L’ouverture d’un album est un moment clé, souvent choisi avec soin pour capter l’attention de l’auditeur dès les premières secondes. Dans le cas de All Things Must Pass, le premier album solo de George Harrison après la séparation des Beatles, la chanson I’d Have You Anytime joue ce rôle à merveille. Composée en collaboration avec Bob Dylan, cette chanson d’une grande simplicité et d’une émotion discrète marque une étape importante dans la carrière du « quiet Beatle ». À travers cet enregistrement, Harrison offre une ouverture douce, une respiration avant la démesure du wall of sound qui caractérise le reste de l’album, tout en inscrivant son œuvre dans une tradition de collaboration musicale unique et marquante.
Sommaire
- Une Collaboration Exceptionnelle entre Harrison et Dylan
- La Production et l’Arrangement : Une Introduction Parfaite à All Things Must Pass
- Une Chanson Portant la Marque de Dylan et Harrison
- I’d Have You Anytime et l’Héritage de All Things Must Pass
- Conclusion : Un Hymne à la Simplicité et à l’Amitié
Une Collaboration Exceptionnelle entre Harrison et Dylan
La genèse de I’d Have You Anytime remonte à 1968, lors d’une rencontre entre George Harrison et Bob Dylan à Woodstock, après la fin des sessions pour The White Album des Beatles. L’un des moments les plus fascinants de cette rencontre est celui où Dylan, souvent perçu comme un maître des métaphores et des paroles complexes, propose une chanson d’une grande simplicité. Selon Harrison, Dylan, qui traversait alors une période de doutes personnels, était bien plus timide et réservé qu’on ne pourrait l’imaginer.
Dans une interview, Harrison explique comment cette rencontre à Woodstock fut marquée par des silences, une atmosphère intimiste où la musique finit par s’imposer comme un moyen de rétablir une certaine connexion. À l’époque, Dylan était dans une phase de convalescence après un accident de moto qui l’avait éloigné des projecteurs. C’est dans ce contexte qu’il présente à Harrison une ébauche de chanson qui, sous des airs simples, cachait une émotion profonde. Le refrain, All I have is yours/All you see is mine/And I’m glad to hold you in my arms/I’d have you anytime, révèle la simplicité et la tendresse d’une relation d’amitié intense, loin de l’aspect révolutionnaire ou politique que l’on associe souvent à Dylan.
Ce moment marqua un tournant dans la carrière de Harrison, car c’est à partir de ce fragment musical qu’il composera I’d Have You Anytime. Harrison, toujours en quête d’un équilibre entre sa propre identité musicale et l’héritage des Beatles, parvient ici à distiller la sensibilité de Dylan tout en y injectant sa propre touche. Si Dylan avait fait preuve d’une certaine simplicité dans sa chanson, Harrison, lui, parvient à l’interpréter sans artifice, optant pour un arrangement délibérément sobre.
La Production et l’Arrangement : Une Introduction Parfaite à All Things Must Pass
Lorsque I’d Have You Anytime fut enregistré entre mai et octobre 1970, il n’était pas encore certain que cette chanson serait l’ouverture du projet All Things Must Pass. Pourtant, à l’écoute de l’album final, il semble évident que cette composition a une place de choix, en introduisant subtilement l’auditeur dans l’univers qui suivra. En effet, contrairement aux morceaux plus saturés produits par Phil Spector, I’d Have You Anytime est un véritable contraste : plus épuré, moins empli de couches sonores, il s’installe lentement et avec douceur.
Pour l’enregistrement, George Harrison s’entoure de musiciens de renom, dont Eric Clapton, dont la guitare lead est l’un des éléments phares du morceau. Klaus Voormann, ami de longue date et bassiste de renom, assure une section rythmique fine, tandis qu’Alan White, futur membre de Yes, prête ses talents à la batterie. Un xylophone, joué par un musicien non crédité, ajoute une touche d’exotisme au morceau, accentuant l’aspect délicat de l’ensemble. La production de Phil Spector, souvent critiquée pour sa surcharge sonore, est ici discrète, permettant à la musique de respirer. Loin du wall of sound caractéristique de Spector, ce morceau fait preuve d’une simplicité élégante et d’un minimalisme où chaque instrument trouve sa place sans alourdir l’ensemble.
