Bilan - Minisérie - Generation Kill - HBO

Publié le 04 septembre 2008 par Vincent Gache


Generation Kill, c'est une minisérie qui a été diffusée cet été sur HBO. Aux commandes, deux compères que vous ne devez pas ignorer si vous suivez régulièrement les écrits sur ce site: David Simon et Ed Burns. A l'origine, il y a plutôt un journaliste du célèbre magazine Rolling Stone qui a séjourné avec les Marines Américains lors de l'invasion de l'Irak. Il a rendu compte de son expérience et Evan Wright, un auteur, en a écrit un bouquin. Generation Kill s'appuie sur ce livre et en est donc la transcription télévisuelle.

Si vous connaissez, un temps soit peu les œuvres de messieurs, il ne s'agit pas de séries sans fonds, superficielles. Vous n'y verrez jamais plaindre des pauvres ados blindés d'oseilles, vivant au milieu des beaux quartiers de New-York, subissant les pires trahisons dans leurs misérables vies plates et pourries. Vous n'y verrez jamais des gens d'une autre planète ayant pourtant subi le mouvement gothique, accompagnés de vaisseaux de guerres interplanétaires, revenir contre attaquer pour la 253ème fois un groupe d'une dizaine d'êtres humains et se prendre au final une grosse raclée. Non, rien de tout ça. Ce sont des œuvres engagées, cohérentes, qui posent les choses et parlent avec brio de sujets contemporains, les décortiquent et montrent à leurs téléspectateurs sans condescendance, la réalité. Ce sont des gens qui ont des couilles, n'hésitent pas à critiquer parfois violemment à l'aide d'une démonstration sans faille et ne prennent jamais ceux qui les écoutent pour des abrutis.

Dieu sait que Generation Kill en a des couilles. C'est le cas de le dire. Il s'agit comme je l'ai évoqué de l'invasion de l'Irak par l'armée américaine et ici plus particulièrement d'un bataillon de Marines de Reconnaissances. Le tout vu sous l'œil d'un journaliste. La série est découpée en sept parties allant des préparatifs à la « victoire » à Bagdad. Cela dure une vingtaine de jours. Chaque épisode raconte le parcours épique de ces soldats et à travers eux, on ausculte en profondeur l'armée américaine, l'intérêt de cette guerre et plus encore la politique de Bush. Au passage, le jour où l'un d'entre vous trouvera une ligne de dialogue dans une série française critiquant la politique de Sarkozy, je vous invite à le crier haut et fort sur ce site.

Mais revenons à nos moutons. Ce bataillon est composé de différents membres que je ne vais pas détailler, tout simplement parce que je ne les ai pas tous retenus et qu'il est fort probable que je fasse des erreurs. Ce que je sais par contre c'est que nous nous suivons différentes équipes de Humwee, les « Hitman », leurs missions, leurs divergences pour les mener parfois, la vie de ces équipes, leurs sentiments vis à vis de la guerre dont ils en sont les acteurs et leurs place en son sein. Nous parcourons, plus particulièrement l'Irak et son invasion dans le Humwee du journaliste et des soldats qui l'accompagnent.

Nous sommes donc au milieu d'un univers masculin jusqu'à la moelle. La femme n'est pourtant pas absente. On se rend vite compte qu'ils ne sont pas grand chose sans elles. Comment ces hommes pallient-ils à leur absence? Leur imagination et Playboy sont là pour les y aider. A vrai dire la femme même si elle n'est pas présente physiquement, est l'objet de leur pensée permanent. Alors bien sûr, dés qu'une d'entre elle apparaît, c'est le déchainement des mauvaises consciences, de ceux qui pensent et réfléchissent qu'avec ce qu'ils ont entre leurs jambes. La scène est choquante et on plaint la pauvre JI victime de ce machisme sans nom qui par ailleurs réagit, elle, de la manière la plus intelligente qui soit. C'est ces mêmes abrutis qui rangent les femmes qu'ils croisent au rang de simple objet sexuel, qui au final pleurnichent lorsqu'ils reçoivent la lettre de divorce de l'avocat de leur propre femme restée au pays. Comme quoi on fait pas d'omelettes sans casser des œufs.

Dans le groupe de soldats, nous trouvons, comme dans tous les groupes du monde, de toutes les carrures, de toutes les personnalités et de toutes les origines, armée américaine qui plus est. Nous allons, comme le montre le paragraphe précédent, du gros bonhomme, armoire à glace, deux neurones pour fonctionner, celui pour se saisir de sa grosse Bertha et l'autre pour appuyer sur la gâchette, au plus gringalet, qui a su développer sa lucidité et du bon sens tout en sachant parfaitement faire son boulot voire mieux que le gros bonhomme. En intégrant peu à peu le groupe, on distingue de mieux en mieux les personnalités et on entrevoit vite l'issue d'un combat lorsqu'ils y sont.

