Paul McCartney a souvent été perçu comme le ciment des Beatles, celui qui tentait, parfois désespérément, de maintenir l’unité d’un groupe à la dérive. Cependant, même le perfectionniste et infatigable bassiste a connu des moments de tension, au point de refuser de participer à certaines chansons emblématiques. Revenons sur ces épisodes rares mais révélateurs dans l’histoire du groupe.
Sommaire
- Le rôle de McCartney dans la cohésion des Beatles
- Quand McCartney boude : l’épisode « She Said She Said »
- « Yer Blues » : la crise et le rapprochement
- Le paradoxe McCartney : perfectionniste et humain
Le rôle de McCartney dans la cohésion des Beatles
À mesure que les Beatles s’approchaient de leur séparation en 1970, Paul McCartney était le membre qui s’efforçait le plus de maintenir la cohésion. Cette dynamique est particulièrement visible dans le documentaire « Get Back » de Peter Jackson, où McCartney apparaît comme une figure presque parentale. Entre les absences émotionnelles de John Lennon et les frustrations croissantes de George Harrison, Paul se battait pour garder le groupe sur la bonne voie. On le voit encourager ses camarades à jouer, organiser des jams pour raviver l’esprit collectif et insister pour terminer l’album Let It Be, dernier acte de la carrière des Fab Four.
Son engagement est évident : Paul McCartney a joué sur presque tous les morceaux de la discographie des Beatles, un fait remarquable comparé à ses compagnons. Lennon est absent sur 18 chansons, Ringo sur 15, et George sur 12. McCartney, lui, ne manque qu’à cinq titres, et souvent pour des raisons artistiques, comme sur « Julia », une ballade acoustique signée Lennon.
Quand McCartney boude : l’épisode « She Said She Said »
Malgré sa dévotion au groupe, McCartney n’était pas à l’abri de disputes. L’un des rares morceaux sur lequel il a refusé de jouer est « She Said She Said », extrait de Revolver (1966). Selon McCartney lui-même, cette absence fait suite à une querelle avec les autres membres. « John l’a apporté à peu près terminé », raconte-t-il dans le livre Many Years From Now de Barry Miles. « Je pense qu’on avait eu une discussion ou quelque chose comme ça, et j’ai dit : ‘Oh, allez vous faire voir !’. Alors ils l’ont fait sans moi. Je crois que George jouait de la basse. » Cette anecdote illustre les tensions qui commençaient à émerger au sein du groupe, même à une époque encore productive.
Le morceau, inspiré par une conversation que John Lennon avait eue sous LSD avec Peter Fonda, est marqué par une ambiance psychédélique et une structure complexe. Le fait que George Harrison ait pris la basse souligne la capacité du groupe à s’adapter malgré les conflits internes.
« Yer Blues » : la crise et le rapprochement
Un autre morceau lié à un moment de tension pour McCartney est « Yer Blues », extrait de l’Album Blanc (1968). Écrite par Lennon lors de leur séjour en Inde, la chanson reflète l’état d’esprit sombre et introspectif du compositeur. Pendant les tumultueuses sessions d’enregistrement de l’album, marquées par des disputes incessantes, McCartney aurait été boudeur, selon Ian MacDonald dans Revolution in the Head.
Cependant, McCartney a plus tard exprimé son affection pour cette chanson. Dans une interview avec Rolling Stone en 2016, il se remémore une approche unique de l’enregistrement : « Nous sommes entrés dans une petite armoire avec une batterie, des amplis tournés vers les murs, et un micro pour John. Nous avons joué ‘Yer Blues’ en direct, et c’était vraiment bien. » Ce retour au jeu brut et spontané montre que, malgré les tensions, les Beatles étaient toujours capables de magie musicale lorsqu’ils étaient enfermés ensemble dans un studio.
Le paradoxe McCartney : perfectionniste et humain
Ces moments d’absence ou de tensions révèlent un autre visage de McCartney : celui d’un artiste passionné mais humain, capable de bouder lorsque les relations avec ses camarades devenaient trop tendues. Toutefois, ces épisodes restent rares comparés à l’immense travail de McCartney pour maintenir la dynamique du groupe. Son rôle de leader, bien que parfois contesté, a permis aux Beatles de surmonter de nombreuses crises et de produire des chefs-d’œuvre jusqu’à la fin.
Finalement, ces incidents renforcent l’idée que, même dans les moments de discorde, les Beatles avaient une alchimie unique, capable de transformer leurs différends en moments de créativité inégalée. Paul McCartney, malgré ses rares accès de colère, restera toujours le pilier sur lequel le groupe a pu s’appuyer, même dans ses dernières années tumultueuses.