Le silence de Lorna (2008)

Par Eric Culnaert

 

Lorna est une jeune Albanaise qui a choisi de vivre en Belgique, sans doute parce que les deux réalisateurs du film, Luc Dardenne et son frère Jean-Pierre (quel beau prénom !), sont belges. Et, pour obtenir sa naturalisation, elle a fait un mariage blanc avec un jeune drogué, Claudy Moreau (Jérémie Renier). Tu te doutes bien, lecteur à qui on ne la fait pas, qu’elle a bénéficié de quelques… euh… facilités, en l’occurrence, celles de voyous mafieux, dont le chef s’appelle Fabio, et qui espèrent un renvoi d’ascenseur.

Ce renvoi d’ascenseur consiste en ceci, que Lorna, maintenant belge, épousera un Russe également mafieux, ce qui doit évidemment rapporter une pincée d’euros. Il faut donc se débarrasser de Claudy, d’autant plus que Lorna veut ouvrir un snack-bar avec son amant Sokol, qui vit en Italie et veut s’installer en Belgique avec elle. Certes, Lorna préfèrerait un divorce aux torts de son époux, et s’inflige des contusions pour prétendre être une femme battue, mais Fabio préfère le meurtre, et injecte à Claudy une dose massive d’héroïne qui l’expédie ad patres. Ce qui tombe mal, le pauvre Claudy ayant fait des efforts désespérés pour abandonner la drogue.

Mortifiée par ce meurtre et par le fait que la famille de Claudy a refusé d’accepter le peu d’argent que son défunt et malheureux époux lui a laissé, Lorna s’imagine être enceinte de Claudy, et ne pas vouloir avorter, ce qui fait… avorter le projet de mariage blanc avec le Russe, car elle a trop parlé, contredisant le titre du film.

Pour la punir, ses complices mafieux veulent la renvoyer en Albanie, mais elle assomme son convoyeur et se sauve dans les bois, où elle se met à errer en parlant à son enfant imaginaire. En français, alors qu’elle est albanaise, mais ne cherche pas à comprendre, et ne cherche pas non plus d’éclaicissements sur Allocine, ils sont là-dessus d’une discrétion qui les honore.