Le 5 novembre 1982 au Royaume-Uni et trois jours plus tard aux États-Unis, George Harrison publie Gone Troppo, son dixième album solo. Un disque qui passe relativement inaperçu à l’époque, mais qui renferme quelques joyaux méconnus, à l’image de Unknown Delight. Cette chanson, placée en septième position sur l’album, est un véritable hommage à sa femme Olivia et à leur fils Dhani, né en 1978. Un titre où se mêlent tendresse, contemplation et une sérénité retrouvée après des années marquées par le tumulte et les incertitudes.
Sommaire
- Une période de transition et de recentrage
- Une instrumentation délicate et chaleureuse
- Gone Troppo : un album sous-estimé
- Une face B qui méritait mieux
Une période de transition et de recentrage
À la fin des années 1970, George Harrison vit un profond bouleversement personnel. Après des années passées sous le feu des projecteurs avec les Beatles, puis une carrière solo jalonnée de hauts et de bas, il trouve enfin la stabilité auprès d’Olivia Arias, qu’il épouse en 1978. Leur union donne naissance à un fils, Dhani, qui devient rapidement le centre de son monde. Cette nouvelle dynamique familiale transparaît dans plusieurs de ses compositions de l’époque, et Unknown Delight en est l’exemple le plus touchant.
Dans cette chanson, Harrison exprime un amour sincère et apaisé. Contrairement à certaines de ses œuvres antérieures où il abordait souvent des thèmes philosophiques ou spirituels, il se livre ici avec simplicité et sincérité. On retrouve dans les paroles et la musique une douce quiétude, celle d’un homme qui a trouvé un véritable refuge au sein de sa famille.
Une instrumentation délicate et chaleureuse
Musicalement, Unknown Delight est une ballade où la voix douce de Harrison se marie harmonieusement à un arrangement sobre et élégant. La chanson bénéficie de la présence de musiciens chevronnés qui apportent une touche de finesse et de profondeur :
- George Harrison : chant, guitare électrique, synthétiseur
- Neil Larsen : piano
- Gary Brooker : synthétiseur
- Willie Weeks : basse
- Jim Keltner : batterie
- Ray Cooper : percussions
- Willie Greene, Bobby King, Pico Pena : chœurs
Le morceau se distingue par son atmosphère planante et légèrement mélancolique. La guitare de Harrison y est subtile, jamais envahissante, tandis que les arrangements synthétiques de Gary Brooker et Neil Larsen confèrent une douceur enveloppante au titre. Jim Keltner, fidèle collaborateur de Harrison, apporte un jeu de batterie délicat qui soutient sans jamais dominer.
Gone Troppo : un album sous-estimé
Gone Troppo est souvent considéré comme un album mineur dans la discographie de George Harrison. Sorti dans une période où l’artiste se désintéresse de l’industrie musicale, il ne bénéficie pas d’une grande promotion. Pourtant, cet album recèle des trésors, et Unknown Delight en est un parfait exemple. La chanson illustre un moment clé dans la vie de Harrison : une phase de quiétude où il choisit de privilégier sa vie de famille plutôt que la pression du show-business.
Dans une interview accordée en 1988 à l’émission Aspel & Company, Harrison confiait son sentiment général sur sa vie et sa carrière :
« Je suis assez heureux, oui. Mais on ne peut jamais dire, vous savez. C’est notre vie, la seule dont je me souvienne, et je suis heureux de la vivre, avec ses hauts et ses bas, ses bons et ses mauvais moments. Au final, je pense que nous nous en sommes tous sortis de manière assez saine et… assez heureux. »
Ce sentiment de satisfaction discrète transparaît dans Unknown Delight. Loin du cynisme et des désillusions de certains artistes ayant traversé les années 1960 et 1970, Harrison semble ici en paix avec lui-même. Cette chanson est un témoignage émouvant de cette période où l’ancien Beatle savoure les plaisirs simples d’une existence paisible, entouré des siens.
Une face B qui méritait mieux
Bien que Unknown Delight n’ait jamais été éditée en tant que single, elle a été choisie comme face B de Dream Away, un autre titre extrait de Gone Troppo, utilisé dans la bande-son du film Time Bandits de Terry Gilliam. Ce choix est révélateur de la manière dont Warner Bros. perçoit l’album à l’époque : un projet marginal, qui ne reçoit qu’une promotion minimale. Dream Away est d’ailleurs uniquement publié en single au Japon, ce qui limite encore davantage la visibilité de Unknown Delight.
Avec le recul, il est fascinant de constater à quel point cette chanson a su toucher les auditeurs les plus attentifs. Elle incarne l’une des facettes les plus intimes de George Harrison, celle d’un homme qui, après des années d’errance et de quête spirituelle, trouve enfin un bonheur simple et profond.
Aujourd’hui encore, Unknown Delight demeure une perle cachée de la discographie de George Harrison, un morceau d’une beauté pure qui témoigne de son amour pour Olivia et Dhani. Une déclaration musicale intemporelle, trop longtemps restée dans l’ombre.