John Lennon aux commandes : la genèse d’A Hard Day’s Night et la compétition au sommet des Beatles

Publié le 10 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Lorsqu’on évoque le phénomène Beatles, il est impossible de passer à côté de la relation complexe et fascinante qui unissait John Lennon et Paul McCartney. À la fois complices et concurrents, ces deux génies de la pop se sont mutuellement stimulés pour produire quelques-unes des plus grandes chansons du XXᵉ siècle. L’exemple d’A Hard Day’s Night, sorti en 1964, illustre à merveille cette compétition amicale mais acharnée : John Lennon l’a souvent cité comme la preuve de sa “domination” des premières années du groupe. Revenons sur la création de ce morceau devenu emblématique, et sur l’atmosphère qui régnait alors entre John Lennon, Paul McCartney et les autres Beatles.

Sommaire

  • L’émergence d’une compétition musicale
  • La genèse d’un titre légendaire
    • L’origine de l’expression « A Hard Day’s Night »
    • La réaction immédiate de John Lennon
  • L’enregistrement éclair aux studios EMI
    • Un studio devenu mythique
    • Le rôle de chacun dans la chanson
  • Un succès mondial sans précédent
    • Sortie et réception du titre
    • L’album et le film
    • Un record historique
  • Le témoignage de la domination de Lennon… sur un temps seulement

L’émergence d’une compétition musicale

Dès l’époque de Liverpool, John Lennon et Paul McCartney unissent leurs forces pour composer : on ne compte plus les après-midis passées à griffonner des textes, guitare à la main, sur les canapés de la maison de tante Mimi (chez John) ou dans le salon de la famille McCartney. Cette collaboration précoce, formalisée par la signature “Lennon-McCartney”, conduit à une véritable dynamique de groupe qui fera la renommée des Beatles.

Cependant, comme l’a évoqué John Lennon dans une interview à Playboy en 1980, cette relation comporte un aspect de “compétition” : qui écrira le single le plus accrocheur ? Qui chantera le couplet principal ? Qui restera dans l’Histoire comme le “leader” musical ? John Lennon ne cache pas avoir cherché à démontrer à maintes reprises qu’il gardait la main sur le groupe, surtout dans les premières années. Paul McCartney, de son côté, rivalise de créativité et injecte de nombreuses idées nouvelles (notamment l’album-concept Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band), ce qui ne manque pas de piquer la fierté de Lennon.

La genèse d’un titre légendaire

L’origine de l’expression « A Hard Day’s Night »

Le titre A Hard Day’s Night doit son nom à Ringo Starr. Après une longue journée de travail intensif, à la fois en studio et sur le tournage du film qui accompagne la bande originale, Ringo aurait lancé : « It’s been a hard day… » avant de réaliser qu’il faisait déjà nuit et d’ajouter : « …a hard day’s night! » Cette remarque spontanée, typique de l’humour pince-sans-rire de Ringo, fait immédiatement mouche auprès de John et Paul. Selon Paul McCartney, tout le petit groupe (le réalisateur Richard Lester, les producteurs Walter Shenson et Bud Ornstein) se réunit alors pour choisir un titre au film : « Ringo a dit quelque chose l’autre jour… ‘It’s been a hard day’s night.’ C’est parfait ! »

La réaction immédiate de John Lennon

John Lennon, toujours prompt à se lancer dans l’écriture, décide de composer aussitôt une chanson reprenant l’expression trouvée par Ringo. Il la rédige quasiment en une nuit, prêt à la présenter au groupe le lendemain. Dans cette même interview de 1980, Lennon insiste : « Il y avait une petite compétition entre Paul et moi pour savoir qui avait la face A – qui avait les hits. » A Hard Day’s Night est donc un défi personnel pour John : confirmer qu’il sait fournir un morceau-phare, marquant l’identité sonore des Beatles.

L’enregistrement éclair aux studios EMI

Un studio devenu mythique

Le groupe se retrouve aux studios EMI (parfois appelés studios Abbey Road), à Londres, pour enregistrer la chanson. Selon le producteur du film, Walter Shenson, John et Paul arrivent avec leurs guitares, les paroles encore griffonnées sur des pochettes d’allumettes. Cette anecdote illustre à quel point les Beatles travaillaient dans l’urgence et l’improvisation, sans pour autant sacrifier la qualité musicale.

