Yoko Ono, artiste avant-gardiste et veuve de John Lennon, vit à 92 ans loin du tumulte new-yorkais dans une vaste ferme de plus de 600 acres. Exilée du bruit urbain, elle choisit une vie retirée où la nature et la simplicité nourrissent son art et son militantisme pacifiste. La biographie de David Sheff retrace sa résilience, sa transformation du deuil en force créatrice et son influence marquante dans l’art contemporain.
Yoko Ono, aujourd’hui âgée de 92 ans, vit désormais loin de l’agitation new-yorkaise dans une ferme de plus de 600 acres (environ 240 hectares) dans l’État de New York. Alors que son nom demeure associé à l’héritage des Beatles et à l’histoire fascinante de John Lennon, la célèbre artiste et militante pacifiste aurait choisi de se retirer dans un environnement paisible, entourée de nature et visitée par ses proches. Un récent ouvrage biographique dresse le portrait d’une femme résiliente, ayant puisé dans les drames de sa vie la force de créer une œuvre profondément marquée par la liberté, l’introspection et l’activisme.
Sommaire
- Une biographie récente pour éclairer les dernières années de Yoko Ono
- De l’avant-garde artistique aux projecteurs de la Beatlemania
- Une relation passionnée et controversée
- La tragédie de 1980 et la force de survivre
- L’influence discrète sur la chanson Imagine
- Les liens familiaux et la vie sur une ferme isolée
- Une exposition majeure et des performances participatives
- Entre art, militantisme et quête spirituelle
- Un parcours façonné par les épreuves
- Un quotidien ponctué de rencontres et de souvenirs
- Le regard de la critique et l’héritage d’une icône
- Des adieux paisibles et une sérénité retrouvée
- La trace indélébile d’une artiste engagée
- Regards vers l’avenir, du haut de la ferme en upstate New York
Une biographie récente pour éclairer les dernières années de Yoko Ono
Le livre publié par David Sheff, connu pour ses entrevues avec John Lennon et sa connaissance approfondie de l’univers des Beatles, s’attarde dans son épilogue sur la réalité de l’artiste à l’approche de la fin de sa vie. Le quotidien paisible qu’elle a choisi dans le nord de l’État de New York contraste singulièrement avec le tumulte qui aura ponctué son existence. Yoko Ono se consacre désormais à un quotidien « simple » où, selon le biographe, elle cherche à écouter le vent et observer le ciel, une tranquillité qui lui était longtemps inconnue dans les décennies précédentes.
Au fil des pages, l’ouvrage souligne aussi l’objectif que Yoko a souvent répété depuis la disparition tragique de John Lennon en décembre 1980 : « survivre ». Cette quête, exprimée de manière poignante après le choc de l’assassinat de son mari, n’était pas seulement le signe d’un chagrin indicible, mais également l’affirmation d’une volonté de surmonter les épreuves. Yoko Ono, victime d’injustes critiques au moment de la séparation des Beatles, a continué, contre vents et marées, à produire une œuvre artistique multiforme. Son travail comprend notamment des installations conceptuelles, des performances participatives, une musique d’avant-garde et un engagement inlassable pour la paix.
De l’avant-garde artistique aux projecteurs de la Beatlemania
Avant de croiser la route de John Lennon, Yoko Ono se faisait déjà remarquer par son art expérimental au Japon et à New York. Née en 1933 dans une famille aisée de Tokyo, elle traverse la Seconde Guerre mondiale et en garde une sensibilité profondément marquée par la souffrance humaine. Dans les années 1950, elle déménage aux États-Unis, étudie dans des établissements prestigieux et fréquente l’avant-garde new-yorkaise, notamment la scène de performance Fluxus. Ses premières œuvres portent la trace d’une exploration radicale des limites de l’art et de la participation du public.
Son exposition à Londres, en novembre 1966, marque un tournant décisif de sa vie. C’est là que John Lennon découvre son travail. L’anecdote la plus célèbre raconte comment Lennon, intrigué par l’installation d’une échelle menant à un petit message « Yes » logé sous une loupe au plafond, ressent un coup de foudre artistique. Cette rencontre mènera à un amour passionnel et à une collaboration marquante. Pour Yoko Ono, fréquenter l’un des Beatles — au sommet de la gloire — était aussi l’occasion d’ouvrir son art au grand public et de faire entendre ses messages de paix, de liberté et de féminisme auprès d’une audience considérable.
Une relation passionnée et controversée
L’histoire de John et Yoko est loin d’être un long fleuve tranquille. Lorsque leur relation devient publique à la fin des années 1960, de nombreux fans des Beatles accusent Yoko Ono d’influencer Lennon au point de provoquer des dissensions au sein du groupe. Les journaux de l’époque, friands de scandales, propagent l’idée que l’arrivée de Yoko dans la vie de Lennon a précipité la fin des Fab Four. Cette réputation la poursuit encore, bien que les historiens de la musique insistent sur les divergences internes déjà présentes avant même son apparition.
