Le biopic Beatles de Sam Mendes affole les fans (et divise)

Publié le 12 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Sam Mendes prépare une tétralogie cinéma sur les Beatles, chaque film dédié à un membre du groupe. Le casting divise, les fans fantasment, et une idée loufoque émerge : l’actrice Maya Erskine pour incarner les quatre Beatles à elle seule. Entre hommage, controverse et passion intacte, ce biopic promet de secouer les codes du genre.


Il y a des annonces qui résonnent comme des coups de tonnerre dans le ciel déjà saturé de l’actualité culturelle, et celle faite par Sam Mendes lors du dernier CinemaCon relève de cette trempe. Le réalisateur britannique oscarisé a levé le voile sur un projet aussi audacieux que déroutant : une tétralogie cinématographique consacrée aux Beatles, l’un des groupes les plus emblématiques du XXe siècle. Quatre films, quatre points de vue, un par Beatle. À paraître en avril 2028, cette entreprise titanesque se veut « la première expérience bingeable en salle de cinéma », selon les termes même du cinéaste. Et déjà, la Toile s’enflamme.

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Une distribution qui divise et fascine

Dès l’instant où les noms des acteurs ont été révélés, le casting a suscité un vif émoi : Paul Mescal (Paul McCartney), Harris Dickinson (John Lennon), Barry Keoghan (Ringo Starr) et Joseph Quinn (George Harrison). Quatre comédiens salués pour leur talent, leur intensité dramatique et leur présence à l’écran, mais dont le choix n’a pas manqué de faire grincer des dents.

Il faut dire que faire incarner les Liverpuldiens par deux Irlandais et deux Anglais du sud de l’Angleterre peut paraître comme un pari risqué. D’aucuns pointent du doigt leur allure déjà adulte, leur musculature hollywoodienne, contrastant avec les visages poupins et la décontraction presque juvénile des Fab Four au sommet de leur gloire. Les puristes ne s’y retrouvent pas, les rêveurs fantasment déjà sur d’autres noms.

Certains internautes se sont alors lancés dans un véritable casting parallèle sur Reddit, cette agora numérique où les fans expriment sans filtre leurs enthousiasmes et leurs frustrations. Des suggestions ? Jacob Elordi en Lennon, Charlie Rowe en McCartney, ou même une relecture entièrement féminine du groupe. Une folie douce qui trouve son apothéose dans une proposition aussi absurde qu’irrésistible : et si Maya Erskine jouait… les quatre Beatles à la fois ?

Maya Erskine, Beatles au féminin (et en solo) ?

Pour quiconque a visionné Pen15, série culte et inclassable produite par Hulu, la proposition a de quoi intriguer. Maya Erskine y incarne une adolescente de 13 ans… qu’elle interprète à l’âge adulte, avec un sérieux désarmant et une coupe au bol volontairement risible. Cette capacité à jouer des codes de la représentation, à plonger dans des rôles à contre-emploi tout en conservant une sincérité bouleversante, a forgé autour d’elle une aura singulière.

Alors quand un utilisateur de Reddit propose sur le ton de la blague qu’elle incarne à elle seule John, Paul, George et Ringo, c’est toute une communauté qui se prend au jeu. Les commentaires pleuvent : « Hollywood n’était tout simplement pas prêt pour ça », « C’est insensé mais génial », ou encore « En vrai, pourquoi pas ? Elle ferait mieux que certains du casting actuel ».

Derrière l’humour, cette idée loufoque met en lumière un malaise plus profond : la difficulté de capturer l’essence des Beatles à l’écran. Tant d’acteurs se sont essayés à les incarner dans des fictions ou des biopics, toujours avec le risque de tomber dans la caricature ou l’imitation vaine.

Le défi impossible de représenter les Beatles

Depuis la séparation des Beatles en 1970, Hollywood n’a jamais véritablement su comment les aborder. Certes, des films comme Nowhere Boy (2009) de Sam Taylor-Wood, centré sur l’adolescence de John Lennon, ou encore Yesterday (2019) de Danny Boyle, ont tenté des angles originaux. Mais aucun projet n’avait jusqu’à présent reçu l’adoubement officiel d’Apple Records et des membres survivants du groupe, Paul McCartney et Ringo Starr. C’est désormais chose faite, ce qui confère à la tétralogie de Sam Mendes une responsabilité historique.

