Writing’s On The Wall : L’Équilibre Subtil entre Spiritualité et Création Musicale chez George Harrison

Publié le 03 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

George Harrison, l’un des membres fondateurs des Beatles, a toujours cultivé une relation particulière avec la musique, la spiritualité et l’innovation sonore. Si sa carrière avec les Beatles fut marquée par l’introduction de nouvelles influences musicales et la quête d’un sens profond au-delà du rock traditionnel, ses projets solo ont vu cette exploration atteindre de nouvelles sphères. Parmi ses œuvres post-Beatles, l’album Somewhere In England (1981) représente un carrefour significatif entre le George Harrison du passé et celui qui évolue dans un monde de plus en plus spirituel et introspectif.

Un des morceaux clés de cet album, « Writing’s On The Wall », incarne parfaitement cet équilibre entre spiritualité, recherche sonore et émotion brute. En analysant ce titre, on plonge dans l’univers musical de Harrison à une époque charnière, où la musique devient non seulement un moyen d’expression artistique, mais aussi un vecteur de messages spirituels personnels. Au-delà de la mélodie et des arrangements, « Writing’s On The Wall » nous invite à réfléchir sur la manière dont Harrison a su renouveler son écriture tout en restant fidèle à ses racines musicales et spirituelles.

Sommaire

La Genèse de l’Album Somewhere In England

Sorti en 1981, Somewhere In England se présente comme l’album du renouveau pour George Harrison. Après plusieurs années de silence musical, marquées par des difficultés personnelles et la perte tragique de son ami John Lennon en 1980, Harrison se lance dans la création d’un nouvel album. Le processus de création commence en mars 1980, lorsque Harrison se retire dans son studio personnel pour écrire et enregistrer. L’album est un mélange de réflexion personnelle, de mélodies apaisantes et de musique inspirée par les traditions orientales et occidentales. Harrison, qui a toujours cherché à fusionner ses racines musicales anglaises avec les influences de l’Inde, y parvient à merveille.

Les enregistrements de l’album s’étendent de mars à octobre 1980, puis de novembre 1980 à février 1981, au moment où il rencontre un certain succès avec son single « All Those Years Ago ». Ce titre rend hommage à John Lennon et marque son retour sur la scène musicale. Mais c’est avec « Writing’s On The Wall », située à la huitième position de l’album, que Harrison fait véritablement sentir son empreinte spirituelle et artistique.

Une Spiritualité Renouvelée et Affirmée

« Writing’s On The Wall » se distingue par son retour aux sources spirituelles de George Harrison. Après les expérimentations de Dark Horse (1974) et les vibrations personnelles de Extra Texture (Read All About It) (1975), Harrison retourne à une forme de pureté et de simplicité spirituelle. Tout au long de sa carrière solo, il a été un ardent défenseur de la pratique spirituelle, notamment à travers son engagement envers l’hindouisme, qu’il a intégré profondément dans son art. Dans ce morceau, l’influence de l’Inde est omniprésente, notamment à travers l’utilisation du gubguba, un instrument à percussion indien que Harrison avait déjà utilisé dans « It Is ‘He’ (Jai Sri Krishna) » en 1974.

L’utilisation du gubguba sur « Writing’s On The Wall » n’est pas une simple touche d’originalité, mais un vecteur d’une dimension sonore enrichissante, pleine de profondeur et de sens. Cet instrument, avec ses sonorités uniques, accompagne la voix de Harrison de manière subtile, soulignant l’aspect méditatif du morceau. Il s’agit ici d’une recherche sonore qui transcende les frontières de la musique occidentale pour revenir à des racines spirituelles profondes. Il est impossible de ne pas percevoir, à travers ce morceau, l’envie de George Harrison de lier l’art musical à une quête intérieure.

L’Instrumentation : Une Fusion d’Influences

L’album Somewhere In England est marqué par une instrumentation riche et variée, intégrant aussi bien des instruments traditionnels occidentaux que des instruments orientaux. En plus du gubguba, Harrison est accompagné par un ensemble de musiciens prestigieux, dont Neil Larsen aux claviers, Gary Brooker au synthétiseur, Willie Weeks à la basse, Jim Keltner à la batterie, et Alla Rakha à la tabla. Cette formation met en valeur la capacité de Harrison à fusionner différentes influences culturelles dans un son cohérent et unique.

