En 1966, en pleine effervescence créative avec les Beatles, Paul McCartney se voit offrir une collaboration avec Johnny Mercer, célèbre parolier de Moon River. Ce dernier propose d’écrire des paroles pour Love in the Open Air, morceau de la bande originale du film The Family Way. Par ignorance, McCartney décline l’offre, un choix qu’il regrettera par la suite. Cette occasion manquée illustre comment même les plus grands artistes peuvent passer à côté d’une opportunité qui aurait pu enrichir leur héritage musical.
Dans la carrière d’un artiste, certaines décisions peuvent marquer un tournant décisif, qu’il s’agisse d’un choix audacieux qui mène au succès ou d’une occasion manquée qui suscite des regrets. Même Paul McCartney, figure emblématique du rock et pilier des Beatles, n’échappe pas à cette règle. En pleine explosion créative des années 1960, il déclina une collaboration avec Johnny Mercer, l’un des plus grands paroliers du XXe siècle, une décision qu’il regretta par la suite.
Sommaire
- L’isolement créatif des Beatles et la naissance d’une bande originale
- Johnny Mercer, une offre en or ignorée
- Une collaboration avortée, un regret persistant
- McCartney et la musique de film : une histoire en dents de scie
- L’écho d’un « et si » éternel
L’isolement créatif des Beatles et la naissance d’une bande originale
Nous sommes en 1966, une époque charnière pour les Beatles. Après des années de tournées incessantes où les cris des fans couvraient leur musique, les quatre de Liverpool décident d’abandonner la scène pour se consacrer pleinement au studio. C’est dans ce contexte que naît Revolver, un album révolutionnaire qui marque le début d’une ère d’expérimentation sonore.
Au milieu de cette effervescence, Paul McCartney reçoit une proposition singulière : composer la bande originale du film The Family Way, réalisé par Roy Boulting. Bien que ce projet ne soit pas directement affilié aux Beatles, il représente une opportunité pour McCartney de prouver qu’il peut exister en tant que compositeur indépendant. Ce défi, bien que modeste, annonce déjà ses aspirations à diversifier son art au-delà du cadre du groupe.
Johnny Mercer, une offre en or ignorée
Dans l’industrie musicale, certaines figures sont des monuments. Johnny Mercer en fait partie. Parolier de génie, il est l’auteur de classiques intemporels tels que Moon River (popularisé par Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s) et Autumn Leaves. Son talent pour marier mots et mélodies est indéniable, et son influence s’étend bien au-delà du cercle des amateurs de jazz et de comédies musicales.
À cette époque, Mercer manifeste son intérêt pour The Family Way et propose d’écrire des paroles pour l’un des morceaux phares de la bande originale, Love in the Open Air. Pourtant, McCartney refuse l’offre. Non pas par arrogance, mais simplement par ignorance : « Je ne savais pas qui il était. Plus tard, j’ai réalisé : ‘Oh, ce Johnny Mercer ! Vous voulez dire le plus grand parolier de la planète !’ J’aurais dû le faire. »
Une collaboration avortée, un regret persistant
La bande originale de The Family Way sort en 1967 et reçoit un accueil mitigé. Le film lui-même passe relativement inaperçu, mais la musique de McCartney lui vaut un Ivor Novello Award. Toutefois, en regardant en arrière, il est difficile de ne pas imaginer ce qu’aurait pu donner une collaboration entre l’ex-Beatle et Mercer. Aurait-elle offert un nouveau standard à la hauteur de Moon River ?
Le style de Mercer, influencé par le swing et la sophistication des comédies musicales de Broadway, aurait pu parfaitement compléter l’approche mélodique de McCartney. D’autant que ce dernier, malgré ses accointances avec le rock, n’a jamais caché son amour pour la musique des crooners et les harmonies du music-hall, ce que John Lennon raillait sous l’appellation de « musique de grand-mère ».
McCartney et la musique de film : une histoire en dents de scie
Loin d’être un épisode isolé, The Family Way marque le début de la relation tumultueuse de McCartney avec la musique de film. En 1984, il récidive avec Give My Regards to Broad Street, un projet ambitieux mêlant film et bande originale. Mais cette fois, il prend entièrement en charge la composition et l’écriture. Résultat : un film mal reçu et une bande-son qui peine à marquer les esprits, malgré quelques titres notables.
En rétrospective, l’anecdote Mercer illustre une facette méconnue de McCartney : celle d’un musicien qui, bien qu’ultra-talentueux, n’a pas toujours su saisir les opportunités qui auraient pu enrichir encore davantage son œuvre. S’il est vrai que les Beatles ont redéfini les frontières du rock, McCartney aurait pu, à travers cette collaboration, ajouter un joyau supplémentaire à son héritage musical.
L’écho d’un « et si » éternel
L’histoire de la musique est jalonnée de ces « et si » qui nourrissent les fantasmes des mélomanes. Et si Jimi Hendrix avait collaboré avec Miles Davis ? Et si les Beatles ne s’étaient jamais séparés ? Et si McCartney avait accepté l’offre de Johnny Mercer ? Ces questions, bien que sans réponse, alimentent la légende et rappellent que même les plus grands peuvent passer à côté de l’histoire.
Aujourd’hui, McCartney demeure une icône, et son influence s’étend bien au-delà de ses choix passés. Mais dans un coin de sa mémoire, on imagine aisément qu’il garde un léger pincement au cœur en pensant à cette occasion manquée. Une mélodie perdue dans le flot du temps, un chef-d’œuvre qui ne verra jamais le jour.