Miss O’Dell : L’histoire d’une chanson inattendue de George Harrison

Publié le 28 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Parmi les compositions de George Harrison, Miss O’Dell occupe une place singulière. À la fois légère et empreinte de l’humour discret du musicien, cette chanson, qui fut la face B du single Give Me Love (Give Me Peace On Earth) en 1973, cache une histoire empreinte d’amitié, de nostalgie et de clin d’œil aux souvenirs des Beatles. Retour sur l’un des titres les plus méconnus de l’ex-Beatle.

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Une muse atypique : Chris O’Dell

Le titre Miss O’Dell trouve son origine dans une amitié sincère entre George Harrison et Chris O’Dell, une Américaine qui avait travaillé pour Apple Corps à Londres. Proche de Harrison et de son épouse Pattie Boyd, elle fut témoin de nombreux événements marquants de l’après-Beatles. C’est à Los Angeles, en avril 1971, que George compose la chanson, alors qu’il attend impatiemment la venue de Chris O’Dell dans sa maison de location à Malibu.

À l’époque, O’Dell traverse une période difficile. Elle s’éloigne peu à peu du cercle musical, prise dans une spirale de consommation de drogues. Elle hésite à revoir George, redoutant l’environnement de l’industrie musicale qui l’entoure. Pourtant, après plusieurs appels insistants de Harrison, elle finit par lui rendre visite. Ce soir-là, au lieu de parler musique, George lui fait part de son engagement pour le Bangladesh, cause qui lui tient profondément à cœur.

Une surprise musicale

C’est après cette discussion que Harrison surprend son amie. Saisissant sa guitare acoustique, il lui annonce en plaisantant : « Je vais te rendre célèbre. » Il entonne alors une chanson qui décrit de manière humoristique les déboires de la vie en Californie, le riz qui n’arrive jamais à Bombay et un tourne-disque cassé. Légère, ironique, la chanson semble une plaisanterie affectueuse entre amis. Chris O’Dell, prise au dépourvu, oscille entre gêne et amusement.

Plus tard, elle confiera avoir été profondément touchée par cette attention, tout en se demandant comment Pattie Boyd, l’épouse de George, prendrait la nouvelle. Mais loin de nourrir la jalousie, Pattie accueille la chanson avec bienveillance et admiration.

L’enregistrement et la sortie

Miss O’Dell est enregistrée à Friar Park, le studio personnel de George Harrison, pendant les sessions de l’album Living In The Material World. Le morceau est volontairement dépouillé, porté par une interprétation détendue de Harrison, accompagné de Klaus Voormann à la basse et de Jim Keltner à la batterie. Fidèle à son sens de l’humour, Harrison introduit dans la chanson un élément singulier : la mention du numéro de téléphone de la famille McCartney à Liverpool, Garston six nine double two (6922). Un clin d’œil complice à son passé avec les Beatles.

La chanson est publiée en mai 1973 en face B du single Give Me Love (Give Me Peace On Earth), un titre empreint de spiritualité et d’espoir. Ce dernier atteint la première place du Billboard Hot 100 aux États-Unis et se classe dans le top 10 au Royaume-Uni et dans plusieurs autres pays. Bien que reléguée en face B, Miss O’Dell acquiert une certaine notoriété auprès des fans les plus assidus de Harrison.

Une redécouverte tardive

Pendant des décennies, Miss O’Dell reste une curiosité pour les amateurs de George Harrison, rarement mise en avant par rapport à ses compositions majeures. Ce n’est qu’en 2006, lors de la réédition de Living In The Material World, que la chanson est intégrée en tant que piste bonus, offrant ainsi à une nouvelle génération d’auditeurs l’occasion de la découvrir.

Chris O’Dell, de son côté, finira par raconter son histoire dans son autobiographie, où elle revient sur sa relation avec Harrison et l’impact inattendu de cette chanson sur sa vie.

Un témoignage de l’esprit de Harrison

Au-delà de son caractère anecdotique, Miss O’Dell illustre parfaitement la personnalité de George Harrison. Entre autodérision et tendresse, le morceau témoigne de son sens de l’humour et de son attachement aux personnes qui l’entouraient. Cette face B rappelle que, même dans ses compositions les plus mineures, Harrison savait allier sincérité et malice, rendant ainsi chaque chanson unique.

Aujourd’hui, Miss O’Dell demeure une pépite cachée du répertoire de George Harrison, un instant de complicité figé dans le temps, immortalisé par la voix douce et espiègle de son auteur.