Cloud 9 : Le Retour Triomphal de George Harrison

Publié le 02 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 1987, George Harrison, le « quiet Beatle », fit son grand retour sur la scène musicale avec un album audacieux et mûr, Cloud 9, qui marquait non seulement un renouveau dans sa carrière mais aussi une rencontre musicale marquante avec des collaborateurs de renom tels qu’Eric Clapton et Elton John. En effet, après plusieurs années de silence relatif, ce disque signé par Harrison et son complice Jeff Lynne, a permis au guitariste britannique de retrouver un public fidèle tout en redéfinissant son propre son. Retour sur un album emblématique.

Sommaire

Une renaissance musicale

Lorsque George Harrison entre en studio en janvier 1987 pour enregistrer Cloud 9, il n’a pas encore retrouvé la place qu’il avait, au sommet de la scène musicale. Après des années marquées par un silence relatif et des albums moins marquants comme Somewhere in England (1981) et Gone Troppo (1982), il semblait, en apparence, être à l’écart de l’industrie musicale. Pourtant, cet album marque un tournant décisif dans sa carrière : Harrison se réinvente avec un son résolument moderne tout en gardant une touche de son héritage musical.

Le titre de l’album, Cloud 9, fait référence à un état de bonheur pur, mais aussi à un espace mental où l’artiste peut échapper aux tracas de la vie quotidienne. C’est aussi, selon Harrison lui-même, une forme de retour à la simplicité de la musique, une sorte de déclaration d’amour pour un art qu’il avait toujours porté en lui. C’est un peu comme si Harrison, après avoir vécu le fardeau de la célébrité et les vicissitudes personnelles, trouvait enfin un moyen d’exprimer de nouveau sa joie et son esprit libre, à travers des morceaux pleins de lumière et de bonnes vibrations.

Le choix de Jeff Lynne et le son d’un retour aux sources

L’un des éléments clés de Cloud 9 est sans doute la collaboration avec Jeff Lynne, membre du groupe Electric Light Orchestra (ELO), qui devient ici le producteur de l’album. Leur complicité commence au début des années 1980, lors de leur rencontre en tant que membres de l’alliance Travelling Wilburys, aux côtés de Bob Dylan, Tom Petty et Roy Orbison. Si cette collaboration avec Lynne semble être une évidence à ce stade de la carrière de Harrison, elle permet surtout de redonner au son du guitariste une dimension à la fois moderne et intemporelle. Le travail de production de Lynne, mêlant des éléments de rock classique et des touches électroniques subtiles, fait briller l’album d’une lumière nouvelle. Le son d’ Cloud 9 est résolument plus produit, plus poli que ses précédents travaux, mais il ne perd jamais cette authenticité, ni cette recherche spirituelle si chère à Harrison.

Jeff Lynne, en tant que producteur, réussit à intégrer des sonorités modernes tout en préservant l’esprit unique de Harrison. Le mélange de guitare électrique, de claviers et de percussions a non seulement insufflé une nouvelle vie dans le répertoire du musicien, mais a également permis d’atteindre un public plus large, plus jeune. L’album est donc un mariage parfait entre l’artisanat sonore du passé et la recherche de modernité, avec des morceaux qui brillent de mille feux par leur fraîcheur et leur immédiateté.

La formation qui fait des merveilles

L’album Cloud 9 se distingue également par la qualité de ses musiciens. En plus de Jeff Lynne, qui assure la basse, plusieurs figures emblématiques du rock rejoignent Harrison sur ce projet. Eric Clapton, ami de longue date et partenaire dans les Travelling Wilburys, s’illustre à la guitare électrique, apportant sa virtuosité et son style inimitable à des morceaux comme « Devil’s Radio » et « Got My Mind Set on You ». Ce dernier, avec son riff entraînant, incarne l’un des moments forts de l’album et devient un véritable hit. Clapton, bien qu’il soit un leader de son propre groupe, semble ici dans une position plus collaborative, apportant son empreinte tout en soutenant Harrison dans sa quête musicale.