Une Chanson Portant la Marque de Dylan et Harrison
Là où I’d Have You Anytime se distingue des autres collaborations entre les deux artistes, c’est dans la manière dont les influences des deux hommes s’entrelacent. La simplicité des paroles de Dylan est magnifiée par l’approche musicale de Harrison, qui, sans chercher à la transformer radicalement, réussit à en tirer toute la douceur et la profondeur. Ce n’est pas un hasard si Harrison a choisi cette chanson comme ouverture de son premier album solo. C’est un morceau qui marque la transition entre la fin d’une ère, celle des Beatles, et le début de quelque chose de profondément personnel et sincère.
Les paroles de I’d Have You Anytime, tout en étant simples, capturent l’essence d’une époque et d’une relation amicale entre deux géants de la musique. Ce n’est pas seulement un chant d’amour ou de désir, mais aussi une expression de l’amitié, de la confiance et de la connexion spirituelle. La chanson évoque, selon Harrison lui-même, un sentiment de légèreté et de partage, qu’il ressentait au contact de Dylan. Le passage de All I have is yours à And I’m glad to hold you in my arms résume parfaitement cette proximité et cette intimité, qui vont bien au-delà des simples mots.
I’d Have You Anytime et l’Héritage de All Things Must Pass
En tant qu’ouverture de All Things Must Pass, I’d Have You Anytime incarne parfaitement l’esprit de l’album dans son ensemble : un équilibre entre introspection, spiritualité et influences diverses. En 1970, Harrison, après avoir longuement réfléchi et médité, propose un album où se mêlent des chants de souffrance, de recherche de sens et d’acceptation du passage du temps. Ce morceau introductif se distingue par sa chaleur et sa douceur, mais il laisse également présager les morceaux plus grands et plus dramatiques qui suivront, comme My Sweet Lord et Beware of Darkness. Il ne faut pas oublier que All Things Must Pass est un album particulièrement dense et souvent accablé de poids émotionnel, et l’épure de I’d Have You Anytime offre une bouffée d’air avant la tempête sonore qui se déploiera au fil des trois disques.
Si I’d Have You Anytime reste l’un des morceaux les plus intimistes de l’album, il se distingue également par son influence musicale. Ce n’est pas un hasard si cette chanson a inspiré d’autres musiciens de la scène rock. L’un des exemples les plus notables de cet héritage se trouve dans le morceau Let Me Roll It des Wings de Paul McCartney, où l’on retrouve des similitudes avec la mélodie et les paroles de I’d Have You Anytime. C’est là que l’on voit l’influence durable que cette chanson a eue, non seulement sur l’œuvre de Harrison mais également sur celle de ses anciens compagnons Beatles.
Conclusion : Un Hymne à la Simplicité et à l’Amitié
I’d Have You Anytime est un exemple éclatant de la manière dont George Harrison a su s’imprégner des influences de son époque tout en restant fidèle à ses propres aspirations artistiques. Par sa simplicité et sa beauté tranquille, cette chanson rappelle que parfois, moins c’est plus, et que la véritable émotion se trouve dans la douceur et l’intimité. Cette collaboration entre Harrison et Dylan, bien qu’apparemment modeste, est en réalité un moment crucial dans l’évolution musicale de Harrison. Elle représente le début d’un voyage en solitaire, mais aussi une déclaration d’indépendance artistique, où la recherche de la vérité et de la beauté prime sur les conventions du marché musical. Au-delà de l’aspect musical, I’d Have You Anytime est avant tout une chanson de partage, d’amitié et de compréhension, des thèmes qui continueront de traverser l’œuvre de George Harrison tout au long de sa carrière.