Au fur et à mesure que l'on avance dans la guerre, on prend part à certaines réalités. On se rend compte que certains soldats, sans avenir dans la vie civile, se sont engagés dans l'armée parce qu'ils n'ont rien trouvé de mieux pour faire vivre leur famille. On se rend compte que certains sont des vrais amoureux de la guerre, des grands psychopathes, né avec avec la AK entre les doigts, dont la société aurait fait d'eux des criminels. On se rend compte que certains ne sont là que pour le plaisir de tuer, de prendre des vies, des serial-killer en puissance, qui trouvent en l'armée un espace légitime pour assouvir leur pulsion du sang. On se rend compte que tous sont sous le coup de la pop culture, chantant du Limp Bizkit au milieu du désert, faisant sans cesse le parallèle entre leurs actions et celles vues dans les blockbuster hollywoodiens. On se rend compte que le confort dans nos pays est devenu tel, que nos soldats en sont sensibles au moindre défaut et reste ébahi devant la résistance des soldats irakiens qui eux ne peinent pas à se défendre en chemise au milieu de la nuit quant, à l'opposé, les américains hurlent au manque de chaleur dans leur combinaison. On se rend compte qu'il y a de vrais soldats, ceux qui savent qui est leurs ennemis, ceux qui savent comment mener une opération sans risquer des vies, ceux qui ont compris leur rôle qui n'est pas celui des jeux vidéos où l'on tue tout ce qui bouge, mais où le soldat est là, de part son combat, pour apporter quelque chose de mieux que ce qui existait avant. Faire de l'humanitaire, ça n'est pas leur rôle pour certains. Mais, non seulement, tourner le dos aux civils, c'est s'assurer une haine grandissante parmi eux mais les laisser tomber au milieu de la dévastation et du chaos , constitue, n'ayons pas peur des mots, d'un véritable crime contre l'humanité! La plupart des soldats de ce bataillon, ne se rendent absolument pas compte de ce qu'ils font, baignant dans l'indifférence et l'égoïsme pour la patrie. Je ne parle même pas de ceux qui sont malheureux de ne pas avoir tuer au bout de 24h.

Le constat plus grave est fait au niveau des hauts gradés, de l'État Major. Celui qui dirige le bataillon, c'est, de son surnom, le Lieutenant-Colonel « Godfather ». Lui, ses généraux, et ses subordonnées, ne brillent que par leur incompétence. Le nombre de bourdes sous nos yeux et ceux du journaliste sont ahurissantes et s'enchainent les unes après les autres. Là, on envoie une équipe de Reconnaissances en Humwee affrontée seule des lignes ennemies lourdement équipées, le tout, pour se faire piéger dans une embuscade, avec à la clé ce qu'on a pu voir récemment dans l'actualité. Rendez vous compte qu'il coute bien moins cher d'envoyer quelques gros 4x4 que de déployer des tanks ou des avions. La supériorité à toutes les échelles de l'armée américaine donnant en plus, un sentiment de confiance et d'immunité. Ailleurs, une rumeur coure que dans le village voisin, un djihadiste s'est réfugié. Personne ne l'a vu mais qu'à cela ne tienne, on envoie une bombe et on rase le village, les habitants au milieu. Godfather et les autres ne sont jamais sur le terrain. Les informations qu'ils reçoivent de leurs radios sont les seules qui leurs permettent de juger la réalité, avec toutes les subjectivités qu'elles comportent. Au moindre soupçon, même totalement infondé, on tue ou on explose. Ce qui tient Godfather et tout ceux qui sont en hauts, c'est uniquement les médailles. Gagner les batailles, être celui « qui y était », entrer dans l'histoire, sont les seules choses qui les motivent. Pour cela tout est bon, du cirage de pompes des généraux à la prise de risques inconscientes juste pour montrer que son bataillon est le plus fort et le mieux entrainé. Godfather fait démonstration à lui seule de l'échec d'une telle guerre. Il en a rien à foutre lui qu'il soit là pour une possible libération des gens de la dictature de Saddam. Lui, ce qui l'intéresse, c'est de gagner des batailles et tuer ceux qu'ils désignent de manière si vague et dangereuse, les « méchants », point barre. Savoir pourquoi il est là et ce qu'il doit y faire l'importe peu. Il pourra rentrer chez lui avec de belles décorations. Noter également, que la façon dont ils font la guerre les rend totalement impopulaire. Non seulement, ils ne résolvent peut être pas le problème de ces habitants, mais en plus ils en créent de nouveaux en faisant grandir l'anti-américanisme au sein des populations.

Est ce que la guerre est légitime? A t'elle de l'intérêt? Va t'elle améliorer la situation en Irak? La minisérie posent les questions mais n'y répond pas. Et c'est pour moi la meilleure façon d'y répondre. Personne aujourd'hui et encore moins à l'époque de l'invasion n'aurait pu. Comme le dit, l'un des personnage principal, seul le temps nous le dira. La minisérie fait ici preuve de modestie et ne s'aventure pas de manière présomptueuse à faire la moral à qui que se soit ou rentrer dans des théories complexes et fumeuses. Ce qu'elle souligne, par contre, c'est la façon plus que bancale d'arriver au but. Mais est ce que la guerre était nécessaire? Qui peut le dire?

Au final, on s'aperçoit que nos sociétés qui misent notamment à travers les médias, sur la peur et le sentiment d'insécurité permanent, ont une influence directe sur les soldats et ceux qui les commandent. Ce qui explique cette façon grossière de faire la guerre, se justifie, selon moi, parce que justement ces hommes ont peur. Ils ne prennent jamais de risques et n'hésitent pas à appuyer sur la gâchette en toutes circonstances, histoire de se protéger et de faire taire la peur grandissante au fond d'eux. Du nom même de la minisérie, Generation Kill, on entrevoit ce qu'ils sont. Des jeunes gens élevés à coup de Rambo 1,2,3,4, de Halo 2 qui viennent sur le terrain pour ressentir concrètement cela et jouer les héros voire les Dieux tout puissants Américains, libérateurs des méchants. Mais la véritable guerre les effraie au point qu'ils agissent le plus souvent de manière inconsciente, incohérente et démesurée, laissant derrière eux et avec le sentiment d'avoir fait leur boulot, des images chaotiques, bien loin de maitriser l'art de la guerre.