George Harrison et la magie de “That’s What It Takes”

Publié le 12 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Lorsqu’il publie Cloud Nine en novembre 1987, George Harrison revient sur le devant de la scène musicale après une période de relative discrétion. Porté par le succès du single Got My Mind Set on You, l’album marque un tournant dans sa carrière solo. Parmi les morceaux qui le composent, That’s What It Takes se distingue par son écriture ciselée et ses envolées de guitare, illustrant la finesse mélodique et la profondeur spirituelle caractéristiques de l’ancien Beatle.

Sommaire

Une composition à six mains

That’s What It Takes est le fruit d’une collaboration entre George Harrison, Jeff Lynne et Gary Wright. Ce dernier, ami de longue date de Harrison, est surtout connu pour son tube Dream Weaver (1975). Leur complicité musicale s’exprime pleinement dans ce morceau où la sensibilité pop de Lynne, l’empreinte spirituelle de Harrison et la touche aérienne de Wright fusionnent harmonieusement.

L’enregistrement du titre s’étale de janvier à août 1987, dans le cadre des sessions de Cloud Nine. Produit par Harrison et Jeff Lynne, l’album bénéficie d’un son limpide et moderne, éloigné des expérimentations parfois plus austères des albums précédents de l’ex-Beatle.

Une instrumentation raffinée

La force de That’s What It Takes repose sur son agencement instrumental et ses performances de haut vol. On y retrouve un casting prestigieux :

  • George Harrison : chant, guitare électrique, guitare acoustique
  • Jeff Lynne : guitare électrique, basse, claviers
  • Eric Clapton : guitare électrique
  • Jim Keltner : batterie
  • Ray Cooper : percussions

La chanson propose deux solos de guitare mémorables : le premier, exécuté par Harrison à la slide guitar, rappelle son jeu distinctif, forgé à l’époque des Beatles et perfectionné dans ses albums solo. Le second solo est signé Eric Clapton, dont la virtuosité et le feeling bluesy apportent une dynamique saisissante au morceau. Harrison ne cache pas son enthousiasme quant à la participation de Clapton, qu’il évoque dans une interview pour Creem en décembre 1987 :

“Eric joue sur quatre morceaux de l’album. Je suis sûr que vous l’avez entendu. Il a le solo final sur That’s What It Takes, et il est aussi présent sur Devil’s Radio, Wreck of the Hesperus et sur la chanson-titre.”

La complémentarité entre les deux guitaristes n’est plus à prouver, leur alchimie musicale ayant déjà été largement explorée depuis While My Guitar Gently Weeps sur le White Album des Beatles.

Une chanson à la croisée des influences

Sur le plan musical, That’s What It Takes oscille entre pop raffinée et rock sophistiqué. L’empreinte de Jeff Lynne, également producteur de l’album, est palpable dans la clarté des harmonies vocales et l’agencement des instruments. Connu pour son travail avec Electric Light Orchestra (ELO), Lynne insuffle une touche orchestrale subtile qui donne au morceau une ampleur aérienne.

Les paroles, quant à elles, évoquent un voyage introspectif et une quête de certitude dans une relation amoureuse ou spirituelle. Harrison, dont l’œuvre est traversée par une profonde recherche de sens, livre ici un texte à double lecture, comme souvent dans sa discographie. That’s What It Takes s’inscrit ainsi dans la continuité de titres tels que Give Me Love (Give Me Peace on Earth) ou Blow Away, où l’artiste exprime sa foi et sa quête de sérénité.

Une réception critique et un héritage durable

Si That’s What It Takes n’a pas été publié en single, il demeure l’un des morceaux les plus appréciés de Cloud Nine. L’album lui-même rencontre un succès critique et commercial, redonnant à Harrison une place de choix sur la scène musicale de la fin des années 1980. Avec la complicité de Jeff Lynne, il parvient à moderniser son son tout en restant fidèle à son essence artistique.

L’influence de ce titre et plus largement de Cloud Nine se fait encore sentir aujourd’hui, notamment dans les travaux postérieurs de Jeff Lynne et les hommages rendus à George Harrison après son décès en 2001. That’s What It Takes reste un exemple parfait du talent de compositeur et de musicien de Harrison, illustrant une fois de plus son habileté à allier profondeur émotionnelle et sophistication musicale.