Malgré ces critiques, Lennon et Ono poursuivent leur route ensemble, mariés en mars 1969, et s’investissent dans des projets artistiques et militants. L’un des exemples les plus célèbres reste leur Bed-In for Peace, organisé à Amsterdam puis à Montréal pour protester de manière pacifique contre la guerre du Viêt Nam. Les images de ce couple allongé dans un lit d’hôtel, entouré de journalistes, demeurent l’une des performances militantes les plus connues du XXᵉ siècle. Cet événement reflète le style caractéristique de Yoko Ono, pour qui l’art est toujours lié à la participation du public et à la provocation d’un débat social.
La tragédie de 1980 et la force de survivre
Le 8 décembre 1980, John Lennon est assassiné devant le Dakota Building, à New York. Ce drame marque un bouleversement dans la vie de Yoko Ono. Déjà habituée à la contestation et à la pression médiatique, elle doit désormais affronter le deuil, la colère et une solitude qu’elle dit avoir été particulièrement éprouvante. Dans la biographie de David Sheff, l’auteur rappelle les mots de Yoko Ono après la perte de Lennon : l’objectif quotidien devient simplement de survivre.
Dans les années qui suivent, Yoko Ono ne reste pas inerte. Elle canalise son chagrin dans la création artistique et la défense de causes qui lui sont chères : la paix, la non-violence, l’égalité des genres et la liberté d’expression. Ses performances continuent de questionner le public, combinant souvent l’humour et une certaine forme de gravité. Elle organise par exemple des expositions participatives où les visiteurs sont invités à clouer des clous sur une planche, ou à s’enfermer dans un sac pour mieux se confronter à leurs sensations. Cette démarche atypique, voire déstabilisante, devient sa signature artistique, suscitant l’admiration de certains et l’incompréhension de beaucoup d’autres.
L’influence discrète sur la chanson Imagine
L’un des chapitres les plus débattus dans l’héritage de Yoko Ono concerne son rôle dans la genèse du légendaire titre « Imagine », publié en 1971. Pendant des décennies, la chanson est restée associée presque exclusivement à John Lennon, et pourtant de nombreux témoignages soulignent la participation cruciale de Yoko à la conception du morceau. Lennon lui-même, dans ses dernières interviews, reconnaît que les idées centrales de « Imagine » viennent en grande partie de l’univers poétique d’Ono, notamment ses textes engagés pour la paix et son recueil « Grapefruit » (1964).
En 2017, Yoko Ono a officiellement reçu une co-créditation pour « Imagine », geste posthume de Paul McCartney et de Ringo Starr, ainsi que des ayants droit de Lennon, pour reconnaître l’importance de son apport. Cet épisode témoigne de la reconnaissance tardive, mais grandissante, du rôle de Yoko Ono dans l’œuvre de John Lennon et, plus largement, dans l’univers culturel de la fin du XXᵉ siècle.
Les liens familiaux et la vie sur une ferme isolée
Aujourd’hui, Yoko Ono vit loin de l’effervescence urbaine. Selon le nouveau livre de David Sheff, ses enfants, Sean Lennon et Kyoko Chan Cox, lui rendent régulièrement visite sur son vaste domaine. Cette ferme, installée au milieu des collines boisées de l’État de New York, aurait été acquise dans le but de s’offrir un refuge, loin du brouhaha de Manhattan et du Dakota Building, résidence de longue date de la famille Lennon.
Sean Lennon, musicien et compositeur, né de l’union entre Yoko et John, évoque parfois l’état de santé fragile de sa mère et insiste sur sa volonté de calme et de contemplation. Il la décrit comme une femme ayant « changé le monde » par ses créations et son militantisme, qui peut désormais apprécier le silence et l’observation de la nature. Sa fille Kyoko, pour sa part, a longtemps été éloignée de Yoko à cause d’un contentieux familial. Les deux femmes se sont toutefois rapprochées avec le temps, renforçant la sérénité que Yoko dit trouver aujourd’hui dans sa routine quotidienne.
Une exposition majeure et des performances participatives
Malgré son retrait, Yoko Ono reste active sur la scène artistique. David Sheff rappelle dans sa biographie qu’en 2024, l’exposition « Yoko Ono: Music of the Mind » s’est tenue à Londres, au Modern, présentant plus de deux cents œuvres de l’artiste. Fidèle à l’esprit participatif qu’elle promeut depuis ses débuts, une partie des installations était inachevée, invitant le public à y prendre part : planter des clous, peindre un bateau représentant symboliquement le sort des réfugiés, ou encore compléter des toiles en y versant de l’eau. Ces actions traduisent la volonté profonde de l’artiste : briser la barrière traditionnelle entre le créateur et le spectateur, pour faire de chacun un acteur du processus artistique et, plus globalement, de la société.
