Pour résumer, nous sommes en 1958, à Noeux-Les-Mines, petite ville minière du Nord de la France. Pierre et Vlad sont les deux meilleurs amis du monde.Ils partagent tout leur temps en creusant à la mine, en élevant des pigeons-voyageurs et en jouant de l’accordéon dans l’orchestre local dirigé par Sosthène "boute en train-philosophe de comptoir", personnage central de cette petite sphère joviale et haute en couleurs malgré la poussière du charbon.À partir du jour où Leila, la jeune et jolie marocaine, vient jouer de l’accordéon dans l’orchestre, le monde des deux meilleurs amis ne sera plus le même…L’histoire de la mine commence à s’écrire au passé et on peut craindre que les générations actuelles ne sachent pas combien la solidarité existait derrière la dureté du travail, à six pieds sous terre. Il fallait bien compenser les risques pour la santé par la qualité des rapports humains, comme l'exprime si justement le vieux mineur Sosthène.L’entraide, on la vivait entre voisins, entre collègues, qui tous devenaient davantage que des amis, quasiment des frères. Parce que côté patron c’était souvent des rapports de force à sens unique. Le manque de respect des conditions de sécurité était à l’origine d’accidents, et alors il arrivait qu’on fasse signer une renonciation à porter plainte contre un dédommagement vite conclu. On pouvait aussi acheter le silence d'une jeune fille, malencontreusement enceinte du fils du patron, en offrant un logement à sa famille.Jean Philippe Daguerre est sensible à la modestie de ces familles. Il s’est documenté avant d’écrire une pièce qu’on peut considérer comme une leçon d’amour et de résilience dans la lignée de ses précédentes, comme Adieu monsieur Haffman ou Le Petit Coiffeur.
C'est tout le nord de la France de la fin des années 50 qui reprend vie sous nos yeux. Le décor restitue l’ambiance d’une petite bourgade, où on vivait partagé entre son travail à la mine -ou au bistrot-, et ses loisirs qui alors étaient le football -ou les pigeons- (me rappelant la passion de mon arrière-grand-mère) et où l'on mettait autant que de chicorée que de café dans le caoua. Dans une région et à une période où ce n'était pas les asperges (du potager) qui étaient un produit de luxe mais les tomates.
Il était essentiel de rappeler que les mineurs n'étaient pas tous français de souche, loin s'en faut. Nombreux furent les immigrés polonais, italiens, maghrébins … J'avais réalisé l'ampleur du phénomène ne visitent le centre minier de Lewarde. Toutes les consignes de sécurité étaient traduites dans toutes ces langues au fond de la mine. J'avais compris qu'il n'y avait plus de différence de religion ou d’origine, plus que des gueules noires et j'avais été bouleversée par ce que j'avais perçu de l'enfer dans lequel travaillaient les mineurs. C'est un souvenir indélébile.
Kopa, le magistral footballeur international français, idole des stades du début des années 1950 jusqu'à la fin des années 1960 s'appelait Raymond Kopaszewski et était né en 1931à Nœux-les-Mines où l'auteur a décidé de situer l'action. Tous les noms "imprononçables" ont été francisés.
Les actions s'enchaînent comme sur du papier à musique. Les scènes sont plutôt courtes, rythmées par une écriture efficace, et nous conduisent à la fin de rebondissement en rebondissement. Les personnages savent que lorsqu'on est mineur il faut composer avec la mort et ils nous donnent des leçons de tendresse. Sosthène s'estime chanceux d'être encore en vie à plus de 60 ans alors que la silicose a tué son père à 37 ans et demi.Ils voudraient bien changer le monde, l'un avec son syndicat, l'autre avec la musique. Une chose est sûre, il faut se méfier des apparences, rester sur ses gardes, anticiper l'avenir, avoir le coeur grand ouvert et être (toujours) prêt à partager les instants de bonheur qui se présentent.Le plus beau compliment à faire à la troupe est celui que j'ai entendu dans le public : c'est le spectacle qui me donne envie de retourner au théâtre.
Costumes : Virginie H
Musiques : Hervé Haine
Lumières : Moïse HillAu Théâtre Saint-Georges
51 Rue Saint-Georges - 75009 Paris - 01 48 78 63 47 Du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 15hJusqu'au 26 avril 2025, puis en tournée