Dream Away se distingue par sa capacité à inviter à la rêverie sans pour autant perdre de vue la réalité. Le thème du rêve, souvent associé à la fuite ou à l’illusion, est ici traité de manière plutôt positive. Harrison semble suggérer qu’il est nécessaire, de temps en temps, de laisser son esprit vagabonder, de s’évader pour mieux revenir à la réalité, plus fort et plus clair dans ses choix. Il y a quelque chose de presque consolant dans ce morceau, une invitation à prendre du recul face à un monde souvent trop exigeant.

Les paroles de Dream Away évoquent ce contraste entre le monde matériel et le monde des rêves, une thématique qui avait déjà été présente dans son album précédent Living in the Material World. Mais ici, Harrison semble plus léger, moins moralisateur. Au lieu de critiquer frontalement la société de consommation, il se contente de proposer une alternative douce : laisser son esprit s’évader, se laisser aller à la rêverie, tout en restant conscient de la réalité qui nous entoure.

Un single resté discret

Malgré la qualité indéniable de Dream Away, le single fut plutôt discret dans son impact commercial. Sorti en novembre 1982 au Royaume-Uni et aux États-Unis, il n’a pas connu un grand succès dans les charts. Cependant, la chanson a été particulièrement bien reçue au Japon, où elle a fait l’objet d’un troisième single extrait de l’album Gone Troppo. La sortie n’a pas été accompagnée d’une grande promotion, et c’est peut-être ce qui explique son absence de reconnaissance auprès du grand public. Néanmoins, le morceau reste un exemple de plus de l’approche unique de Harrison, qui parvenait à créer des chansons d’une grande beauté, tout en restant fidèle à son propre chemin artistique, loin des attentes commerciales.

L’héritage de Dream Away et de Gone Troppo

Dream Away est aujourd’hui l’un des morceaux les plus appréciés des fans de George Harrison, et il incarne l’un des derniers grands moments de créativité de l’artiste avant qu’il ne se retire quelque peu du monde de la musique commerciale. Si l’album Gone Troppo dans son ensemble a souvent été considéré comme une œuvre marginale dans la carrière de Harrison, Dream Away brille comme une petite perle, éclatante de simplicité et de sensibilité.

Dans l’ombre des grands classiques des années 1970, Dream Away demeure une chanson précieuse qui témoigne de la maturité de Harrison en tant qu’artiste, capable de saisir des instants de magie pure et de les transformer en musique. C’est un appel à la rêverie et à la réflexion, un voyage poétique dans l’univers intime d’un homme à la fois philosophe et musicien.