Cette rétrospective, la plus importante jamais organisée, prouve que l’influence de Yoko Ono dépasse le cadre de l’avant-garde historique. Le public, curieux de découvrir la portée exacte de ses interventions, a pu constater à quel point l’engagement en faveur de la paix, la mise en question des normes et l’exploration de l’imaginaire collectif structurent l’ensemble de son travail. David Sheff souligne à quel point les traumatismes vécus par Yoko — la guerre, la perte de proches, la marginalisation dont elle a souffert — nourrissent une réflexion protéiforme sur la manière dont l’humanité peut se libérer de ses entraves.
Entre art, militantisme et quête spirituelle
Dans l’esprit de nombreux admirateurs des Beatles, Yoko Ono demeure la compagne énigmatique et controversée de John Lennon. Pourtant, au fil des décennies, la musicienne, performeuse, plasticienne et poète a multiplié les œuvres invitant à la méditation et à l’introspection. Ses pièces de musique expérimentale témoignent d’une recherche constante de nouvelles sonorités et d’un désir de dialogue avec le public. Nombre de ses performances laissent une large place à l’imprévu, rompant avec les cadres institutionnels de l’art contemporain.
Simultanément, Yoko Ono n’a jamais délaissé son militantisme. Elle continue de défendre la cause féministe, réclamant l’égalité des droits et la reconnaissance de la contribution des femmes dans tous les domaines. Elle reste aussi une figure incontournable des mouvements prônant le désarmement nucléaire et la lutte contre le réchauffement climatique. Bien qu’âgée, elle s’exprime parfois via des messages succincts sur les réseaux sociaux, relayés par ses proches, pour appeler à la solidarité et à la responsabilisation individuelle en matière écologique.
Un parcours façonné par les épreuves
La vie de Yoko Ono se lit comme un roman, ponctué d’épreuves hors du commun. Ses jeunes années au Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, la séparation d’avec sa fille Kyoko dans les années 1970 après un conflit familial, la mort tragique de John Lennon : autant d’événements qui l’ont conduite, selon David Sheff, à se réinventer sans cesse. Ce livre, qui retrace sa trajectoire, insiste sur sa capacité à transformer la douleur en levier de création.
Cette aptitude au rebond est l’une des clefs de lecture de son art conceptuel. Lorsqu’elle invite le public à compléter une œuvre inachevée, elle lui tend la main pour transcender l’inertie du simple spectateur. Son souhait de longévité artistique et personnelle, incarné dans le mot « survivre », s’observe encore aujourd’hui, depuis cette ferme isolée où elle laisse la nature infuser son quotidien.
Un quotidien ponctué de rencontres et de souvenirs
Sur ses terres, Yoko Ono cultive un goût pour la simplicité, loin de la folie médiatique qui a longtemps accompagné chacun de ses gestes. Ses enfants passent la voir, ce qui lui permet de rester connectée au monde extérieur. Entre deux visites, elle s’adonne à l’écriture et à la contemplation, elle qui a longtemps vécu à New York, la ville de toutes les opportunités et de tous les trépas.
Certains intimes racontent que Yoko Ono aime se promener dans la campagne environnante, malgré les difficultés liées à son âge. D’autres évoquent de rares apparitions publiques lors de ventes de charité ou d’événements liés à l’héritage de John Lennon. Elle demeure impliquée dans la protection de ses droits d’auteur, tout comme dans la préservation des archives du couple. En parallèle, elle laisse souvent Sean Lennon défendre leur patrimoine musical et artistique, représentant la figure maternelle et l’héritière culturelle.
Le regard de la critique et l’héritage d’une icône
Yoko Ono a toujours suscité des réactions contrastées. Ceux qui la considèrent comme une icône féministe et pacifiste saluent la cohérence de sa démarche, de sa jeunesse au Japon à sa vieillesse dans la campagne américaine. D’autres lui reprochent son style jugé trop cryptique ou ses expérimentations sonores parfois difficiles d’accès. Néanmoins, son influence dans le mouvement d’art conceptuel et participatif est désormais indéniable. Plusieurs historiens de l’art soulignent que son ouverture à la participation du public a préfiguré les tendances ultérieures des musées du XXIᵉ siècle, de plus en plus enclins à impliquer les visiteurs.
Loin de l’image caricaturale de la « briseuse de Beatles », Yoko Ono continue, en cette fin de parcours, à faire évoluer sa légende. Dans le paysage culturel mondial, elle occupe une place unique : celle d’une artiste qui a traversé plusieurs époques, marqué l’histoire de la pop culture par son union avec Lennon, et promu, des décennies durant, une démarche artistique fondée sur l’expérimentation. Son influence se mesure aussi dans le travail de nombreuses jeunes performeuses et plasticiennes, qui voient en elle un modèle de radicalité et d’audace.