« Writing’s On The Wall » bénéficie de l’interaction de ces instruments, notamment la tabla, qui ajoute une texture rythmique indienne distincte. La tabla, avec sa précision et son timbre unique, vient se juxtaposer à la basse ronde de Willie Weeks et aux percussions légères de Ray Cooper, qui ajoute des éléments de conga et de tambourin. Cette combinaison crée une ambiance méditative, mais également dynamique, qui fait avancer la chanson sans jamais perdre sa sérénité.

La guitare électrique de Harrison, quant à elle, n’est jamais en retrait. Toujours aussi présente, elle apporte à la fois des accents de blues et de rock, tout en s’efforçant d’intégrer une sonorité nouvelle. Le mélange d’acoustique et d’électrique est typique du style de Harrison, qui a toujours cherché à créer un son de guitare à la fois chaleureux et éthéré.

L’Impact de « Writing’s On The Wall » dans le Contexte de l’Album

« Writing’s On The Wall » se distingue dans la tracklist de Somewhere In England par sa tonalité particulière. Aux côtés de titres plus orientés vers la mélancolie (« All Those Years Ago ») ou la réflexion sociale (« Blood From A Clone »), cette chanson se pose comme un moment d’introspection pure, presque mystique. Si l’album dans son ensemble se veut une exploration des conflits internes de Harrison – entre son désir d’être un artiste et ses obligations personnelles – « Writing’s On The Wall » représente son point d’apaisement.

C’est dans ce titre que Harrison semble faire face aux défis de la vie avec un certain recul, tout en affirmant sa foi et ses valeurs spirituelles. Les paroles, empreintes de sagesse, sont également marquées par une profonde mélancolie, signe de la perte de son ami et de la réévaluation de son rôle d’artiste dans un monde en crise. Le texte de « Writing’s On The Wall » semble nous rappeler que l’écriture, tout comme la musique, peut être un miroir de l’âme, un moyen d’exprimer des vérités souvent inaccessibles autrement.

L’Influence de « Writing’s On The Wall » sur la Carrière de George Harrison

Si « Writing’s On The Wall » ne fut pas un single à proprement parler, il occupe une place particulière dans le corpus de Harrison. Sa simplicité et son approche spirituelle incarnent une partie de l’héritage qu’il a laissé dans le monde de la musique. Il s’agit d’un témoignage de sa capacité à évoluer tout en restant fidèle à ses croyances les plus profondes. Le morceau, bien que moins reconnu que d’autres titres phares de l’album comme « All Those Years Ago », reste une pépite rare, réservée à ceux qui cherchent à comprendre le véritable cœur de l’œuvre de George Harrison.

La Réception de Somewhere In England et de « Writing’s On The Wall »

À sa sortie, Somewhere In England a rencontré un succès mitigé, mais « All Those Years Ago », avec sa charge émotionnelle directe, a réussi à capter l’attention du public. Cependant, « Writing’s On The Wall » ne bénéficia pas du même engouement, malgré sa profondeur musicale et spirituelle. Il figure en face B du single « All Those Years Ago » et ne devient pas un tube, bien qu’il ait trouvé une place durable parmi les fans de Harrison et les collectionneurs de son œuvre.

En dépit de ce succès modéré, « Writing’s On The Wall » a été salué par la critique pour sa capacité à allier une instrumentation originale à des thématiques spirituelles profondes. Les années qui ont suivi ont permis au morceau de prendre une place particulière dans l’héritage de Harrison, servant de lien entre les années 1970, plus expérimentales, et les années 1980, plus introspectives.

Un Héritage Musical Inaltéré

À travers « Writing’s On The Wall », George Harrison montre encore une fois sa capacité à transcender les limites du rock et à intégrer des éléments spirituels, personnels et musicaux dans un univers cohérent. Plus qu’un simple morceau, cette chanson reflète l’essence même de l’artiste : un chercheur perpétuel de sens, un musicien habité par des forces profondes, et un homme toujours en quête de la vérité intérieure.

Alors que les années passent, « Writing’s On The Wall » et Somewhere In England continuent de rappeler à quel point George Harrison a su marier, tout au long de sa carrière, les aspects mondains de la musique populaire et la quête spirituelle qui l’a animé. À travers ce titre, c’est bien l’homme, l’artiste et le philosophe qu’il incarne, nous offrant, en toute simplicité, un regard profond sur son propre univers intérieur.