Ce que mangeaient vraiment les Beatles : entre haricots, pickles et riz brun

Publié le 27 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Quiconque a un tant soit peu prêté l’oreille au répertoire des Beatles sait que la nourriture y trouve régulièrement sa place. Il suffit de songer à Savoy Truffle, Glass Onion, Strawberry Fields Forever, ou encore Honey Pie pour s’en convaincre. Les textes du Fab Four regorgent d’évocations gustatives, de douceurs sucrées en mets typiquement britanniques. Le journaliste Martin Lewis a d’ailleurs recensé ces références dans une étude aussi sérieuse que savoureuse : le mot « honey » (miel) y figurerait pas moins de 14 fois.

Mais ces titres ne sont pas toujours à prendre au premier degré. Strawberry Fields Forever, par exemple, ne désigne pas une passion culinaire de Lennon mais plutôt un orphelinat de Liverpool situé à quelques encablures de son domicile d’enfance. Quant à Honey Pie, il s’agit davantage d’un surnom affectueux que d’un dessert, et Glass Onion reste un mystère herméneutique. Lennon lui-même se plaisait à brouiller les pistes : « Tout ce que j’ai écrit, c’est pour le fun, pour rire », confia-t-il un jour à un fan.

Mais au-delà de la symbolique lyrique, la table des Beatles fut un véritable terrain d’expression de leurs goûts, de leur évolution spirituelle, et de leur attachement à la culture britannique. Plongée dans les cuisines — parfois surprenantes — des quatre musiciens les plus célèbres du XXe siècle.

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John Lennon : de la saucisse à la graine de sésame

Avant que le White Album ne le conduise sur les chemins introspectifs de l’Inde et du macrobiotisme, John Lennon était un amateur pur jus de gastronomie anglaise. Son pêché mignon ? Le full English breakfast. Œufs au plat, bacon croustillant, saucisses dodues, haricots blancs à la tomate, champignons sautés, tomates grillées, et parfois même du black pudding — une spécialité de boudin noir anglo-saxon peu engageante pour les néophytes.

May Pang, sa compagne durant la fameuse « Lost Weekend » de New York, racontait leurs petits rituels matinaux : « Chaque dimanche, à 11h, j’arrivais avec The New York Times, du café, et je préparais un petit-déjeuner anglais complet : bacon, œufs, beans sur toast, chips, parfois du black pudding. John adorait ça. » Un clin d’œil au Lennon terrien, enraciné dans ses habitudes, malgré ses aspirations vers l’Orient.

Mais cette immersion en Inde en 1966, aux côtés du Maharishi Mahesh Yogi, bouleversa sa vision du monde. Comme les trois autres Beatles, il embrassa le végétarisme. Plus radical encore, Lennon se tourna vers une alimentation macrobiotique, épurée, presque ascétique. « Nous sommes macrobiotiques pour la plupart, mais parfois, on va manger une pizza en famille », expliquait-il dans Playboy en 1981.

Son régime excluait viande, sucre raffiné, produits laitiers, favorisant céréales complètes, légumes de saison, algues, riz brun ou encore graines de tournesol. Une diète austère ? Peut-être. Mais elle révélait surtout un Lennon en quête d’harmonie intérieure, de cohérence entre son mode de vie et ses idéaux de non-violence.

Paul McCartney : la popstar qui aimait les pickles

S’il est un Beatle qui a fait de son végétarisme un acte militant et une œuvre économique, c’est bien Paul McCartney. Avec son épouse Linda, il lança dès 1989 la gamme Linda McCartney Foods, aujourd’hui incontournable dans les rayons de produits végétariens du Royaume-Uni. Engagé dans la campagne Meat Free Mondays, Paul prône une alimentation sans cruauté et respectueuse de l’environnement.

Sur scène, ses repas restent simples mais gourmands. Avant un concert, il confie volontiers déguster des pasta olio, une variation végétale des pasta aglio e olio italiennes : ail, huile d’olive, légumes croquants (brocolis, carottes, chou-fleur), et un simili-poulet végétal. Une recette qui mêle sobriété et inventivité, à l’image de McCartney lui-même.

Mais son attachement aux saveurs de l’enfance transparaît dans un autre mets typiquement britannique : le sandwich au fromage et au Branston pickle. Ce condiment brun, épais, sucré et épicé, accompagne à merveille les cheddars bien mûrs ou le Red Leicester. « Après un concert, je bois une margarita et je mange un sandwich au fromage et au pickle », déclarait-il récemment. Entre deux solos de basse, McCartney reste l’homme d’un terroir, fidèle à la culture culinaire de sa classe ouvrière.

