Quand McCartney brise le silence : John Lennon, l’homme qui a mis fin aux Beatles

Publié le 28 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Paul McCartney révèle que John Lennon a mis fin aux Beatles, brisant ainsi un demi-siècle de spéculations. Cet aveu éclaire la séparation du groupe sous un jour plus personnel et sincère, loin des mythes habituels.


Il suffit d’un mot, d’un aveu lancé presque en passant au micro de l’animateur américain Howard Stern, pour rallumer la flamme d’un débat qui enflamme les passionnés depuis plus d’un demi-siècle : qui a véritablement brisé les Beatles ? À cette question, Paul McCartney, d’une voix calme et résolue, a répondu sans détour : « John. Ouais. »

Un demi-siècle de rumeurs, de théories, d’interprétations parfois fantaisistes vient de s’effriter sous le poids d’un témoignage de première main, celui d’un témoin central, co-fondateur du groupe le plus influent du XXe siècle. Ce que McCartney confirme aujourd’hui n’est pourtant pas un fait nouveau pour les historiens du groupe, mais cette parole dite haut et fort, dans un contexte de sincérité et de réminiscence, vient apposer un point final émotionnel à une légende souvent malmenée.

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Une séparation progressive, mais inévitable

Il est tentant, et sans doute humain, de vouloir désigner un coupable à la dissolution des Beatles. Trop longtemps, cette responsabilité a pesé, souvent injustement, sur les épaules de McCartney lui-même. Sa volonté de poursuivre l’élan créatif du groupe, son action en justice pour dissoudre officiellement leur partenariat en 1970, ou encore la sortie anticipée de son premier album solo McCartney, ont cristallisé autour de lui une image de fossoyeur.

Or, comme il le rappelle aujourd’hui, Ringo Starr fut le premier à claquer la porte, brièvement, lors des sessions tumultueuses du White Album en 1968. George Harrison suivra lors des premières séances de Get Back, épuisé par les tensions et les désaccords artistiques. Mais à chaque fois, des discussions, des compromis, et une volonté commune de ne pas laisser s’éteindre la magie opéraient leur retour. Jusqu’au jour où Lennon, selon McCartney, « est entré dans une réunion et a dit : ‘les gars, je quitte le groupe.’ »

C’était la fin. Pas symbolique, pas sentimentale. Définitive.

L’ombre de Yoko Ono, l’éveil d’un autre Lennon

Il serait caricatural et réducteur de faire de Yoko Ono la grande responsable de la séparation. Et McCartney, qui a longtemps entretenu avec elle une relation glaciale, témoigne aujourd’hui d’une forme de paix retrouvée : « Le gars était totalement amoureux d’elle. Tu dois juste respecter ça. »

Dans ses mots affleurent une compréhension rétrospective des événements. Yoko ne fut pas une instigatrice, mais une catalyse. Lennon, déjà en rupture intérieure avec les contraintes de son statut de Beatle, trouva auprès d’elle non seulement l’amour, mais une émancipation intellectuelle, politique et artistique. Elle incarna, à ses yeux, une modernité radicale, une esthétique avant-gardiste, et surtout, une forme de vérité intérieure que les Beatles, dans leur fonctionnement collectif devenu pesant, ne lui offraient plus.

McCartney l’admet : John avait toujours été fasciné par les femmes fortes. Sa tante Mimi, autoritaire et droite. Et dans une pique révélatrice, il évoque la première épouse de Lennon, Cynthia : « Elle m’avait dit un jour ‘Tout ce que je veux, c’est un homme avec sa pipe et ses pantoufles’. Et je me suis dit : ‘Ce n’est pas John.’ »

Ce n’était plus John, en tout cas. Car le Lennon de 1969 n’était plus le même que celui de 1964. L’artiste pop devenu militant, le génie mélodique en quête de cri brut, cherchait à rompre avec le passé.

L’amertume, les chansons, et la réconciliation

Le divorce fut douloureux, même s’il ne dit pas son nom. Et comme souvent chez les artistes, ce fut par la musique que la rancœur s’exprima. McCartney, en 1971, sort Ram, son second album solo. L’un des titres, Too Many People, est aujourd’hui reconnu comme une attaque à peine voilée contre Lennon. Ce dernier, piqué au vif, riposte la même année avec How Do You Sleep?, morceau d’une virulence rare, ponctué de sarcasmes et de moqueries à l’endroit de McCartney.

