Ce témoignage qui rend hommage au courage de cet homme ordinaire qui a vu défiler toutes les horreurs de son pays dans la morgue de l’hôpital dans laquelle il travaillait. Photographe légiste de la police militaire syrienne, il voit progressivement le nombre de corps à photographier augmenter, tout en constatant les exactions abominables dont ils ont été victimes. Au fur et à mesure que la répression du régime s’intensifie, le débit des corps torturés augmente… jusqu’au jour où il ne peut plus fermer les yeux et invite le monde entier à partager ses visions d’horreur.
En invitant à suivre les pas et le regard de ce père de famille qui décide de rejoindre un réseau de patriotes au péril de sa vie et de celles de sa femme et de ses deux enfants, Gwenaëlle Lenoir lève progressivement le voile sur les conditions de vie atroces sous le régime de Bachar al-Assad. Plongé au cœur de cette dictature qui cherche à endoctriner les enfants dès leur plus jeune âge tout en opprimant une population obligée de vivre dans l’angoisse d’une dénonciation ou d’une arrestation aléatoire, le lecteur ressent constamment cette peur omniprésente et terriblement angoissante entretenue par le régime.
En choisissant de ne pas situer son récit dans le temps, ni de nommer le pays où se déroulent ces atrocités, Gwenaëlle Lenoir insuffle une dimension universelle à ce roman qui restitue à merveille le quotidien de gens enfermés dans des régimes totalitaires, me faisant d’ailleurs par moments penser à « 1984 » de George Orwell.
Je n’étais pas vraiment attiré par le titre ou la couverture de ce roman qui a méritoirement remporté le Prix Relay des Voyageurs Lecteurs 2024, mais il fera certainement partie de mon Top de l’année.
Lisez également « Mahmoud ou la montée des eaux » d’Antoine Wauters et « Tant que fleuriront les citronniers » de Zoulfa Katouh.
Camera obscura, Gwenaëlle Lenoir, Julliard, 224 p., 20€
Elles/ils en parlent également : Matatoune, Stelphique, Baz’Art, Ghislaine, Lison, Bibliofeel, Ma collection de livres