Parmi les nombreux chefs-d’œuvre issus de l’épopée musicale des Beatles, My Sweet Lord de George Harrison se distingue comme l’un des morceaux les plus marquants de la carrière solo d’un ex-Beatle. Sorti en 1970, il fut non seulement un énorme succès commercial, mais aussi le premier titre d’un ancien membre du groupe à atteindre la première place des classements internationaux. Cependant, derrière la réussite de cette chanson se cache une histoire fascinante, ponctuée d’inspirations spirituelles, de prouesses musicales et d’une affaire judiciaire retentissante.
Sommaire
- Genèse et inspiration
- Enregistrement et production
- Un succès foudroyant
- Le procès pour plagiat
- Un héritage intemporel
Genèse et inspiration
George Harrison commence à écrire My Sweet Lord en décembre 1969 alors qu’il tourne en Europe avec Delaney & Bonnie. Il est particulièrement inspiré par Oh Happy Day des Edwin Hawkins Singers, un gospel moderne qui le touche profondément. Le guitariste décide alors de composer une chanson qui capture ce sentiment d’élévation spirituelle, tout en le liant à sa propre quête religieuse, fortement influencée par l’hindouisme.
Le résultat est une chanson qui mêle les sonorités du gospel à des incantations hindoues. Le texte passe insensiblement de « Hallelujah » à « Hare Krishna », illustrant la volonté d’Harrison de créer une connexion universelle entre différentes traditions spirituelles. « J’ai d’abord enregistré les voix chantant « Hallelujah », puis j’ai introduit « Hare Krishna », de sorte que les gens chantent le Maha Mantra sans s’en rendre compte ! » confiera-t-il plus tard.
Enregistrement et production
L’enregistrement de My Sweet Lord a lieu à Trident Studios à Londres, sous la houlette de Phil Spector, célèbre pour son « mur du son ». La production repose sur un arrangement dense, avec de multiples overdubs et un travail minutieux sur les voix et les guitares.
Parmi les musiciens impliqués figurent Eric Clapton, Ringo Starr, Klaus Voormann, Billy Preston, ainsi que plusieurs membres de Badfinger. L’une des caractéristiques les plus marquantes du titre est l’utilisation du slide guitar par Harrison, un style qui deviendra sa signature musicale.
Un succès foudroyant
Dès sa sortie en novembre 1970, My Sweet Lord rencontre un succès éclatant. Numéro un au Royaume-Uni, aux États-Unis et dans plusieurs autres pays, la chanson conforte Harrison dans son statut d’artiste solo à part entière. Son message spirituel, accessible et universel, trouve un large écho dans une période marquée par un intérêt croissant pour la spiritualité orientale.
John Lennon, amusé par l’omniprésence du titre sur les ondes, déclare avec ironie : « Chaque fois que j’allume la radio, j’entends « Oh My Lord ». Je commence à croire qu’il doit y avoir un Dieu ! »
Le procès pour plagiat
Malgré son succès, My Sweet Lord est rapidement au centre d’une controverse judiciaire. En 1971, la société Bright Tunes Music Corporation accuse Harrison de plagiat, affirmant que sa chanson est trop similaire à He’s So Fine des Chiffons, un tube de 1963. Le tribunal conclut en 1976 que Harrison a effectivement commis un « plagiat inconscient ».
Le juge estime que la mélodie de My Sweet Lord reproduit de manière trop proche certains motifs de He’s So Fine. Harrison est condamné à verser des dommages et intérêts, ce qui lui laisse un goût amer. En réponse, il compose This Song, un morceau moqueur dénonçant la situation.
Finalement, l’affaire prend une tournure inédite lorsque Harrison rachète les droits de He’s So Fine à Allen Klein, son ancien manager, mettant ainsi fin à des années de litiges.
Un héritage intemporel
Malgré la controverse judiciaire, My Sweet Lord demeure l’un des titres les plus emblématiques de George Harrison. Réédité à plusieurs reprises, notamment en 2001 avec une nouvelle version enregistrée peu avant la mort du musicien, la chanson continue de captiver les auditeurs du monde entier.
Avec sa mélodie envoûtante, ses arrangements somptueux et son message universel, My Sweet Lord s’impose comme l’une des plus grandes chansons de l’histoire du rock et du mouvement spirituel des années 1970. Plus qu’un simple morceau, c’est une véritable prière musicale qui continue d’éclairer les cœurs et les âmes bien au-delà des générations.