En 1965, en pleine effervescence musicale et cinématographique, les Beatles enregistrent un morceau aujourd’hui relégué au rang de curiosité pour les amateurs avertis : « Tell Me What You See ». Si cette chanson n’a pas laissé d’empreinte indélébile dans la discographie du groupe, elle révèle pourtant des aspects intéressants de l’évolution musicale du quatuor de Liverpool.
Sommaire
- Une Composition de Paul McCartney
- Une Inspiration Familiale et Spirituelle
- Une Expérimentation Instrumentale Subtile
- Une Chanson Rejetée pour le Film Help!
- Une Chanson Modeste, Mais Significative
Une Composition de Paul McCartney
Créditée comme d’usage à Lennon-McCartney, « Tell Me What You See » est, selon Paul McCartney, largement de son fait. Il la considérait comme un « filler », autrement dit un titre servant à compléter l’album sans prétention de hit.
« Je crois me souvenir que c’était la mienne. Je la revendiquerais à 60-40, mais elle était peut-être entièrement de moi. Pas particulièrement mémorable. Pas l’une des meilleures chansons, mais elles faisaient leur boulot, elles étaient très utiles pour les albums ou les faces B. On a besoin de ces morceaux. » – Paul McCartney, Many Years From Now
Effectivement, ce titre ne se distingue pas par une mélodie frappante ni par des paroles révolutionnaires. Pourtant, il offre une certaine richesse instrumentale et une ambiance qui tranche avec les hits plus rythmés du groupe.
Une Inspiration Familiale et Spirituelle
L’un des aspects intrigants de « Tell Me What You See » réside dans ses paroles. Plusieurs lignes semblent directement inspirées d’une inscription religieuse qui ornait le mur de Mendips, la maison d’enfance de John Lennon, où il vécut avec sa tante Mimi :
« However black the clouds may be, In time they’ll pass away, Have faith and trust and you will see, God’s light make bright your day. »
Ces vers trouvent un écho frappant dans la chanson des Beatles :
« Big and black the clouds may be, Time will pass away, If you put your trust in me, I’ll make bright your day. »
Bien que McCartney en soit l’auteur principal, cette influence subconsciente de l’environnement de Lennon est une illustration de la fusion constante de leurs univers personnels dans leurs compositions.
Une Expérimentation Instrumentale Subtile
Enregistrée le 18 février 1965, en même temps que « You’ve Got To Hide Your Love Away », « Tell Me What You See » marque l’introduction d’instruments exotiques dans la musique des Beatles. On y entend un güiro, instrument latino-américain joué par George Harrison, et des claves frappées par Ringo Starr, apportant une touche de percussions inhabituelle pour le groupe à cette époque.
Autre particularité : l’utilisation du Hohner Pianet, un piano électrique à l’attaque douce et feutrée. Ce même instrument apparaîtra sur d’autres titres de Help!, comme « The Night Before » et « You Like Me Too Much ».
Une Chanson Rejetée pour le Film Help!
Initialement, « Tell Me What You See » avait été proposée au réalisateur Richard Lester pour figurer dans la bande originale du film Help!, mais elle fut refusée au profit d’autres morceaux jugés plus percutants. Cela explique pourquoi ce titre a été relégué à un second plan dès sa sortie.
Aux États-Unis, la chanson ne figure d’ailleurs pas sur Help!, mais sur Beatles VI, compilation américaine regroupant divers morceaux inédits sur le marché US.
Une Chanson Modeste, Mais Significative
Si « Tell Me What You See » n’est pas un incontournable du répertoire des Beatles, elle demeure un bon exemple du travail d’orfèvre du groupe même sur des morceaux considérés comme « mineurs ». Sa richesse instrumentale et son atmosphère douce annoncent les explorations plus poussées qui verront le jour dans Rubber Soul et Revolver.
Au-delà de son statut de « filler », cette chanson témoigne de l’évolution des Beatles en 1965 : un groupe en transition, encore ancré dans la pop classique mais déjà en quête de nouveaux horizons sonores.