[ZOOM SUR UNE CHANSON DES BEATLES] I’ve Just Seen A Face : le joyau folk-pop de Paul McCartney qui s’affranchit de la formule Beatles

Publié le 04 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Sommaire

Une composition fortuite au 57 Wimpole Street

En 1965, alors que les Beatles traversent une période créative intense, Paul McCartney vit chez la famille Asher, au 57 Wimpole Street à Londres, aux côtés de sa petite amie de l’époque, l’actrice Jane Asher. C’est dans la salle de musique de cette demeure qu’il va donner naissance à « I’ve Just Seen A Face ». Pendant un temps, la chanson est même surnommée « Auntie Jin’s Theme », car la tante de Paul en appréciait particulièrement la mélodie, bien avant que les paroles ne soient écrites.

Plus tard, McCartney décrira le morceau comme ayant « un petit côté country et western ». Il souligne aussi que la chanson avance à vive allure, avec un texte qui « tire constamment vers la ligne suivante », renforçant son énergie et son entraînante simplicité. Marquée par un tempo rapide, « I’ve Just Seen A Face » s’impose comme un numéro folk-pop, léger et joyeux, fort différent de certaines productions plus électriques du groupe à cette période.

Une réception chaleureuse… et une modification pour les États-Unis

À l’origine, « I’ve Just Seen A Face » paraît au Royaume-Uni sur l’album Help! (sorti en août 1965). Mais chez Capitol, le label américain des Beatles, on repère immédiatement le potentiel de la chanson et on décide de la retirer de la version US de Help! pour l’insérer en ouverture du Rubber Soul américain (décembre 1965). Cet arrangement donne une tonalité plus folk à la face A du disque, en cohérence avec « I’ve Just Seen A Face » et « It’s Only Love », également déplacée.

C’est donc en tant que piste d’ouverture de Rubber Soul (US) que bon nombre d’auditeurs américains découvriront la chanson, associant involontairement « I’ve Just Seen A Face » à cette période plus “acoustique” des Beatles.

Un enregistrement rapide, sans basse

Le 14 juin 1965, les Beatles enregistrent le morceau en six prises. De manière assez rare, Paul ne joue pas de basse : il se concentre plutôt sur la guitare acoustique et le chant principal. John Lennon et George Harrison l’accompagnent à la guitare – George se chargeant des brèves interventions lead –, tandis que Ringo Starr, assis derrière un set minimaliste, se contente d’un jeu à la caisse claire brossée (brushes) et d’un maracas.

Cette configuration apporte à « I’ve Just Seen A Face » un caractère folk épuré, quasi bluegrass, éloigné des arrangements électriques habituels des Beatles. L’absence de basse accentue la légèreté de l’ensemble, en phase avec l’esprit spontané voulu par McCartney.

Le contexte : le même jour que « I’m Down » et « Yesterday »

Il est souvent rappelé que Paul McCartney affiche, ce jour-là, une étonnante polyvalence. En effet, en plus de « I’ve Just Seen A Face », il enregistre au cours de la même session :

  • « I’m Down », un rock ‘n’ roll frénétique à la Little Richard,
  • « Yesterday », monument de la ballade sentimentale avec quatuor à cordes.

Cette diversité dans une seule journée souligne toute la palette artistique de Paul, capable de passer d’une chanson rock endiablée à un morceau acoustique dépouillé en quelques heures de studio.

Une touche de modernité dans le folk

Bien que « I’ve Just Seen A Face » s’inscrive dans la tradition folk ou country, son intro à la guitare acoustique (arpèges mélodiques, puis rythmique soutenue) donne au titre une dynamique pop inédite. Lorsque la voix de McCartney s’élance, suivie des harmonies vocales légères de John et George, on retrouve la patte Beatlesienne : un sens aigu de la mélodie, un refrain accrocheur, et cette camaraderie qui transparaît dans le jeu collectif.

Les paroles parlent d’un coup de foudre, d’une rencontre qui « pourrait le changer à tout jamais ». C’est un thème universel, mais abordé avec l’insouciance et la fraîcheur propre aux Beatles de cette époque.

Postérité et reprises

« I’ve Just Seen A Face » a connu une certaine postérité au sein du répertoire post-Beatles :

  • McCartney l’a parfois jouée avec Wings dans les années 1970, montrant qu’il la considérait comme un morceau plaisant à interpréter.
  • Des artistes folk et country l’ont reprise, séduits par sa simplicité harmonique et son tempo enlevé.

Aujourd’hui, la chanson demeure un morceau souvent cité comme l’un des plus “roots” et joyeux de la période Help!, parfois jugé précurseur du virage plus acoustique que les Beatles développeront sur Rubber Soul et Revolver.

une parenthèse acoustique qui a conquis l’Amérique

« I’ve Just Seen A Face » s’impose comme une pépite de la période 1965 : un titre écrit par Paul McCartney chez Jane Asher, enregistré en un temps record, et débordant d’une énergie folk rafraîchissante. L’absence de basse, le tempo enlevé et le chant enjoué en font un exemple parfait de la versatilité du groupe. De plus, son rôle prépondérant dans l’édition américaine de Rubber Soul (où elle ouvre l’album) a contribué à forger l’image plus acoustique et introspective de cette mouture du disque, ce qui marquera les auditeurs outre-Atlantique.

Au final, « I’ve Just Seen A Face » reste un incontournable de l’âge d’or des Beatles : le plaisir contagieux qu’il dégage, ses chœurs limpides et l’intimité de sa production continuent de charmer, témoignant du talent de Paul à composer des ballades pop-folk intemporelles.

####