George Harrison et la Renaissance du “Beatle Silencieux” : L’Histoire de All Things Must Pass

Publié le 03 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Parmi les quatre Beatles, George Harrison a souvent été relégué au second plan, éclipsé par les personnalités dominantes de John Lennon et Paul McCartney. Pourtant, lorsqu’il s’est aventuré en solo après la séparation du groupe en 1970, Harrison a démontr&e acute; qu’il n’était pas seulement un membre périphérique du groupe légendaire. Avec son album monumental All Things Must Pass, il a affirmé son génie musical, prouvant que ses contributions avaient été bien sous-estimées durant ses années au sein des Beatles.

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Le “Beatle Silencieux” ou le “Beatle Ignoré” ?

Surnommé le “Beatle silencieux”, Harrison se voyait plutôt comme le “Beatle ignoré”. Ses frustrations avec McCartney et Lennon ont été un thème récurrent dans ses interviews. En 2001, dans un entretien avec Guitar World, il déclara : « Paul ne pouvait pas voir plus loin que lui-même… Il avait le vent en poupe, mais dans son esprit, tout ce qui se passait autour de lui n’était là que pour l’accompagner. » Cette dynamique conflictuelle a souvent conduit à la marginalisation des compositions de Harrison, même lorsque celles-ci étaient remarquables.

Des morceaux comme Wah-Wah, Let It Down et, surtout, All Things Must Pass furent rejetés par le groupe lors des dernières années. Ce dernier titre, emblématique, illustre parfaitement la profondeur artistique de Harrison et son inclination vers une spiritualité universelle, deux éléments souvent négligés par ses partenaires.

L’Inspiration : Timothy Leary et le Tao Te Ching

All Things Must Pass est bien plus qu’une simple chanson. Harrison y intègre une philosophie inspirée par Timothy Leary, un psychologue et figure majeure de la contre-culture des années 1960. Leary, qualifié de “l’homme le plus dangereux d’Amérique” par les autorités en raison de son plaidoyer en faveur des psychédéliques, publia Psychedelic Prayers after the Tao Te Ching. Ce recueil de poèmes, basé sur le texte ancien chinois du Tao Te Ching, influença profondément Harrison.

Dans le poème de Leary intitulé également All Things Must Pass, on trouve des vers tels que :

“Toutes les choses passent, un lever de soleil ne dure pas toute la matinée, toutes les choses passent, une tempête de nuages ne dure pas toute la journée.”

Harrison emprunta directement ces images poétiques et les transforma en un message personnel. Cependant, là où Leary explore une spiritualité presque hallucinatoire, Harrison en fait une œuvre intemporelle, nourrie de sa quête de sérénité et d’impermanence, marquées par son exploration des enseignements orientaux et de son admiration pour Ravi Shankar.

L’Album : Une Épopée Musicale

Lorsque All Things Must Pass sort en novembre 1970, il devient immédiatement un phénomène. Produit par Phil Spector, l’album bénéficie du fameux “Wall of Sound” qui confère une dimension orchestrale et majestueuse aux compositions. Harrison ne se limite pas à une simple introspection : il livre une œuvre complète, spirituelle, et profondément personnelle.

Le titre éponyme est accompagné de morceaux comme My Sweet Lord ou Isn’t It a Pity, tous témoins de son talent en tant qu’auteur-compositeur. Libéré de l’ombre de Lennon-McCartney, Harrison dévoile une prolifique créativité qu’il avait contenue pendant des années.

Une Chanson Éternelle pour une Philosophie de l’Impermanence

All Things Must Pass, avec son instrumentation majestueuse et ses paroles méditatives, a réussi à capturer l’essence de la philosophie de Harrison. Cette chanson, qui traite de l’impermanence des choses, est à la fois un adieu à une époque et une célébration du renouveau.

Ironiquement, les Beatles avaient rejeté ce morceau, illustrant une fois de plus la tension entre Harrison et le groupe. Lennon et McCartney, absorbés par leurs propres compositions, n’ont pas perçu la profondeur de cette ballade. Mais dans sa forme finale, débarrassée des compromis artistiques imposés par le groupe, All Things Must Pass est devenue l’un des plus grands chefs-d’œuvre de l’histoire de la musique populaire.

L’Héritage : Une Invitation à Vivre dans l’Instant Présent

Avec le recul, All Things Must Pass est bien plus qu’une chanson ou un album. Elle est devenue un hymne à l’acceptation et au lâcher-prise. En s’inspirant de Timothy Leary et en transcendant les limites de la musique pop, Harrison a créé une œuvre intemporelle.

Aujourd’hui encore, ce titre résonne comme un rappel à apprécier l’instant présent, un témoignage de la capacité de Harrison à transformer une philosophie millénaire en une chanson universelle. Et si Lennon et McCartney ont marqué leur époque avec leur génie créatif, George Harrison, avec All Things Must Pass, a prouvé qu’il possédait lui aussi une voix unique, capable de transcender le temps et de parler directement à l’âme humaine.

En conclusion, All Things Must Pass demeure une pièce essentielle de l’héritage des Beatles, mais surtout de la carrière de George Harrison. Cet album est une démonstration éclatante de son talent et une leçon de vie : comme le dit si bien la chanson, « tout passe », mais certains chefs-d’œuvre, eux, restent.