Paul McCartney a toujours été un artiste curieux, explorateur et perfectionniste, un musicien qui n’a jamais hésité à expérimenter ou à se réinventer. Si son travail avec les Beatles a marqué l’histoire de la musique populaire, son parcours en solo témoigne d’une quête constante de nouveauté, parfois avec des résultats inégaux. La chanson « Angry », extraite de l’album Press to Play (1986), illustre cette volonté d’expérimentation et d’ouverture, même si elle reste une curiosité dans son répertoire.
Sommaire
- McCartney et son approche artisanale de la musique
- La genèse d’ »Angry » : une rencontre de titans
- Une « colère » pas si enragée
- Un album en demi-teinte
- Paul McCartney : un artiste en constante évolution
- la curiosité de l’artiste avant tout
McCartney et son approche artisanale de la musique
Contrairement à ses idoles, Elvis Presley ou Chuck Berry, qui misaient sur l’intensité brute de leurs performances, McCartney s’est toujours distingué par son travail méticuleux en studio. Il a souvent cherché à surprendre l’auditeur avec des détails subtils ou des techniques de production innovantes. Cette approche est au cœur de son travail, qu’il s’agisse des classiques des Beatles ou des projets postérieurs avec Wings.
L’album Band on the Run (1973) en est un exemple brillant, où chaque morceau est soigneusement agencé pour former une œuvre cohérente. De manière similaire, Venus and Mars (1975) offre des transitions fluides entre les morceaux, comme le passage emblématique de « Venus and Mars » à « Rock Show ». Cependant, dans Press to Play, McCartney s’aventure dans un terrain musical moins familier et plus moderne pour l’époque, une démarche qui s’avère à la fois audacieuse et clivante.
La genèse d’ »Angry » : une rencontre de titans
« Angry » est une chanson qui détonne dans le catalogue de McCartney. Pour ce morceau, il a réuni un véritable « supergroupe » avec des figures légendaires comme Pete Townshend (The Who) à la guitare et Phil Collins à la batterie. Ces collaborations ne sont pas anodines : McCartney avait déjà travaillé avec Townshend sur le projet « Rockestra Theme » en 1978, et leur complicité s’était renforcée après des événements comme Live Aid en 1985.
Dans ses propres mots, McCartney explique l’origine du morceau : « J’avais ce riff qui, chaque fois que je le jouais, me rappelait Pete Townshend. C’était comme si ses fameux « moulins à vent » (windmills) étaient intégrés au morceau. Je savais que Pete était la personne idéale pour donner vie à cette idée. » Effectivement, le jeu de guitare incisif de Townshend confère à « Angry » une énergie brute et immédiate, amplifiée par la puissance rythmique de Collins.
Une « colère » pas si enragée
Malgré son titre, « Angry » est loin d’être une explosion de rage pure. Fidèle à son style, McCartney aborde ce concept avec une certaine théâtralité, presque comme un numéro de comédie musicale. Les paroles, avec des rimes parfois maladroites comme « claptrap » et « back slap », reflètent davantage une colère contenue qu’un véritable déchaînement d’émotions. Ce contraste est accentué par l’interprétation vocale de McCartney, qui semble parfois osciller entre légèreté et gravité.
Cela dit, la performance musicale du groupe est indéniablement impressionnante. Townshend apporte sa touche caractéristique avec des accords pleins de vitalité, tandis que Collins soutient le tout avec une batterie précise et dynamique. Même si la chanson ne figure pas parmi les classiques de McCartney, elle reste une preuve de son désir d’explorer des territoires inattendus.
Un album en demi-teinte
Press to Play, dans son ensemble, est souvent considéré comme un album mineur dans la discographie de McCartney. À une époque où les sons synthétiques dominaient la pop, McCartney a tenté de moderniser son approche, mais le résultat oscille entre expérimentation et banalité. Des morceaux comme « Stranglehold » montrent un potentiel, mais l’album souffre d’un manque d’énergie globale, flirtant parfois avec le « dad rock ». Seule la chanson « Press », avec son groove accrocheur, parvient à se distinguer véritablement.
Cependant, il serait injuste de réduire Press to Play à un simple faux pas. L’album témoigne d’un moment de transition pour McCartney, où il cherche à se réinventer après le succès inégal de ses projets précédents. Dans ce contexte, « Angry » se distingue comme une tentative de sortir de sa zone de confort.
Paul McCartney : un artiste en constante évolution
Avec « Angry », McCartney prouve qu’il est capable de s’aventurer dans des registres inhabituels, même si le résultat n’est pas toujours à la hauteur de ses meilleures œuvres. Sa collaboration avec des artistes comme Townshend et Collins reflète son admiration pour d’autres légendes et sa volonté de s’entourer des meilleurs pour donner vie à ses idées.
Au-delà des critiques que l’on peut adresser à Press to Play, il est important de reconnaître l’esprit d’innovation de McCartney. Après tout, c’est cette quête perpétuelle de nouveauté qui a fait de lui l’un des plus grands musiciens du XXe siècle. Même dans ses projets les moins aboutis, il reste fidèle à son essence : un créateur insatiable et passionné, toujours prêt à surprendre.
la curiosité de l’artiste avant tout
« Angry » n’est peut-être pas un chef-d’œuvre, mais il incarne une facette fascinante de McCartney : celle d’un artiste qui refuse de se reposer sur ses lauriers. En s’aventurant sur des terrains parfois inconfortables, il montre qu’il préfère risquer l’échec plutôt que de sombrer dans la répétition. Un trait qui, même dans ses moments les plus expérimentaux, continue de le placer parmi les figures les plus respectées de l’histoire de la musique populaire.