Si Brian Epstein est connu comme le manager légendaire des Beatles, Alistair Taylor en fut l’un des artisans de l’ombre, jouant un rôle clé dans l’ascension du groupe. À la fois confident, organisateur, facilitateur et gestionnaire, il a accompagné les Fab Four depuis leurs débuts au Cavern Club jusqu’aux turbulences de l’ère Apple Corps.
Témoin des coulisses de la Beatlemania, de la création d’Apple Corps, et de la disparition de Brian Epstein, Taylor incarne un personnage discret mais crucial de l’histoire du groupe. Comment un simple vendeur d’un magasin de musique de Liverpool s’est-il retrouvé au centre de l’empire Beatles ?
Sommaire
- Les débuts : de Liverpool à NEMS
- La découverte des Beatles : Le mystère Raymond Jones
- Bras droit de Brian Epstein : Une ascension rapide
- Un rôle grandissant au sein de NEMS
- L’ère Apple Corps : Une nouvelle aventure
- La mort de Brian Epstein et la transition vers Apple
- Le concert sur les toits et l’arrivée d’Allen Klein
- L’après-Beatles : mémoire et témoignages
- Témoignages et ouvrages sur les Beatles
- Livres :
- Séries audio :
- Témoignages et ouvrages sur les Beatles
- Un dernier adieu
Les débuts : de Liverpool à NEMS
Un parcours atypique
Né James Alistair Taylor le 21 juin 1935 à Runcorn, Angleterre, il grandit dans un contexte modeste. Avant de rencontrer les Beatles, il effectue son service militaire dans la Royal Air Force, puis enchaîne divers emplois à Liverpool, sans lien particulier avec la musique.
Sa vie bascule lorsqu’il est engagé comme vendeur au magasin NEMS (North End Music Stores), propriété d’un certain Brian Epstein. Son sérieux et son sens du service impressionnent Epstein, qui voit en lui un homme de confiance. Peu de temps après, Taylor devient son assistant personnel, sans se douter qu’il allait être impliqué dans une des plus grandes révolutions musicales du XXe siècle.
La découverte des Beatles : Le mystère Raymond Jones
Le rôle de Taylor dans la découverte des Beatles est sujet à controverse, notamment à cause de l’énigme autour d’un certain Raymond Jones.
Selon la légende, Raymond Jones, un jeune client du magasin NEMS, aurait commandé un disque rare : « My Bonnie », enregistré en 1961 par Tony Sheridan et The Beatles. Intrigué, Brian Epstein décide d’enquêter sur ce groupe local inconnu, et se rend au Cavern Club avec Taylor le 9 novembre 1961.
C’est à ce moment-là que tout change. Epstein est fasciné par la prestation scénique de ce qu’il appelle plus tard « les types en cuir », et commence à envisager un rôle de manager.
Cependant, Taylor, des années plus tard, a affirmé que Raymond Jones n’existait pas, et qu’il avait lui-même inventé ce nom pour contourner les règles de commande du magasin. Pourtant, plusieurs sources, dont des interviews d’époque, confirment que Jones était bien réel et a même été remercié par Epstein pour son rôle involontaire dans la découverte des Beatles.
Qu’il ait été inventé ou non, le mythe Raymond Jones reste un tournant majeur : il marque la première rencontre entre Brian Epstein et les Beatles, un événement qui allait changer l’histoire de la musique.
Bras droit de Brian Epstein : Une ascension rapide
Un rôle grandissant au sein de NEMS
Lorsque Brian Epstein devient le manager officiel des Beatles en 1962, Alistair Taylor est aux premières loges. Epstein lui fait une confiance absolue et lui confie la gestion quotidienne des affaires du groupe.
Taylor joue un rôle dans la logistique des tournées, les contrats, et l’organisation des déplacements. Il est un intermédiaire essentiel entre les Beatles et leur manager, s’assurant que tout fonctionne sans accroc.
Cependant, en 1962, il quitte temporairement NEMS pour rejoindre Pye Records à Londres, avant de revenir en 1963 à Liverpool en tant que directeur général de NEMS, avec un salaire annuel de 1 000 livres sterling.
Dès son retour, les Beatles sont devenus un phénomène planétaire, et la gestion du groupe devient une mission titanesque. Taylor doit non seulement gérer les Fab Four, mais aussi d’autres artistes sous contrat avec Epstein, ainsi que des dizaines d’employés travaillant pour NEMS.
L’ère Apple Corps : Une nouvelle aventure
La mort de Brian Epstein et la transition vers Apple
Lorsque Brian Epstein meurt brutalement d’une overdose de médicaments le 27 août 1967, le choc est immense. Les Beatles se retrouvent orphelins de leur manager, et sans structure claire pour gérer leur empire musical.
En pleine crise, les Beatles décident de créer Apple Corps, une société censée centraliser leurs activités artistiques et commerciales. Taylor est promu directeur général et devient l’un des hommes-clés du projet.
Lancée avec une philosophie idéaliste, Apple Corps se veut un refuge pour les artistes. Taylor participe à une campagne de recrutement originale, apparaissant dans une publicité avec le slogan « This Man Has Talent », incitant les musiciens inconnus à envoyer leurs compositions.
Mais très vite, Apple Corps vire au chaos financier, avec des dépenses incontrôlées et un manque flagrant de gestion.
Le concert sur les toits et l’arrivée d’Allen Klein
Le 30 janvier 1969, les Beatles donnent leur dernier concert public sur le toit des bureaux d’Apple Corps. Taylor assiste à l’événement depuis la rue, témoin direct de cet instant devenu mythique.
Quelques mois plus tard, en mai 1969, les tensions internes au sein des Beatles s’intensifient. En quête d’un gestionnaire plus strict, le groupe engage Allen Klein, un manager réputé pour sa dureté. L’une des premières décisions de Klein est de licencier 17 employés, dont Alistair Taylor, mettant fin à son association avec les Beatles.
L’après-Beatles : mémoire et témoignages
Après son éviction, Taylor exerce divers emplois dans l’édition et la distribution musicale. Toutefois, il reste une figure incontournable des conventions Beatles, partageant ses souvenirs et anecdotes avec les fans.
Témoignages et ouvrages sur les Beatles
Taylor a écrit plusieurs livres et enregistré des cassettes audio relatant son vécu :
Livres :
- « Yesterday: The Beatles Remembered » (1988, réédité sous le titre « Yesterday: My Life With The Beatles »)
- « A Secret History: An Inside Account Of The Beatles’ Rise And Fall » (2003, réédité sous le titre « With The Beatles »)
Séries audio :
- From Cavern To Rooftop
- From Strawberry Fields To Magical Mystery Tour
- Remembering Brian
- Inside Apple
Il apparaît également dans le documentaire The Brian Epstein Story (1998), diffusé par la BBC, où il partage ses souvenirs sur son ancien mentor et ami.
Un dernier adieu
Alistair Taylor s’éteint le 9 juin 2004, à Chesterfield, Derbyshire, des suites d’une maladie bronchiale. Il laisse derrière lui un héritage méconnu mais crucial dans l’histoire des Beatles.
Même s’il est resté dans l’ombre, son travail auprès de Brian Epstein, NEMS et Apple Corps a été déterminant dans la trajectoire du groupe. Sans lui, certaines étapes majeures des premiers succès des Beatles et de l’ère Apple n’auraient peut-être jamais vu le jour.
Aujourd’hui, Alistair Taylor est reconnu comme « Mr. Fixit », celui qui trouvait des solutions à tout, un artisan méconnu du plus grand phénomène musical du XXe siècle.