Des adieux paisibles et une sérénité retrouvée
Alors qu’elle réside désormais sur ses terres reculées, Yoko Ono se dit heureuse de pouvoir « écouter le vent et regarder le ciel », selon les confidences relayées dans la biographie récente. Une douceur de vivre qui contraste avec les époques où elle maniait la provocation pour interpeller le grand public. Sean Lennon affirme que sa mère se porte aussi bien que possible et profite de cette tranquillité pour lire, méditer, voire continuer de composer, à sa manière, des projets inachevés.
Certains proches estiment qu’elle est en paix avec son héritage. Elle aurait résolu les antagonismes qui ont jalonné sa vie, prenant du recul par rapport aux critiques, assumant pleinement le rôle symbolique que lui confère l’histoire du rock et de l’art contemporain. D’ailleurs, il n’est pas rare que des visiteurs, à l’occasion d’événements artistiques, témoignent de leur fascination pour la force d’âme de Yoko Ono, laquelle a vu son existence bouleversée tant de fois, sans jamais perdre de vue son combat pour la créativité et la non-violence.
La trace indélébile d’une artiste engagée
Pour les historiens de l’art, la longévité de Yoko Ono prouve la solidité de sa démarche. Elle a su passer de l’avant-garde underground au grand public, tout en conservant ses principes. Son nom est à jamais lié à John Lennon, mais ses œuvres constituent un univers à part entière. Au-delà des polémiques, les performances qu’elle a orchestrées, les toiles inachevées qu’elle a proposées, les happenings où le spectateur devient acteur, dessinent le portrait d’une créatrice convaincue que l’art peut bouleverser la société.
Dans un monde confronté à de multiples tensions, la voix de Yoko Ono, malgré le crépuscule de ses jours, raisonne encore. Les grands musées internationaux continuent de programmer ses expositions, révélant à de nouvelles générations la pensée d’une femme qui, depuis ses premières actions dans les années 1960, n’a cessé de rappeler la nécessité d’aimer, d’imaginer et de dépasser les frontières mentales.
Regards vers l’avenir, du haut de la ferme en upstate New York
Au terme d’un parcours ponctué d’épreuves, Yoko Ono, figure incontournable des arts plastiques et de la culture populaire, termine son chemin au cœur d’une nature apaisante. Cette retraite, d’après ceux qui l’ont approchée récemment, n’est pas un renoncement, mais plutôt une continuité logique pour celle qui a tant donné dans la sphère publique. Elle consacre désormais son énergie à un art plus silencieux, intérieur, tout en recevant régulièrement des visites et en gardant un œil attentif sur les projets liés à la mémoire de John Lennon.
La biographie signée David Sheff offre un témoignage rare, soulignant la force de caractère de Yoko Ono, sa persévérance malgré les tempêtes médiatiques et la tragédie de 1980. L’ouvrage rappelle à quel point cette artiste singulière s’est imposée comme l’une des grandes voix pacifistes et féministes de son époque, et pourquoi son influence demeure vive. Qu’il s’agisse de la pièce conceptuelle « Play It by Trust », où les joueurs d’échecs se retrouvent avec des pièces toutes blanches, ou de l’installation qui invite le public à émettre des vœux pour un monde meilleur, Yoko Ono a su faire passer ses messages par l’expérience concrète, l’implication directe, la participation et la remise en question.
De sa ferme, elle contemple désormais le passé tout en restant ouverte aux petits miracles du quotidien, attachée à l’idée qu’il faut poursuivre la route pour mieux avancer. La musique, l’art, la paix : trois dimensions qui l’ont accompagnée tout au long de sa vie et qui continuent de l’habiter tandis qu’elle relit ses écrits et écoute le chant du vent. Loin des tumultes, Yoko Ono préserve cette flamme créatrice qui a fait sa renommée. C’est une existence à la fois discrète et majestueuse, celle d’une artiste à qui l’histoire de la culture occidentale doit beaucoup, et dont le legs s’affirme de jour en jour, à mesure que les générations se penchent sur sa production foisonnante.
À 92 ans, elle semble avoir trouvé l’espace idéal pour honorer son parcours, renouer avec ses proches et s’accorder un repos nécessaire, sans jamais abdiquer son rêve d’un monde où l’imagination, l’empathie et la solidarité peuvent l’emporter. Ses amis et sa famille la décrivent plus sereine que jamais, satisfaite d’avoir relevé le plus grand défi qu’elle s’était fixé : survivre pour mieux semer, un jour après l’autre, les graines de l’art et de la paix.