John Lennon et le refus du mythe des héros disparus trop tôt

Publié le 11 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

L’histoire du rock est peuplée d’icônes dont la légende s’est construite autant sur leur talent que sur leur disparition prématurée. Jimi Hendrix, Jim Morrison, Janis Joplin, Kurt Cobain ou encore Sid Vicious sont autant de noms qui ont marqué l’histoire musicale mais aussi nourri un culte de la mort qui dérangeait profondément John Lennon.

À quelques mois de sa propre tragédie, Lennon s’exprime dans une interview pour Playboy en 1980 sur le phénomène du « vivre vite, mourir jeune » et l’impact qu’il peut avoir sur les générations suivantes. Contrairement à ceux qui glorifient les étoiles filantes du rock, il défend une autre vision : celle de la longévité, de la persévérance et de l’évolution artistique.

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Un Beatle qui refuse la nostalgie et la destruction

Depuis les années 1960, John Lennon est devenu un modèle, une figure révolutionnaire du rock et de la contre-culture. Cependant, loin de se contenter de son héritage, il n’a jamais voulu se figer dans le passé. Contrairement à de nombreux artistes de sa génération qui ont rejeté le punk rock, Lennon y voit une forme d’énergie brute et authentique, mais refuse son côté autodestructeur.

« J’adore tous ces trucs punks. C’est pur. »

Avec cette phrase, il reconnaît que le punk est une expression sincère d’un malaise générationnel, comme l’avaient été les Beatles au début des années 1960. Il comprend l’aliénation qui pousse de nombreux jeunes à adopter une attitude nihiliste et rageuse, mais il refuse d’en faire une idéologie.

Là où il se distingue, c’est dans son rejet du culte de la destruction. Il critique notamment l’une des phrases les plus célèbres du rock, celle de Neil Young :

« Il vaut mieux s’épuiser que s’éteindre. »

À cette maxime qui glorifie le feu de la jeunesse, Lennon réplique par une autre vision :

« Il vaut mieux s’éteindre comme un vieux soldat que de s’épuiser. »

Plutôt que de vénérer ceux qui se sont consumés trop vite, il préfère admirer ceux qui ont survécu et continué à créer.

Sid Vicious et l’illusion du héros maudit

Si Lennon se montre aussi critique envers la glorification de la mort des rock stars, c’est en grande partie à cause du phénomène Sid Vicious.

Le bassiste des Sex Pistols, mort en 1979 à l’âge de 21 ans d’une overdose, incarne pour beaucoup l’archétype du punk nihiliste. Sa vie chaotique, sa dépendance aux drogues et son implication présumée dans le meurtre de sa compagne Nancy Spungen ont fait de lui une figure tragique et controversée.

Lennon ne voit en lui ni une icône, ni un martyr, mais plutôt une victime d’un système qui glorifie la chute plutôt que la rédemption. Il compare cette vénération à celle dont bénéficient d’autres figures disparues trop tôt, comme James Dean ou Jim Morrison, et y voit une impasse idéologique.

« Faire de Sid Vicious un héros, de Jim Morrison, c’est de l’ordure pour moi. Je vénère les gens qui survivent. Gloria Swanson, Greta Garbo. »

Lennon préfère les artistes qui continuent d’évoluer, qui bâtissent une œuvre sur la durée plutôt que ceux qui deviennent des légendes par leur mort. Il craint également l’impact de ce culte morbide sur les jeunes générations, notamment sur son propre fils, Sean Ono Lennon.

« Je ne veux pas que Sean vénère John Wayne ou Sid Vicious. Qu’est-ce qu’ils vous apprennent ? Rien. La mort. »

Un destin tragique qui renforce l’ironie du propos

Quelques mois après cette déclaration, le 8 décembre 1980, John Lennon est assassiné devant le Dakota Building à New York. Son meurtre transforme immédiatement l’homme en mythe, renforçant exactement ce qu’il dénonçait.

Là où il critiquait le culte des artistes morts trop jeunes, il devient lui-même un héros tragique, une figure sanctifiée dont l’image est figée dans le temps. Cette ironie du destin donne une résonance presque prophétique à ses paroles.

Toutefois, la différence avec Sid Vicious ou Jim Morrison réside dans son œuvre et son attitude face à la vie. Lennon ne s’est jamais enfermé dans une vision autodestructrice de la musique. À l’inverse, ses dernières années sont marquées par une quête de paix et de sérénité, un retour à une existence plus simple auprès de Yoko Ono et de son fils.

Sa dernière grande chanson, « Watching the Wheels », résume bien cet état d’esprit :

« I just had to let it go. »

Lennon, loin de vouloir rester prisonnier du passé, accepte l’idée de vieillir et de s’épanouir en dehors du star system.

L’héritage d’une vision différente du rock

Si la mort a fait de Lennon une légende, son véritable héritage réside dans son regard lucide sur la célébrité et le mythe du rock’n’roll. Là où d’autres se sont laissés enfermer dans une image figée, lui a toujours cherché à évoluer, à remettre en question ses propres croyances et à avancer.

En rejetant la fascination pour la destruction, il propose une autre façon de voir la musique : non pas comme un éclat éphémère, mais comme un cheminement personnel.

« Non, merci. Je prendrai les vivants et les bien portants. »

Une phrase qui, malgré sa fin tragique, demeure un message essentiel pour toutes les générations de musiciens et de fans de rock.