Margarita : une perle méconnue des Traveling Wilburys

Publié le 05 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 1988, alors que l’industrie musicale est dominée par les sons synthétiques et les productions flamboyantes du rock FM, cinq légendes du rock se rassemblent pour former un groupe aussi improbable que génial : les Traveling Wilburys. Parmi les morceaux de leur premier album Traveling Wilburys Vol. 1, une chanson attire l’attention des amateurs du supergroupe sans jamais vraiment atteindre la célébrité qu’elle aurait méritée : Margarita.

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Une genèse spontanée

Enregistrée en mai 1988 et produite par George Harrison et Jeff Lynne, Margarita est le résultat d’une collaboration effervescente entre Tom Petty, Bob Dylan et Jeff Lynne. Petty en était le principal compositeur, tandis que Dylan en assurait le chant principal, accompagné des harmonies de Petty et Lynne.

L’idée musicale à l’origine de la chanson vient de George Harrison, qui souhaitait retrouver l’énergie brute du skiffle, ce style britannique populaire dans les années 1950. “Le ‘ching, ching, ching’ de Margarita, c’est un retour à mes racines,” expliquait-il dans le livre The Traveling Wilburys. En utilisant l’accord de ré (D) comme point de départ, il a donné à la chanson un groove reconnaissable, qui a immédiatement inspiré le reste du groupe.

Une construction musicale riche

Musicalement, Margarita est une alchimie parfaite entre les talents des Wilburys. Jeff Lynne, fidèle à son habitude, apporte une production riche en guitares superposées et en arrangements soignés. Nelson Wilbury, alias George Harrison, ponctue le morceau de ses guitares électriques ciselées, tandis que la voix rauque et unique de Bob Dylan donne à l’ensemble un caractère à la fois rêveur et mystérieux.

L’accompagnement instrumental repose également sur la batterie de Buster Sidebury (Jim Keltner), qui ajoute une dynamique percutante, et sur le saxophone de Jim Horn, qui confère à Margarita une touche de sophistication inédite au sein du répertoire des Wilburys.

Un texte cryptique et poétique

Les paroles de Margarita restent légèrement énigmatiques, un trait typique des compositions de Bob Dylan. Elles évoquent des images vagues et poétiques, se prétant à diverses interprétations. On y retrouve un mélange d’humour et de nonchalance, fidèle à l’esprit du groupe qui ne s’est jamais pris trop au sérieux.

Une face B injustement oubliée

Sortie le 17 octobre 1988 en face B du single Handle With Care, Margarita n’a jamais bénéficié de l’attention médiatique qu’elle aurait pu recevoir. Handle With Care* fut un succès international, atteignant le top 10 en Australie, Belgique, Canada et Nouvelle-Zélande, tandis que Margarita restait reléguée à un statut de curiosité pour les fans du supergroupe.

Cependant, ce morceau conserve une place particulière dans le cœur des admirateurs des Wilburys. Son charme discret, sa production raffinée et son interprétation décontractée en font une perle cachée, témoignant de la liberté artistique et de l’alchimie unique qui unissaient ces cinq génies de la musique.

L’héritage et la redécouverte

Si Margarita est restée dans l’ombre des tubes plus emblématiques des Wilburys, elle continue d’être réhabilitée par les amateurs de rock qui redécouvrent le supergroupe. Le travail de réédition et les diffusions radio sur les stations spécialisées contribuent à raviver l’intérêt pour ce morceau atypique.

Avec le recul, Margarita s’affirme comme une pièce représentative de l’esprit Wilbury : spontanité, talent brut et plaisir de jouer ensemble, loin des pressions commerciales. Une ode à la créativité pure, à redécouvrir sans modération.