George Harrison : le souffle des épices

S’il est un membre des Beatles pour qui le voyage en Inde s’est transformé en véritable révolution intérieure, c’est George Harrison. Son amitié avec Ravi Shankar, sa pratique assidue de la méditation, son intérêt profond pour l’hindouisme et la philosophie védique l’ont conduit à une vie plus sobre, davantage tournée vers la spiritualité… et la cuisine indienne.

Son plat fétiche ? Une soupe de lentilles inspirée du dal indien, qu’il baptisa lui-même Dark Horse Lentil Soup — clin d’œil à son label Dark Horse Records. Cette soupe, consistante et parfumée, marie lentilles, cumin, oignons, tomates, poivrons, ail, et un soupçon de piment rouge. Un plat simple, économique, mais plein de caractère, à l’image du plus discret des Beatles.

Harrison vouait également un culte au sandwich… à sa manière. Sa version : fromage, laitue, et Marmite. Cette pâte à tartiner noire, salée et au goût très particulier — à base d’extrait de levure — est une institution au Royaume-Uni. Soit on l’adore, soit on la déteste, selon la célèbre campagne publicitaire. Harrison, lui, en faisait un élément central de son en-cas préféré. Lors de l’enregistrement de While My Guitar Gently Weeps, il réclamait justement un tel sandwich. Preuve, s’il en est, que même les génies de la six-cordes ont parfois l’âme d’un collégien affamé.

Ringo Starr : les haricots, le brocoli… et l’Angleterre

Ringo Starr n’est pas un explorateur du goût. Ni curry, ni pizza. Ses intolérances alimentaires et son tempérament prudent l’ont tenu éloigné de nombreux plaisirs de la table. « Je n’ai jamais mangé de pizza. Ni de curry. Je suis allergique à plein de trucs, et on ne sait jamais ce qu’il y a dans un curry ! » confia-t-il à Jimmy Kimmel. Lors du séjour des Beatles en Inde, il apporta carrément avec lui une valise remplie de boîtes de Heinz Baked Beans, ces fameuses conserves de haricots blancs à la sauce tomate que tout foyer britannique connaît.

Rien de plus anglais que ces haricots. Ils peuvent se déguster sur du pain beurré, en accompagnement d’un œuf au plat, ou dans un jacket potato. Ringo les préfère dans leur plus simple appareil, sans épices, ni chichis. Un goût d’enfance, une certitude culinaire.

Aujourd’hui, à 84 ans, le batteur a adopté un régime végétarien strict et mise sur les superaliments. Il ne jure que par le brocoli, qu’il consomme « à toutes les sauces », et les myrtilles, qu’il ingère chaque matin. Une discipline de fer, au service de la santé, qui explique peut-être sa forme olympienne. « Je fais attention. Je mange des légumes, des salades, des fruits. Je suis végétarien. Et j’ai du brocoli avec tout », déclarait-il à la BBC.

Un régime qui contraste avec ses premières années de Beatlemania, où il s’agissait surtout de survivre à l’emploi du temps infernal du groupe, parfois avec un simple egg and chips dévoré en loge.

Une légende musicale aux saveurs multiples

Derrière les mélodies intemporelles, les riffs légendaires et les paroles poétiques, les Beatles étaient des hommes, avec leurs habitudes, leurs plaisirs simples, leurs rites alimentaires. De la tartine de Marmite aux nouilles ail-huile, en passant par le macro bowl ou le cheese & pickle, leur rapport à la nourriture révèle autant de choses sur leur époque que leur musique elle-même.

L’évolution de leur régime alimentaire accompagne leur trajectoire artistique : d’un Liverpool ouvrier aux ashrams de Rishikesh, du fish and chips au riz complet bio, ils ont traversé les modes, les cultures, les philosophies — et les cuisines. Le végétarisme, aujourd’hui omniprésent dans les discours éthiques et écologiques, fut chez eux un choix pionnier, souvent avant-gardiste.

Qu’ils mangent du brocoli en faisant le signe de la paix, ou qu’ils exigent une boîte de haricots dans leur valise de tournée, les Beatles ont toujours su mêler l’ordinaire et l’extraordinaire. Et comme leurs chansons, leurs assiettes racontent une époque, des convictions, et une formidable humanité.

En somme, si la musique des Beatles continue d’émouvoir, de faire danser ou de faire réfléchir, leur rapport à la nourriture ajoute une touche intime, presque domestique, à leur légende. Parce qu’avant d’être les Beatles, ils étaient John, Paul, George et Ringo — quatre garçons dans le vent, certes, mais aussi quatre appétits bien distincts.