Pete Best tire sa révérence : la dernière page avant les Beatles

Publié le 08 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Pete Best annonce sa retraite : le premier batteur des Beatles quitte définitivement la scène

C’est une page peu commune de l’histoire du rock qui se tourne. À 83 ans, Pete Best, premier batteur des Beatles et témoin direct de la genèse du groupe le plus influent du XXe siècle, vient d’annoncer officiellement sa retraite. Une retraite totale, sans concert d’adieu ni tournée finale : Pete Best quitte définitivement la scène, les projecteurs et les apparitions publiques. C’est son frère cadet, Roag Best, qui a révélé la nouvelle dimanche dernier via un message sobre mais empreint d’émotion : « Mon frère Pete Best a annoncé aujourd’hui qu’il se retire des apparitions publiques et des performances avec son groupe. Sa fille m’a informé que cela est dû à des circonstances personnelles. »

Quelques mots seulement, auxquels Pete a ajouté lui-même : « I had a blast. Thank you. » — « J’ai adoré cette aventure. Merci. » Avec cette déclaration lapidaire, c’est un silence volontaire qui s’installe. Celui d’un musicien discret, longtemps relégué dans l’ombre, mais qui aura fini par conquérir une place légitime dans l’histoire du rock. Aujourd’hui, Pete Best tourne le dos au monde de la musique qu’il avait quitté une première fois, avant d’y revenir bien des années plus tard, par la force de la mémoire collective.

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Une annonce chargée de sens

Si la retraite d’un musicien octogénaire n’a rien d’exceptionnel, celle de Pete Best, en revanche, revêt une portée symbolique. Car cette fois, c’est un chapitre tout entier de l’histoire des Beatles qui s’éteint avec lui. Best n’a pas seulement été un batteur parmi d’autres ; il fut celui qui a, durant deux années charnières (1960-1962), battu la mesure d’un groupe encore en devenir. Celui qui, sans le savoir, participait à écrire les premières lignes d’une aventure qui allait bouleverser la musique populaire.

La retraite de Pete Best n’est pas simplement la fin d’une carrière musicale. Elle est le point final d’un long parcours personnel, marqué par le rejet, le silence, la résilience, puis une lente réhabilitation. En quittant la scène, Pete Best s’efface avec élégance, fidèle à l’homme qu’il a toujours été : réservé, digne, sans amertume apparente.

L’homme du Casbah : une naissance dans les caves de Liverpool

Tout commence dans les sous-sols d’une maison de Liverpool, au 8 Hayman’s Green. C’est là que la mère de Pete, Mona Best, crée le Casbah Coffee Club en 1959, véritable havre pour les jeunes rockeurs de la ville. Les Quarrymen – ancêtres des Beatles – y font leurs premières armes. John Lennon, Paul McCartney et George Harrison y croisent régulièrement Pete Best, dont le groupe, les Black Jacks, est en résidence.

C’est donc tout naturellement qu’en août 1960, à la veille du premier voyage à Hambourg, les Beatles l’invitent à rejoindre leur formation. Son style percutant, sa popularité auprès des jeunes filles et son matériel décent en font un choix évident. Pete accepte. À 18 ans, il quitte tout pour plonger dans l’inconnu.

Hambourg, l’enfer formateur

Dans les clubs crasseux de Hambourg, Pete Best vit la vie éreintante du musicien de club. Chaque nuit, six ou sept heures de musique à jouer, dans une langue étrangère, dans une ville interlope. Les Beatles s’y endurcissent, s’y soudent. Best, lui, reste en marge du trio Lennon-McCartney-Harrison, plus soudé, plus fantasque, plus « arty ». Il refuse les amphétamines, ne participe pas aux virées nocturnes. Une distance s’installe. Pete est dans le groupe, mais pas dans la dynamique du groupe.

1962 : le couperet tombe

En juin 1962, le groupe décroche un contrat avec EMI. George Martin, producteur exigeant, émet de sérieuses réserves sur le jeu de Best en studio. Trop rigide, trop imprécis. Lennon, McCartney et Harrison, dans l’ombre, préparent déjà sa succession. Le 16 août 1962, Brian Epstein convoque Pete Best dans son bureau et lui annonce son renvoi. Le lendemain, Ringo Starr prend sa place.

Best est évincé sans ménagement. Il n’assiste pas au triomphe de Love Me Do, ni à la Beatlemania, ni aux albums cultes. Il devient celui que les fans surnommeront plus tard « le cinquième Beatle », mais surtout, celui dont le rêve s’est brisé à la veille du succès.

De l’oubli à la résurrection

Après son éviction, Pete Best traverse une période sombre. Il refuse les propositions, notamment celle de rejoindre les Merseybeats, et sombre dans une dépression profonde. Il tente même de mettre fin à ses jours. Sauvé par les siens, il choisit une autre voie. Il devient fonctionnaire au Jobcentre de Liverpool. Une vie ordinaire, sans paillettes, loin du tumulte du rock.

Mais le passé revient toujours. Dans les années 1990, lorsque les Beatles sortent Anthology 1, dix titres enregistrés avec Pete Best sont publiés. L’album se vend à des millions d’exemplaires. Pete touche une somme colossale – entre un et quatre millions de livres sterling. Une reconnaissance tardive, mais réelle.

Et puis, surtout, il revient à la musique. En 1988, à l’invitation d’un festival Beatles, il accepte de rejouer de la batterie. L’émotion est là, intacte. Il reforme un groupe, le Pete Best Band, avec son frère Roag. Ensemble, ils tournent à travers le monde. En 2008, ils sortent l’album Haymans Green, un clin d’œil à leur maison d’enfance. C’est un projet sincère, ancré dans un rock classique, mature, sans nostalgie feinte.

Une retraite choisie, et non subie

C’est donc en pleine possession de ses moyens que Pete Best décide aujourd’hui de se retirer. Il ne s’agit pas d’un retrait imposé par la maladie ou par l’usure. C’est un choix personnel, lucide. À 83 ans, il referme le chapitre scénique d’une vie hors norme. Son groupe, qui devait encore se produire au Liverpool Beatles Museum, a annulé ses prochaines dates. Il n’y aura pas de tournée d’adieux, pas de cérémonie solennelle. Seulement ces quelques mots : « J’ai adoré cette aventure. Merci. »

Cette décision, bien qu’empreinte de modestie, a une forte charge symbolique. Elle incarne la fin d’une époque. Pete Best était, à sa manière, le dernier lien vivant avec la préhistoire des Beatles. Son départ scelle une transition. Il restera à jamais celui qui fut là « avant le mythe ».

Le témoin silencieux d’une légende

Pete Best n’a jamais cherché à réécrire l’histoire. Bien sûr, il a exprimé des regrets, une certaine amertume, parfois même de la colère. Mais jamais il n’a tenté de se faire passer pour ce qu’il n’était pas. Il a raconté sa vérité, avec pudeur. Il a su, avec le temps, faire la paix avec son passé.

Aujourd’hui, son nom ne résonne plus seulement comme celui du « batteur évincé ». Il est devenu un symbole. Celui de ces musiciens de l’ombre qui, sans obtenir la gloire, ont participé à bâtir quelque chose de plus grand qu’eux. En quittant la scène, Pete Best n’efface rien. Il scelle au contraire sa place dans l’histoire : celle d’un homme dont le silence résonne plus fort que bien des discours.

La retraite de Pete Best n’est pas une fin. C’est l’ultime note d’un parcours singulier. Un adieu sans fanfare, mais chargé d’émotion. Un départ digne pour un homme resté fidèle à lui-même, dans la lumière comme dans l’ombre.