Or, cette légitimité institutionnelle n’évacue pas les pièges inhérents à toute biographie filmée : comment restituer le souffle révolutionnaire du groupe sans le figer dans une imagerie muséale ? Comment traduire à l’écran la dynamique intime, souvent complexe, des quatre membres sans sombrer dans la reconstitution pédagogique ?

Avec quatre films distincts, chacun offrant le point de vue subjectif d’un Beatle, Mendes semble vouloir contourner ces écueils. C’est un projet narratif ambitieux, presque proustien, où les souvenirs se croisent, se contredisent et s’enrichissent mutuellement. Mais pour que l’alchimie opère, il faudra plus qu’un casting photogénique.

Entre irrévérence et vénération : la voix des fans

L’idée de Maya Erskine interprétant les quatre Beatles, si saugrenue soit-elle, dit quelque chose de profond sur notre rapport aux icônes. Elle exprime un besoin de rupture face à la sacralisation figée des légendes. Les fans de la première heure veulent être rassurés ; les nouvelles générations réclament une relecture, un souffle neuf.

Dans cette tension entre fidélité historique et liberté artistique, la pop culture joue son rôle de laboratoire. En suggérant qu’une femme asiatique-américaine incarne les quatre musiciens blancs anglais les plus célèbres de l’Histoire, les internautes ne cherchent pas seulement à faire rire. Ils posent une question essentielle : qu’est-ce qu’un Beatle, au fond ? Une voix ? Une coupe de cheveux ? Un accent ? Une posture ? Ou bien une émotion, une vibration, une quête artistique collective ?

On pense ici à d’autres figures cultes passées à la moulinette des réinterprétations contemporaines : Elvis, Bowie, Mercury. Chaque tentative de biopic soulève les mêmes dilemmes : faut-il coller à la réalité ou réinventer le mythe ? Faut-il copier ou traduire ?

Le rock comme terrain de jeu postmoderne

La proposition de Mendes, par son ambition démesurée, s’inscrit dans une tendance plus large de désacralisation du récit rock. Aujourd’hui, raconter l’histoire d’un groupe n’est plus seulement une affaire de chronologie et de tubes à replacer dans leur contexte. Il s’agit de capter l’énergie d’une époque, les tensions d’un collectif, les contradictions d’un succès planétaire.

Dans ce contexte, le casting ne fait pas tout. Il sera intéressant de voir comment Mendes parviendra à restituer l’évolution de la musique des Beatles – des débuts pop acidulés aux expérimentations psychédéliques de Sgt. Pepper, en passant par les fulgurances du White Album ou les tensions latentes de Let It Be. Sans oublier les individualités complexes : le mysticisme introverti de George, l’esprit frondeur de Lennon, le romantisme de McCartney, la discrète humanité de Ringo.

C’est un puzzle émotionnel autant que musical, un kaléidoscope d’époques et d’états d’âme. Et c’est là que se jouera la réussite ou l’échec du projet.

Le dernier mot aux Beatles… et à leurs fans

Alors que les spéculations vont bon train et que les rêves les plus fous s’expriment librement sur les réseaux sociaux, une chose est certaine : les Beatles continuent de susciter une passion intacte. Qu’on les adore, qu’on les réinvente ou qu’on les tourne en dérision, ils restent au cœur de l’imaginaire collectif. Leur musique, leurs visages, leurs disputes et leurs réconciliations font partie de notre histoire commune.

En proposant un regard pluriel sur cette légende vivante, Sam Mendes prend un risque considérable. Mais il nous rappelle aussi, à sa manière, que les Beatles n’ont jamais été figés dans le marbre. Ils ont toujours été en mouvement, changeants, insaisissables.

Alors, Maya Erskine en Beatles ? Pourquoi pas. Parce que dans le fond, comme l’écrivait Lennon, « nothing is real, and nothing to get hung about… » Strawberry Fields, forever.