Elton John, autre collaborateur précieux, n’est pas en reste. À la tête du piano électrique sur plusieurs morceaux de l’album, il ajoute sa touche d’excentricité et de couleur à des titres comme « Cloud 9 » et « Wreck of the Hesperus ». Ensemble, Harrison, Clapton et John forment une équipe presque mythologique, une combinaison de talents qui dépasse les frontières du simple projet solo et se transforme en un véritable rassemblement de géants du rock.

Le soutien de ces musiciens est d’autant plus significatif qu’Harrison, après plusieurs années de lutte personnelle et professionnelle, avait soif de renouer avec une créativité libérée. L’album est d’ailleurs en partie une réponse aux années d’introspection et de désillusion, d’où la présence de morceaux presque autobiographiques comme « This Is Love » ou « The Devil’s Radio ».

L’album qui ressuscite la pop de Harrison

L’album Cloud 9 comporte des morceaux qui, tout en étant résolument ancrés dans les années 1980, rappellent aux auditeurs la beauté et l’âme de la musique pop des années 1960. En témoigne le morceau-titre, « Cloud 9 », qui mêle des éléments de rock psychédélique et de pop, une formule qui faisait la signature de Harrison lors de son passage dans les Beatles. Pourtant, Harrison ne cherche pas à réinventer la roue ; il veut simplement raviver la magie qu’il avait dans ses compositions les plus légendaires.

Le morceau « Got My Mind Set on You », en particulier, se distingue par son rythme effréné et sa production percutante, propulsant Harrison dans une ère musicale où la scène pop était dominée par des sons plus électroniques et un usage accru de la synthèse. Cette chanson devient l’un des plus grands succès de l’album, atteignant la première place du Billboard Hot 100 aux États-Unis en 1988. Cette réussite marque la résurgence d’Harrison sur la scène internationale, prouvant qu’il pouvait encore séduire un large public tout en restant fidèle à lui-même.

Parallèlement, des morceaux comme « When We Was Fab » s’ancrent dans la nostalgie de l’époque des Beatles, faisant écho à son passé tout en réfléchissant à l’évolution de la musique et de son propre parcours. Ce titre, joyeux et mélancolique à la fois, offre un regard introspectif sur la carrière du groupe, tout en flirtant avec des sonorités modernes et des arrangements brillants.

L’impact et la reconnaissance d’un album intemporel

L’album Cloud 9 est un chef-d’œuvre qui, en plus de marquer le retour triomphal de George Harrison, a permis à ce dernier de renouer avec une certaine forme de popularité qu’il avait perdue depuis la fin des années 1970. Certes, il ne s’agit pas d’un album révolutionnaire au sens où il remettrait en cause les bases de la musique rock ou de la pop, mais c’est un disque qui respire l’authenticité, la sagesse et l’expérience. Cloud 9 est, en quelque sorte, un hommage à la musique elle-même et à ce que celle-ci a toujours représenté pour Harrison : un moyen d’échapper aux tourments du monde et de se connecter à une forme de pureté intérieure.

La sortie de Cloud 9 a également coïncidé avec une tournée de concerts en 1991 au Japon, dont certains enregistrements apparaîtront sur l’album Live in Japan en 1992. Cette tournée représente une étape importante dans le parcours de George Harrison, car elle marque la dernière grande tournée de sa carrière, avant que la maladie ne vienne interrompre son œuvre.

L’héritage de « Cloud 9 » et au-delà

Si l’on regarde l’impact de cet album à travers le prisme du temps, Cloud 9 a fait bien plus que relancer la carrière de Harrison ; il a montré que la musique pouvait, encore et toujours, apporter une forme de rédemption. Le disque réussit le pari d’un retour triomphal tout en rendant hommage à ses racines musicales, à son passé avec les Beatles, sans jamais tomber dans la simple nostalgie. Il incarne à la fois un retour au succès commercial et une exploration plus profonde du rôle de la musique dans la vie de l’artiste.

Aujourd’hui, Cloud 9 demeure l’un des albums les plus appréciés de George Harrison, un témoignage de sa résilience, de son amour pour la musique, mais aussi de sa capacité à s’adapter aux nouvelles sonorités de son époque tout en conservant sa voix unique. À travers ses mélodies et ses textes, l’album nous rappelle que la musique, malgré les épreuves de la vie, reste une source inépuisable de beauté et de lumière.