La querelle, comme souvent chez les génies, se pare d’élégance musicale. Mais les paroles trahissent un malaise profond. McCartney confiera plus tard dans Ramming: The Making of Ram : « C’était un message à John à travers les ondes… Je sentais qu’il prêchait un peu, sur ce que les gens devaient faire, comment ils devaient vivre… Il y avait un peu d’hypocrisie. »

Lennon, lui, visait sous la ceinture. « The only thing you done was yesterday… » chante-t-il, réduisant l’œuvre solo de Paul à un passé glorieux. Mais au fond, derrière la rage, il y avait aussi du regret. De la peine. L’amitié trahie, la fraternité artistique rompue.

Pourtant, malgré ces blessures, malgré la séparation officielle de 1970 et les années de tension, un apaisement finit par poindre. Les deux hommes reprennent contact. Ils échangent des appels, des lettres, des projets rêvés. L’idée d’une reformation n’est jamais véritablement sur la table, mais celle de retrouver une relation humaine, elle, devient urgente.

McCartney se dit soulagé d’avoir retrouvé John avant le drame de 1980 : « On a pu se reparler comme des êtres humains, comme des amis… Et ça, j’en ai toujours été très heureux, car on avait traversé trop de choses pour laisser des histoires de business tout gâcher. »

Ce que cet aveu change, et ce qu’il ne changera jamais

Il serait naïf de croire que l’aveu de McCartney à Howard Stern mettra fin aux spéculations. Le mythe Beatles est trop vaste, trop complexe, pour se laisser enfermer dans une simple déclaration. Mais il apporte une clarté bienvenue, car elle provient d’un homme au soir de sa vie, libéré du poids de l’image publique, et qui, depuis plusieurs années déjà, semble animé par un souci de transmission, de vérité.

L’histoire des Beatles ne s’écrit pas en noir et blanc, mais en nuances de gris. Oui, John a dit les mots de la fin. Mais Paul, George et Ringo portaient eux aussi des lassitudes, des ambitions personnelles, des désirs d’évasion. Le groupe était arrivé à un point de non-retour. Les tensions étaient palpables, les sessions d’enregistrement devenues hostiles, le lien fraternel se distendait sous la pression d’un succès mondial devenu écrasant.

John Lennon n’a pas détruit les Beatles. Il a simplement été le premier à avoir le courage, ou la nécessité, de dire stop.

La postérité, entre héritage partagé et fidélités brouillées

Le regard que McCartney porte aujourd’hui sur cette époque est empreint de sagesse. Il n’y a plus de place pour les querelles, pour les « c’est lui ou moi ». Le temps a fait son œuvre. Et l’histoire a rendu justice à chacun.

Le tandem Lennon-McCartney reste, à ce jour, l’un des duos de compositeurs les plus prolifiques et influents de l’histoire. Si leurs chemins artistiques se sont séparés, leur œuvre commune transcende les rancunes. Chaque note, chaque accord, chaque parole écrite ensemble témoigne d’une alchimie rare, d’une époque révolue où quatre garçons de Liverpool ont changé le monde.

En réhabilitant Lennon dans le rôle, non pas du traître, mais de celui qui a pris une décision difficile au nom de sa propre vérité, McCartney participe à une forme de rééquilibrage historique. Il ne s’agit pas d’accuser, mais de raconter. De remettre les faits dans leur contexte. Et de rappeler que la grandeur des Beatles ne réside pas seulement dans leurs chansons, mais dans leur humanité, leurs fragilités, leurs conflits.

Et s’il fallait une preuve que ces blessures anciennes sont aujourd’hui pansement cicatrisé, il suffit d’écouter Now and Then, la dernière chanson des Beatles publiée en 2023 grâce à l’intelligence artificielle. Une voix de Lennon, ressuscitée, un accompagnement de Paul, Ringo, et des archives de George. Un dernier souffle, un dernier miracle. Comme un adieu apaisé.

Oui, John Lennon a quitté les Beatles. Mais les Beatles, eux, ne nous ont jamais quittés.