Le rôle de chacun dans la chanson

  • John Lennon : Principal auteur, il assure la majorité des couplets et s’investit dans la mélodie générale.
  • Paul McCartney : Il intervient dans le pont (bridge), car John ne parvient pas à atteindre certaines notes aiguës. C’est l’illustration de la complémentarité vocale du duo, où chacun sait tirer parti des forces de l’autre.
  • George Harrison : Il est responsable du célèbre accord d’introduction, un “mystère musical” débattu pendant des décennies. Les musiciens et ingénieurs du son ont longuement tenté de décrypter ce fameux accord, souvent décrit comme un G7♭9sus4, ou une combinaison de plusieurs instruments pour obtenir cette résonance unique.
  • Ringo Starr : Outre l’inspiration pour le titre, il apporte sa frappe de batterie caractéristique, énergique et dynamique, qui soutient l’ensemble du morceau.

En moins de trois heures, la chanson est mise en boîte. Les Beatles, forts de leur rodage scénique incessant depuis la période de Hambourg et du Cavern Club de Liverpool, maîtrisent l’art de l’enregistrement rapide et efficace.

Un succès mondial sans précédent

Sortie et réception du titre

Le single A Hard Day’s Night sort au Royaume-Uni le 10 juillet 1964, accompagné de la face B « Things We Said Today ». Aux États-Unis, la parution a lieu quelques jours plus tard, le 13 juillet 1964, sous le label Capitol. La chanson grimpe en flèche dans les charts et se classe numéro un au Royaume-Uni et aux États-Unis, renforçant encore l’immense popularité des Beatles.

L’album et le film

L’album A Hard Day’s Night, entièrement composé de chansons signées Lennon-McCartney, est lui aussi un succès fulgurant. Il s’agit du troisième opus officiel du groupe, et le premier à ne contenir que des compositions originales. Parallèlement, le film du même nom, réalisé par Richard Lester, sort en salle à l’été 1964. Il connaît un accueil critique et public triomphal. Les scènes de course-poursuite, l’humour absurde, le noir et blanc nerveux et la présence irrésistible des Beatles à l’écran contribuent à forger l’image mythique du groupe.

Un record historique

En août 1964, A Hard Day’s Night crée l’exploit en se classant simultanément numéro un dans les charts britanniques et américains, tant pour le single que pour l’album. C’est la première fois qu’un artiste ou un groupe parvient à dominer simultanément ces deux marchés majeurs. Cet accomplissement assoit définitivement la “Beatlemania” qui s’empare alors de la planète entière.

Le témoignage de la domination de Lennon… sur un temps seulement

John Lennon aimait rappeler que, dans cette première moitié des années 1960, il menait la danse quant aux singles à succès et à l’orientation globale du groupe. Il ne s’agit pas seulement de forfanterie : beaucoup de morceaux essentiels de cette période (dont Please Please Me, You Can’t Do That, I Should Have Known Better) portent clairement sa signature. Néanmoins, Paul McCartney prendra progressivement davantage de place créative, signant notamment des classiques tels que Yesterday (1965) ou Michelle (sur l’album Rubber Soul en 1965), et confirmant que la force des Beatles réside dans l’équilibre des talents et l’émulation réciproque.

La naissance de A Hard Day’s Night est un merveilleux exemple de la manière dont les Beatles fonctionnaient : une étincelle lancée par Ringo, la réactivité d’un Lennon pressé de se prouver et de prouver au monde qu’il gardait la main, l’expertise collective en studio pour affiner le morceau et l’élever au rang de classique. Plus d’un demi-siècle après sa sortie, cette chanson reste l’un des symboles phares de l’énergie et de l’inventivité débridées des Beatles. Et si John Lennon la considérait comme la preuve de sa “domination”, elle n’en est pas moins le fruit d’un travail d’équipe qui a révolutionné la musique populaire pour les générations à venir.