Sommaire
- Une inspiration marine au large de la Sardaigne
- Soutien de George Harrison et genèse début 1969
- Une entrée en studio : de janvier à juillet 1969
- Un hymne « pour enfants » plein de profondeur
- Un line-up efficace et uni
- Position sur Abbey Road et réception
- un souffle d’optimisme au milieu des tempêtes
Une inspiration marine au large de la Sardaigne
À l’été 1968, alors que les tensions s’intensifient au sein des Beatles pendant les sessions du White Album, Ringo Starr décide de faire une pause et de quitter temporairement le groupe. Fatigué de l’atmosphère pesante en studio, il part avec sa famille en Sardaigne pour quelques jours de repos à bord du yacht de l’acteur Peter Sellers. C’est au cours de cette escapade qu’il discute avec le capitaine du bateau, lequel lui explique le comportement des pieuvres : elles collectionnent des objets brillants pour décorer l’entrée de leur repaire sous-marin.
Saisi par cette image onirique, Ringo trouve là l’étincelle créative : « Je voulais aussi être sous la mer », dira-t-il plus tard. Quelques accords et « quelques taffes plus tard », la chanson « Octopus’s Garden » prend forme. Ainsi naît la deuxième composition de Ringo pour les Beatles (après « Don’t Pass Me By » sur le White Album), devenue un incontournable de l’album Abbey Road.
Soutien de George Harrison et genèse début 1969
Avant même les sessions officielles, Ringo joue un brouillon de « Octopus’s Garden » durant les répétitions du projet Get Back/Let It Be en janvier 1969. George Harrison, qui sait combien ses propres compositions sont souvent reléguées au second plan, soutient Ringo avec enthousiasme :
« J’adore cette chanson, parce qu’elle paraît enfantine mais ses paroles sont magnifiques… Il y a un sens profond dans “We’ll be warm beneath the storm”. »
— George Harrison, 1969
Le morceau aurait brièvement été envisagé pour l’album Let It Be en tant que “contribution chantée par Ringo”, mais il ne sera réellement enregistré que durant les sessions de Abbey Road.
Une entrée en studio : de janvier à juillet 1969
- Janvier 1969 : Ringo présente trois ébauches aux Beatles : « Taking A Trip To Carolina », « Picasso » et « Octopus’s Garden ». À ce stade, la chanson n’est pas encore finalisée, mais déjà suffisamment structurée pour être jouée brièvement.
- 26 avril 1969 : Première session d’enregistrement sérieux aux studios EMI/Abbey Road. Ils enregistrent plusieurs prises : on retrouve déjà la trame principale (basse, batterie, guitares) et la voix témoin de Ringo. La prise 2 (incluse plus tard sur Anthology 3) révèle un morceau déjà bien rodé.
- 29 avril : Ringo refait sa voix principale (elle sera encore reprise ultérieurement), et Paul McCartney ajoute du piano dans les ponts.
- 17 juillet : McCartney refait une basse, Harrison et McCartney ajoutent des chœurs, et on ajoute des effets sonores (dont Ringo faisant des bulles dans un verre d’eau !).
- 18 juillet : Session finale, Ringo enregistre la version définitive de son chant. Le morceau est ensuite mixé en stéréo (entre 20h et 22h30). À la différence de la plupart des titres de Abbey Road, une session de mixage mono est aussi réalisée (sans que l’on sache pourquoi, puisque l’album ne sortira pas en mono).
Un hymne « pour enfants » plein de profondeur
En apparence, « Octopus’s Garden » est une chanson naïve, voire enfantine, invitant à plonger sous la mer pour s’éloigner des tracas du monde terrestre. Les paroles, pourtant, cachent une dimension plus symbolique. Comme le souligne George Harrison :
- Se réfugier “sous la mer” évoque la tranquillité intérieure, loin de la “tempête” en surface.
- S’installer au fond de l’océan rappelle l’idée de protection, de calme, très prisé à cette période où les Beatles traversent des conflits internes.
Harrison ira même jusqu’à dire que Ringo écrit involontairement des “chansons cosmiques”, exprimant un désir d’évasion et de paix sans forcément en être conscient.
Un line-up efficace et uni
Au-delà du sens, « Octopus’s Garden » bénéficie d’une mise en place instrumentale solide :
- Ringo Starr : voix principale, batterie, percussions (maracas, effets “bulles”).
- Paul McCartney : basse, piano dans les ponts, harmonies vocales.
- George Harrison : guitare lead (et quelques passages acoustiques), chœurs.
- John Lennon : guitare rythmique.
Malgré les tensions, on ressent une certaine convivialité. Le fait que Harrison s’implique beaucoup confirme l’esprit de camaraderie envers Ringo. Sur le plan musical, le morceau se caractérise par une introduction de guitare en arpèges (répétitifs) de George, un refrain joyeux, et un pont où le piano de Paul et les chœurs créent une ambiance quasi-ludique.
Position sur Abbey Road et réception
« Octopus’s Garden » figure en 2e piste de la face B de Abbey Road. L’album sort le 26 septembre 1969 (Royaume-Uni) et le 1er octobre aux États-Unis, devenant un immense succès et l’un des sommets de la discographie des Beatles. Bien qu’il ne sorte pas en single, le titre devient l’une des chansons préférées du public, en particulier des enfants, grâce à son côté maritime et son refrain facile à chanter.
Aujourd’hui, « Octopus’s Garden » est souvent considérée comme la plus aboutie des compositions de Ringo Starr au sein des Beatles, plus fameuse encore que « Don’t Pass Me By » (1968). Elle reflète parfaitement le style chaleureux et détendu de Ringo, et s’inscrit à merveille dans la galerie d’influences diverses de Abbey Road (du rock de “Come Together” aux harmonies pop de “Here Comes The Sun”).
un souffle d’optimisme au milieu des tempêtes
Dans le climat orageux de 1969, « Octopus’s Garden » apporte une note de fraîcheur et d’évasion sur Abbey Road. Ce morceau, né d’une anecdote avec un capitaine de bateau en Sardaigne, incarne la volonté de Ringo de trouver un refuge imaginaire. Avec le soutien de George Harrison et la participation active de Paul et John, la chanson s’érige comme un témoignage de cohésion possible, malgré les discordes.
Loin d’être un simple “morceau enfantin”, « Octopus’s Garden » recèle une profondeur symbolique qui touche à la quête de sérénité — reflet de la personnalité de Ringo et de ses aspirations au sein d’un groupe alors en train de se disloquer. Au final, ce titre reste un incontournable, autant apprécié pour son côté ludique que pour la sincérité qu’il dégage.