(Just Like) Starting Over : Le dernier chef-d’œuvre de John Lennon

Publié le 06 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Le 24 octobre 1980, le monde musical a été marqué par le retour tant attendu de John Lennon avec le single (Just Like) Starting Over. Ce titre emblématique, extrait de son album Double Fantasy, est bien plus qu’une simple chanson. Il incarne la renaissance d’un artiste légendaire après cinq années de retrait volontaire de la scène musicale, le temps de se consacrer à sa famille et de se reconstruire. Cette chanson, baignée de sonorités rock’n’roll des années 1950, est devenue la dernière œuvre de Lennon avant sa tragique disparition deux mois plus tard. Mais au-delà de la surface, (Just Like) Starting Over cache une histoire de création, de défis et de réinvention artistique, dignes des plus grands chapitres de la carrière de l’ex-Beatle.

Sommaire

Un retour aux sources musicales

Dans son essence, (Just Like) Starting Over s’inspire du rock’n’roll des années 1950. Lors de l’enregistrement, Lennon a clairement exprimé son désir de revivre la fougue des premières années de sa carrière, cette époque où il se nourrissait des influences de ses idoles comme Elvis Presley et Roy Orbison. « Faites-moi magnifique, Lee, faites de moi l’homme de mes rêves », avait-il confié au producteur, Lee DeCarlo, avant d’entrer en studio. À travers cette déclaration, Lennon ne se contentait pas de demander une production fidèle à ses inspirations, mais il recherchait un moyen de renouer avec son passé tout en l’ancrant dans son présent. Et c’est dans cette quête que le morceau prend toute sa dimension : un retour aux racines, mais avec une profondeur toute personnelle.

La genèse de la chanson : une mosaïque de trois morceaux

La naissance de (Just Like) Starting Over ne s’est pas faite en un éclair. La chanson est le fruit de la fusion de trois compositions inachevées de Lennon, écrites en 1979 et 1980. Chacune de ces pièces était restée en suspens jusqu’à ce qu’elles se transforment, sous l’influence des sessions d’enregistrement du Double Fantasy, en une œuvre complète et cohérente.

Le premier morceau, My Life, servira de base à l’introduction de la chanson. Écrit pendant ses années de « househusband » dans l’appartement de la Dakota à New York, ce morceau était une déclaration d’amour à Yoko Ono, avec des paroles comme « My life, take it / It’s mine to give, take it ». Bien que l’enregistrement de cette chanson soit resté inachevé, il a posé les fondations du morceau final. Une version de cette démo, enregistrée en 1980, a été incluse dans la compilation John Lennon Anthology en 1998, et l’on peut y reconnaître des accords qui se retrouveront dans l’introduction de (Just Like) Starting Over.

Le deuxième morceau, Don’t Be Crazy, est une chanson qui, bien qu’inachevée, a joué un rôle clé dans la structure du morceau final. Avec ses paroles inachevées et son rythme 6/8, il a contribué à la création du passage médian du titre, où l’on entend la phrase « Why don’t we take off alone? / Spend a weekend in an old hotel… »

Enfin, le troisième morceau, The Worst Is Over, est venu enrichir la partie centrale et les couplets de (Just Like) Starting Over, notamment par la mélodie et les accords qu’il apportait. Lennon avait enregistré ce morceau avec une boîte à rythmes en 1980, et même si les paroles étaient encore en développement, l’idée de base se précisait.

Le processus créatif : entre improvisation et hommage

Les sessions d’enregistrement de (Just Like) Starting Over débutèrent en août 1980, à New York, au Hit Factory Studio. Pour une chanson aussi essentielle, l’approche semblait plus organique qu’intellectuelle. « Nous avons fait cette chanson en deux ou trois prises. Ça s’est fait rapidement », confia George Small, le claviériste de la session. En effet, la structure finale était déjà bien en place, même si les paroles et certains détails n’étaient pas encore totalement fixés. Il est intéressant de noter que Lennon lui-même avait voulu un son typiquement années 1950, réclamant à l’ingénieur : « Je veux Elvis, Vincent. » En se référant à ses influences musicales, Lennon rendait hommage à ceux qui avaient pavé la voie du rock’n’roll.

C’est également au cours de ces sessions qu’une anecdote marquante s’est produite. Pour marquer son retour aux sources, Lennon, tout en enregistrant (Just Like) Starting Over, improvisa entre deux prises une version de deux classiques d’Orbison, « Crying » et « Only the Lonely ». Il expliqua plus tard que ces morceaux avaient exercé une forte influence sur lui durant cette période, et il ne pouvait s’empêcher d’y faire référence, même inconsciemment, lors de l’enregistrement du single.

Une chanson pleine de symboles : la touche finale

La touche finale de (Just Like) Starting Over est l’intégration d’un élément symbolique fort. La chanson commence avec le son d’une petite cloche tibétaine, apportée par Fred Seaman, l’assistant de Yoko et John, en provenance de la Dakota. Un contraste évident avec la cloche d’église qui ouvrait le morceau Mother, issu de l’album John Lennon/Plastic Ono Band, marquant ainsi le chemin parcouru par Lennon. Le son de cette cloche, une sorte de « cloche à vœux tibétains », incarne ainsi la renaissance et l’espoir, après des années de luttes et de souffrances.

Une autre anecdote liée à la production de la chanson concerne une erreur d’édition dans la partie de batterie juste avant la coda. Un des remplissages de batterie a été accidentellement répété, mais Lennon, au lieu de l’éditer, a choisi de conserver cette version, déclarant que « ça sonnait mieux ainsi ». Ce petit défaut est devenu une signature de la chanson et participe à son charme brut et sincère.

L’accueil critique et le succès commercial

Lors de sa sortie, (Just Like) Starting Over a rencontré un immense succès commercial, propulsé par l’énorme anticipation qui entourait le retour de John Lennon après cinq ans d’absence. Aux États-Unis, le single a atteint la première place du Billboard Hot 100 à la fin décembre 1980, marquant ainsi un apogée pour la carrière solo de Lennon. Malheureusement, ce succès a été assombri par son assassinat tragique quelques semaines après la sortie du single, le 8 décembre 1980.

La chanson, qui devait être le début d’une nouvelle ère pour Lennon, est devenue son dernier message musical. Elle occupe une place particulière dans l’histoire de la musique, non seulement pour sa qualité intrinsèque, mais aussi pour la manière dont elle a incarné le renouveau de l’artiste. Yoko Ono, dans un élan de sincérité, confia plus tard que (Just Like) Starting Over reflétait parfaitement l’état d’esprit du couple à l’époque : « On pensait vraiment que nous étions en train de recommencer à zéro. »

La postérité du single : un héritage éternel

Malgré sa brève existence en tant que single, (Just Like) Starting Over a traversé les décennies et reste l’une des chansons les plus emblématiques de John Lennon. Elle a traversé les âges grâce à sa fraîcheur, sa simplicité, mais aussi son émotion brute. En réécoutant cette chanson aujourd’hui, il est difficile de ne pas être frappé par son caractère intemporel. Une mélodie accrocheuse, des paroles pleines d’espoir et de renaissance, et une production parfaite pour rendre hommage à ses influences tout en s’inscrivant dans un nouveau chapitre de la vie de Lennon.

Ainsi, (Just Like) Starting Over n’est pas seulement le dernier single de John Lennon avant sa disparition tragique. C’est aussi le reflet d’un homme en paix avec lui-même, un artiste en pleine réinvention. Et c’est peut-être cela, le plus grand héritage que Lennon ait laissé : un message d’espoir, de rédemption et de recommencement.