Dear Boy : Entre Réminiscences et Déclarations d’Amour

Publié le 03 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Sorti sur l’albumRamen 1971,Dear Boyest l’un des morceaux les plus introspectifs et élégants de Paul McCartney. Derrière ses harmonies sophistiquées et son instrumentation délicate, la chanson cache une double signification : d’un côté, une déclaration d’amour à Linda McCartney et de l’autre, un regard rétrospectif sur le passé de celle-ci, notamment son premier mariage.

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Un hommage à Linda et un regard sur son passé

Contrairement à certaines spéculations qui suggéraient que la chanson était une attaque déguisée contre John Lennon, Paul McCartney a clarifié qu’il s’agissait en réalité d’un message adressé à Joseph Melvin See Jr., le premier mari de Linda McCartney. Mariés en 1962, ils avaient eu une fille ensemble, Heather, mais leur union s’était soldée par un divorce en 1965.

« ‘Dear Boy’ n’avait rien à voir avec John. En réalité, c’était une chanson adressée à l’ex-mari de Linda : ‘I guess you never knew what you had missed.’ Je ne lui ai jamais dit ça en face, ce qui était probablement une chance, car il a fini par se suicider. C’était juste un commentaire sur lui, parce que je me disais : ‘Mon Dieu, tu avais une femme incroyable et tu n’as pas su t’en rendre compte.’ »
Paul McCartney, Mojo, 2001

Au-delà de cet aspect,Dear Boyexprime aussi la reconnaissance de McCartney envers Linda, qui l’a aidé à surmonter sa période de doute et de dépression après la séparation des Beatles.

« ‘Dear Boy’ était en partie autobiographique, une prise de conscience de la chance que j’avais d’avoir Linda à mes côtés. Je ne l’avais pas compris avant d’écrire cette chanson. »
Paul McCartney, 1971

Ainsi, si les premières lignes semblent adresser un message à l’ex-mari de Linda, la seconde partie du morceau devient une déclaration plus personnelle, dans laquelle McCartney se félicite d’avoir trouvé l’amour véritable après la tempête des années Beatles.

Une sophistication vocale et instrumentale rare

Dès les premières notes,Dear Boyfrappe par son atmosphère douce-amère et ses harmonies vocales d’une richesse impressionnante. Paul et Linda McCartney y livrent une performance vocale délicate et envoûtante, qui s’inspire directement des Beach Boys et de Brian Wilson.

L’arrangement, bien que sobre, est construit avec minutie. Le piano omniprésent donne une touche mélancolique, tandis que la guitare électrique, jouée avec subtilité, renforce le côté aérien du morceau. Denny Seiwell, batteur des sessions deRam, a révélé que l’enregistrement des percussions avait été particulièrement original.

« Guercio [l’ingénieur du son] m’a retiré la moitié de la batterie, me laissant uniquement la grosse caisse et la caisse claire pour une prise, puis il a enlevé ces éléments et m’a fait jouer les toms séparément sur une autre prise. Cela devait créer un effet stéréo, mais ce n’était pas ma manière habituelle d’enregistrer. Cela a enlevé un peu de spontanéité au morceau, bien que le rendu final soit réussi. »
Denny Seiwell, The McCartney Legacy – Volume 1: 1969-73

Les overdubs vocaux ont été enregistrés les 10 et 12 mars 1971. Paul et Linda ont superposé plusieurs pistes pour créer un effet choral envoûtant, qui évoque le travail des Beach Boys.

« J’ai toujours aimé les harmonies, et avec ‘Dear Boy’, elles ont pris forme progressivement. Linda était encore novice, alors que j’avais déjà des années d’expérience. La question était de savoir comment combiner ces deux extrêmes de manière harmonieuse. »
Paul McCartney, Ram Archive Collection, 2012

Enfin, une touche expérimentale a été ajoutée lors de la session du 7 avril 1971, avec l’utilisation d’effets de phasing sur un synthétiseur, manipulé par Paul Beaver, musicien spécialisé dans les textures électroniques.

Une réception contrastée et une postérité discrète

Bien qu’il ne soit pas sorti en single,Dear Boyest souvent cité comme l’un des morceaux les plus aboutis deRam, et ce, malgré l’accueil mitigé réservé à l’album lors de sa sortie. Si la critique de l’époque voyait dansRamun disque trop domestique ou léger, de nombreux musiciens ont depuis reconnu la richesse de son écriture et de ses arrangements.

Même John Lennon, qui avait pris l’album comme une provocation personnelle, reconnut plus tard apprécier certains moments deRam, y comprisDear Boy.

En 1998, après le décès de Linda McCartney,Dear Boyfut joué lors de la cérémonie commémorative qui eut lieu à Londres. Aux côtés deGolden Earth Girl,Calico SkiesetMy Love, cette chanson illustrait la profondeur du lien entre Paul et Linda, ainsi que l’impact qu’elle avait eu sur sa vie et sa musique.

Un morceau discret mais essentiel

Dear Boyillustre à merveille l’essence deRam: une production méticuleuse, une approche musicale aventureuse et une sincérité désarmante. Si la chanson a pu être mal comprise à sa sortie, elle est aujourd’hui reconnue comme une pièce maîtresse du catalogue de McCartney, mêlant nostalgie, gratitude et sophistication pop.

Loin d’être un simple règlement de comptes,Dear Boyest avant tout un témoignage d’amour et de reconnaissance, porté par des harmonies vocales sublimes et une instrumentation soignée. En rétrospective, il incarne la transition de McCartney vers une liberté artistique totale, où l’émotion prime sur les conventions.