Une période de chaos et d’excès
En 1973, John Lennon, l’une des figures les plus influentes de l’histoire de la musique, traverse une période tumultueuse connue sous le nom de Lost Weekend. Suite à une séparation temporaire avec Yoko Ono, Lennon s’installe à Los Angeles, plongeant dans une spirale de débauche mêlant alcool, drogues et comportements autodestructeurs. Si cette période a donné lieu à des anecdotes rocambolesques, elle a également marqué l’un des moments les plus sombres de sa vie personnelle et artistique.
Une scène digne de « L’Exorciste »
Elliot Mintz, ami proche de Lennon, raconte dans son livre We All Shine On : John, Yoko et moi une nuit particulièrement troublante qui a laissé une empreinte indélébile dans sa mémoire. Alors que Lennon enregistre à Los Angeles avec Phil Spector, le comportement erratique du chanteur inquiète suffisamment la sécurité de Spector pour que Mintz soit appelé à la rescousse. Ce qu’il découvre en arrivant chez Lou Adler dépasse l’entendement : Lennon, furieux et incontrôlable, est attaché à une chaise par des gardes du corps pour empêcher qu’il ne cause davantage de dégâts.
Mintz décrit la scène comme une véritable séquence de film d’horreur : « Ivre et les yeux fous, John était attaché à une chaise […] en fulminant et hurlant des obscénités. » Lennon, dans un accès de rage, avait déjà brisé des disques d’or encadrés appartenant à Adler. Cette image d’un homme pourtant chantre de la paix et de l’amour contraste violemment avec la vision idéalisée que l’on se fait de l’ex-Beatle.
Un échange déchirant avec son ami
Mintz, bien que habitué aux excès de Lennon, est profondément marqué par cette nuit. Lorsque Lennon lui adresse une insulte particulièrement violente et choquante, Mintz avoue avoir été blessé au point de ne jamais vouloir répéter ces paroles, même des décennies plus tard. « Je n’arrivais pas à croire qu’il s’agissait du même homme qui avait écrit et chanté avec tant de force la paix, l’amour et la compréhension », écrit-il. Cependant, cet échange intense semble réveiller une once d’humanité chez Lennon, qui, soudainement calmé, se retire dans une chambre et s’endort.
Un album « maudit »
Cette période de chaos n’est pas sans conséquence sur le travail de Lennon. L’album Rock ‘n’ Roll, qu’il enregistre en partie avec Phil Spector, devient un projet problématique. Entre conflits personnels et crises alcoolisées, les sessions sont souvent chaotiques. Lennon qualifiera lui-même l’album de « maudit » : « Il a commencé en 1973 avec Phil et s’est effondré. […] C’est vraiment n’importe quoi, cet album porte la poisse. »
Pour Lennon, Rock ‘n’ Roll symbolise à la fois un hommage à ses racines musicales et un épisode de souffrance personnelle. La tension palpable lors de son enregistrement reflète l’instabilité émotionnelle du musicien à cette époque. Malgré tout, l’album trouvera sa place dans la discographie de Lennon, notamment grâce à des titres comme Stand by Me.
Un tournant dans la vie de Lennon
Si le Lost Weekend a été synonyme de descente aux enfers, il marque également un tournant dans la vie de Lennon. Après cette période d’excès, il parvient à se réconcilier avec Yoko Ono en 1974, retrouvant une certaine stabilité personnelle et artistique. Cet épisode souligne néanmoins la complexité de la personnalité de Lennon, capable de basculer entre la lumière et l’obscurité avec une intensité déconcertante.
L’histoire de cette nuit chaotique met en lumière la fragilité d’un homme souvent idéalisé. Derrière le mythe du Beatle se cachait un être humain en proie à ses démons, mais aussi capable de renaître de ses cendres. Comme Mintz le décrit si bien, cette nuit était peut-être l’apogée d’un chaos intérieur, mais elle ouvrait aussi la voie à un renouveau nécessaire.