Andy Peebles est mort : la voix de la soul et dernier témoin de Lennon

Publié le 23 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Andy Peebles, célèbre voix de BBC Radio 1, s’est éteint à 76 ans. Connu pour sa passion pour la soul et sa dernière interview avec John Lennon deux jours avant sa mort, il laisse un héritage précieux dans l’histoire de la musique et de la radio britannique.


Il était de ces voix qui bercent, qui accompagnent, qui tracent dans la mémoire collective une bande-son intime de la vie britannique. Andy Peebles, ancien animateur de BBC Radio 1, s’est éteint à l’âge de 76 ans, laissant derrière lui une carrière radiophonique de près de trois décennies, marquée par une passion indéfectible pour la musique noire américaine… et un rendez-vous historique avec un Beatle qui allait bientôt disparaître.

Son nom n’est peut-être pas aussi connu du grand public que ceux des artistes qu’il a célébrés, mais dans les cercles de la musique, Peebles était une figure respectée, une voix de confiance, un passeur. Et dans l’univers des Beatles, il demeure l’un des derniers à avoir tendu un micro à John Lennon, deux jours à peine avant son assassinat. Ce simple fait, à lui seul, l’inscrit dans une histoire plus vaste — celle du rock, de la mémoire et du deuil.

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Du DJ de club à la radio nationale : une ascension portée par la soul

Né en 1948, dans l’Angleterre d’après-guerre encore marquée par le rationnement, Andrew Peebles découvre la musique par la scène des clubs, à la fin des années 1960. Il commence comme DJ de nuit, dans les discothèques du Nord de l’Angleterre, au moment où les vinyles de soul et de rhythm & blues en provenance des États-Unis électrisent une jeunesse avide de nouveauté. C’est cette passion viscérale pour la black music qui le distingue très tôt : Peebles n’est pas un simple passeur de tubes, il est un fin connaisseur, un spécialiste de la soul de Detroit, du funk de James Brown, du groove soyeux de Marvin Gaye.

En 1973, il fait ses premiers pas dans le monde de la radio en rejoignant BBC Radio Manchester. L’année suivante, il participe à la fondation de Piccadilly Radio, station indépendante où il lance l’émission Soul Train, bien avant que le nom ne devienne un label mondial. Cette émission marque un tournant : Peebles s’y affirme comme un défenseur de la culture afro-américaine, dans un paysage radiophonique encore largement centré sur la pop blanche.

BBC Radio 1 : la consécration d’un amoureux de la musique

C’est en 1978 qu’il intègre BBC Radio 1, la station phare de la jeunesse britannique. Il y restera quatorze ans, devenant l’une des voix emblématiques de la chaîne, aux côtés de figures comme John Peel, Mike Read ou Tony Blackburn. Il présente aussi des émissions sur BBC Radio Lancashire et s’impose comme l’un des rares DJs à mêler exigence musicale et popularité auprès du grand public.

Loin du bling de la pop, Peebles revendique un goût pour la musique authentique. Dans une ère dominée par les synthétiseurs, il continue de programmer des artistes soul, funk, reggae — refusant les compromis commerciaux. Cette rigueur musicale, alliée à une voix chaleureuse et posée, lui vaut une fidélité sans faille d’un public exigeant.

New York, décembre 1980 : la dernière confession de John Lennon

Mais c’est le 6 décembre 1980 que sa trajectoire rencontre l’Histoire. Ce jour-là, Andy Peebles est au Hit Factory, célèbre studio d’enregistrement new-yorkais, pour une interview exclusive avec John Lennon, qui vient tout juste de sortir Double Fantasy avec Yoko Ono, après cinq années d’absence. L’entretien dure trois heures, couvrant tous les sujets : le retour à la musique, la paternité, la vie à New York, l’après-Beatles, et même… l’Angleterre qu’il a quittée.

Peebles, alors âgé de 32 ans, se confie plus tard sur cet échange : « Je n’ai jamais été aussi nerveux de ma vie. J’avais grandi en idolâtrant Lennon et les Beatles. » Il n’est pas seul dans ce sentiment. Pour des millions de fans, cette interview devient bientôt un document inestimable. Deux jours plus tard, Lennon est abattu devant le Dakota Building. Peebles apprend la nouvelle à la télévision, comme le reste du monde.

Son témoignage devient une source précieuse, une capsule sonore du dernier Lennon vivant, rieur, lucide, en paix. Plus qu’un simple journaliste, Peebles devient alors le dernier interlocuteur du mythe, celui qui a su capter les ultimes vibrations d’une légende avant le silence.

Yoko, Tokyo et la mémoire vivante de Lennon

Marqué par cet entretien bouleversant, Peebles entretient par la suite une relation empreinte de respect avec Yoko Ono. En 1983, il se rend à Tokyo pour une seconde interview, cette fois avec la veuve de Lennon. Là encore, la conversation est intime, respectueuse, marquée par la pudeur et la mémoire.

Ce lien humain, au-delà de l’anecdote journalistique, est révélateur du style Peebles : il ne traque pas le scoop, il accompagne la parole. Il écoute, il comprend, il donne à ses interlocuteurs un espace de vérité. Une qualité rare dans un métier souvent pressé.

Live Aid, Forces Broadcasting, World Service : une voix planétaire

En 1985, Peebles est l’un des animateurs présents au mythique concert Live Aid au Wembley Stadium, devant plus de 70 000 personnes, et des millions de téléspectateurs à travers le monde. Il y présente des artistes aussi variés que David Bowie, Spandau Ballet ou Paul Young. À cette époque, il est déjà une voix reconnue au-delà des frontières britanniques.

Plus tard, il met son talent au service du British Forces Broadcasting Service, s’adressant aux soldats britanniques déployés dans le monde, avant de rejoindre la BBC World Service, poursuivant ainsi sa mission : faire rayonner la musique et l’information à travers les ondes.

Hommages unanimes : une perte pour la radio, un souvenir pour la musique

À l’annonce de sa disparition, les hommages se multiplient. Mike Read, ancien collègue à Radio 1, évoque un homme « dévasté » par la disparition de Lennon, mais aussi un passionné de cricket et de musique, « qui connaissait son sujet sur le bout des doigts ». « Raise your bat », conclut-il poétiquement — l’expression anglaise utilisée pour saluer un joueur ayant atteint un score remarquable au cricket.

Tony Blackburn, autre légende de la BBC, parle lui aussi d’un « homme charmant et d’un grand animateur ».

Il y a quelque chose de profondément mélancolique à cette disparition : Andy Peebles incarnait une époque révolue de la radio britannique, celle où l’on prenait le temps, où la musique comptait plus que le battage, où les voix racontaient des histoires et non des slogans.

Un legs sonore et affectif, au cœur de l’histoire du rock

Aujourd’hui, il nous reste ces enregistrements, ces archives où résonne encore sa voix calme et posée, ce ton à la fois professionnel et passionné. Il nous reste surtout ce document unique, cette interview de Lennon de décembre 1980, que tout amateur des Beatles connaît ou devrait connaître. On y entend un Lennon apaisé, lucide, prêt à réécrire sa légende — quelques heures avant qu’un déséquilibré n’y mette fin.

Andy Peebles, sans le chercher, est devenu le dernier passeur. Celui qui a tendu un micro à un mythe, juste avant que le rideau ne tombe.

Sa mort nous rappelle combien la radio fut, et demeure, un art de la présence. Et combien certains animateurs deviennent bien plus que des voix : des témoins, des guides, des compagnons de route.

Il est parti discrètement, comme il a toujours parlé. Mais dans les mémoires des mélomanes, son timbre continue de vibrer.