« Ma douleur planétaire » est un livre poétique d’Anne Barbusse, paru en mars 2024 aux éditions Tarmac.
La poète évoque dans ce livre sa vie à la campagne pendant la période des confinements puis des couvre-feu, elle établit des rapprochements entre le progrès technologique dévastateur, le réchauffement climatique, la propagation du covid, la sécheresse de la terre, la nature qui souffre et qui pourtant continue à produire de belles et bonnes choses (roses, pommes de terre, figues, fleurs d’amandiers, fèves et pois, vignes, etc.). Cette poésie s’offre comme un long flux de parole, sans aucune interruption ou coupure par des points, mais avec le rythme du souffle impulsé par les virgules. Les vers libres sont généralement longs, permettant des développements étoffés, où l’émotion et la réflexion sont intimement liées. La poète s’insurge parfois, en opposant un « nous » à un « vous », et pointe du doigt ceux qui roulent en 4*4 avec les vitres fermées, tous les tenants d’un consumérisme effréné, habitants des villes et/ou addicts aux écrans bleus. Elle s’enflamme également pour le mouvement « MeToo », qui prend une ampleur particulière dans ces années de confinements. Mais c’est avant tout une belle ode à la nature, aux paysages et aux éléments, aux plantes et aux travaux de la terre, à certains animaux aussi (oiseaux, cigales, renards, etc.), avec de superbes images, métaphores, trouvailles.
Un très beau livre, qui réveille à la fois les consciences écologiques et l’imaginaire poétique.
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Quatrième de Couverture
Une année au rythme des confinements des saisons et des couvre-feu pour tresser la parole poétique et la parole médiatique, « recycler le lyrisme et les déchets », tenter le point de vue de la campagne, de la néo-ruralité et de la terre-femme, structurer un animisme militant, se réaccorder au vivant. Il ne s’agit pas de sauver mais de faire parler ce qui reste, pour que l’écriture soit une ZAD, qu’un combat planétaire (et non mondialisé) émerge et que la langue écologique y prenne sa part.
Anne Barbusse
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Un Extrait page 90-91
les cigales sont sirènes
accrochées aux troncs nus, invisibles
comme la lourdeur de l’été sous l’éclat indivisible du ciel, elles
ouvrent les mondes des cris, elles hurlent
notre douleur d’avant orage, les mâles appellent
les femelles exténuées et nous n’entendons que l’apparence d’un chant,
nous ne sommes qu’habitants transitoires de la terre détruite et la cigale
est reine d’un seul été,
dernier et souverain, dont nous
ne comprenons aucune stridence élaborée, les troncs des arbres
sont refuges filtrés de soleil, avant de mourir elle crie de toutes ses ailes
et approfondit le silence des canicules éblouies,
alors cloîtrés parmi
les pierres des maisons nous entendons cet appel, le monde est lourd
et nous sommes emmurés par volonté, car le jardin
est impénétrable, livré au soleil écartelé de vérité,
malgré les arbres élémentaires et
dysfonctionnels, les bras frais au bord du ciel, cigales parmi les troncs,
certitudes écorchées
je ne connais pas la fureur du monde, j’achève l’été
et je mens à la verticalité de l’univers, l’épidémie rebondit ironique et vivante,
nous ne sommes que les passants du monde, j’écoute mon inconscient
aligner les mots de l’amertume, demain il fera plus chaud que durant l’enfance
froissée et chiffonnée, avec les étés dénoués au-dessus
du ciel explosé de soleil, la terre écrasée crépite d’insectes et je m’endors, emmurée
et parjure, dans la catastrophe annoncée
que les peuples nient, aveugles par volonté, faisant
la fête dernière jusqu’à la fin écartelée, entre canicules et pandémies ils conduisent
leurs 4*4 toujours blancs ou noirs, vitres fermées pour cause de clim et GPS, ils
conduisent jusqu’au gouffre, isolés dans l’habitacle comme cosmonautes
dans l’espace,
de toute manière le paysage n’est plus que peinture lointaine, de
l’autoroute
les arbres n’ont ni odeur ni fureur, les touristes traversent les campagnes tâchant
d’échapper au Covid,
tout voyage n’est que le duplicata
d’un trajet,
(…)
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