Lorsqu’en juin 1981, George Harrison publie Somewhere in England, son neuvième album solo, l’ancien Beatle traverse une période trouble, marquée par la perte tragique de son ami John Lennon et par un certain désintérêtement du public pour sa musique. C’est dans ce contexte que naît Unconsciousness Rules, un titre aussi mordant qu’ironique, qui témoigne du regard désabusé du musicien sur la société contemporaine et sur la jeunesse en particulier.
Sommaire
- Un titre au vitriol contre la décadence des nightclubs
- Une production raffinée, entre tradition et modernité
- Un morceau remanié sous la pression de Warner Bros
- Une réhabilitation tardive
- Un regard critique sur une époque en mutation
Un titre au vitriol contre la décadence des nightclubs
Derrière une instrumentation rythmée et un groove incontestable, Unconsciousness Rules se déploie comme une critique acerbe des boîtes de nuit et de la culture disco qui sature alors les ondes. « The blind leading the blind », chante Harrison, moquant cette jeunesse qui, selon lui, s’abandonne à une désillusion collective, où la danse et la musique deviennent des instruments d’abrutissement plutôt que de libération. Cette posture moralisatrice, parfois perçue comme déconnectée des nouvelles tendances, illustre bien le décalage qui s’opère alors entre l’ex-Beatle et une industrie musicale en perpétuel changement.
Une production raffinée, entre tradition et modernité
Si le message de la chanson peut sembler rigide, sa production n’en reste pas moins impeccable. Enregistré entre mars et octobre 1980, puis finalisé jusqu’en février 1981, Unconsciousness Rules bénéficie de l’apport de musiciens chevronnés. Aux côtés de Harrison à la guitare et au chant, on retrouve Neil Larsen aux claviers, Gary Brooker au synthétiseur, Tom Scott au saxophone, Willie Weeks à la basse, Jim Keltner à la batterie et Ray Cooper aux percussions. Cette alliance de musiciens d’expérience confère au morceau une dynamique plaisante, entre rock traditionnel et touches funk discrètes.
Un morceau remanié sous la pression de Warner Bros
Le chemin vers la publication de Somewhere in England n’a pas été de tout repos. Warner Bros, le label de Harrison, rejette dans un premier temps l’album, jugeant certains morceaux peu commerciaux et désireux d’y voir inclus des titres plus accessibles. Dans cette version originale, Unconsciousness Rules devait clore la première face du disque. Finalement remixé, le morceau trouve sa place en deuxième position dans l’album final. Ces interventions de la maison de disques ne manqueront pas d’agacer Harrison, qui voit dans cette mainmise une preuve supplémentaire du cynisme de l’industrie musicale.
Une réhabilitation tardive
Longtemps restée dans l’ombre de titres plus emblématiques de l’album, comme All Those Years Ago (hommage bouleversant à John Lennon), Unconsciousness Rules retrouve un second souffle en 2004 lors de la réédition de Somewhere in England dans le coffret The Dark Horse Years 1976–1992. Cette version propose aux auditeurs de découvrir le mix original voulu par Harrison, offrant une perspective nouvelle sur la chanson.
Un regard critique sur une époque en mutation
Avec Unconsciousness Rules, George Harrison ne se contente pas d’une simple critique de la culture disco : il dresse un portrait plus large de la société des années 1980, où l’insouciance et la superficialité semblent prendre le pas sur une quête plus profonde de spiritualité. Cette approche résonne avec l’ensemble de son œuvre, souvent marquée par un mélange de sarcasme, de résignation et de spiritualité.
Si certains y verront une forme de condescendance envers la jeunesse de l’époque, d’autres salueront la lucidité d’un artiste qui, loin de se plier aux modes, continue de suivre sa propre voie.