Que pensait vraiment Ravi Shankar des Beatles ?

Publié le 12 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

On entend souvent dire que l’expression « world music » est dépassée : mettre dans le même sac la musique folklorique coréenne et la tradition griot d’Afrique de l’Ouest n’a pas grand-chose de pertinent, si ce n’est de souligner ce que des oreilles occidentales trouveraient « exotique ». Pourtant, quand George Harrison qualifiait Ravi Shankar de « parrain de la world music », cela avait un sens bien plus profond. Grâce à l’influence de Shankar, la musique a commencé à s’ouvrir à une dimension véritablement globale, jusqu’à ce qu’on se rende compte que le terme « world music » n’était plus vraiment approprié.

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George Harrison, porte d’entrée vers l’Inde

Lorsque George Harrison s’initie au sitar, la culture musicale indienne est alors peu connue du grand public occidental. Comme le remarque Andy Partridge (du groupe XTC), « George Harrison, à lui seul, a ramené l’Inde en Angleterre. » Le Beatles “silencieux” apprend le sitar auprès de Ravi Shankar, déclenchant une curiosité massive pour la musique indienne auprès du public de la pop et du rock.

À partir du milieu des années 1960, des groupes comme The Byrds, The Bee Gees ou d’autres encore se mettent à incorporer des sonorités et instruments variés (sitar, percussions africaines, flûtes andines…). Derrière cette effervescence, on retrouve l’empreinte de Ravi Shankar, dont les sons et la philosophie musicale ont chamboulé les codes de la culture pop occidentale.

Les premières impressions de Shankar sur la musique des Beatles

Malgré le rôle majeur qu’il jouera dans l’évolution artistique des Beatles, Ravi Shankar n’était pas immédiatement séduit par leur musique. Selon ses propres dires, il a découvert le groupe en entendant « Norwegian Wood » – et cela ne l’a pas particulièrement impressionné.

En tant qu’artiste né en 1920, Shankar ne baignait pas dans la culture rock. Il l’a donc abordée avec une certaine distance. Cependant, il a rapidement constaté l’effet extraordinaire que les Beatles exerçaient sur la jeunesse : « Les gens adoraient ça, c’était incroyable », s’est-il exclamé, tout en gardant une forme d’étonnement face à leur popularité hors norme.

Un esprit commun : l’improvisation et l’ouverture d’esprit

Ravi Shankar déclarait souvent que l’improvisation était le cœur de son art. Il soulignait ne jamais savoir quelle note il jouerait dans les deux secondes suivantes, ce qui le stimulait en permanence. Les Beatles, de leur côté, n’étaient pas dans un registre “jam session” comme les musiciens de jazz ou de musique indienne. Néanmoins, leur discographie témoigne d’une volonté de se renouveler constamment. Chaque album – qu’il s’agisse deRubber Soul,Revolver,Sgt. PepperouAbbey Road– dévoile un style différent, comme s’ils exploraient de nouvelles impulsions artistiques.

Même si Shankar n’a pas été “fan” à proprement parler de toutes leurs chansons, il a reconnu cette envie perpétuelle de transformation, qu’il partageait dans sa propre pratique.

Un mentorat décisif pour George Harrison… et le reste du monde

En fin de compte, Shankar a offert aux Beatles plus qu’une simple appréciation : il leur a fourni un véritable accompagnement artistique et spirituel. George Harrison voyait en lui la personne la plus influente de sa vie. De son côté, Shankar, en dépit d’un intérêt modéré pour le rock, a accepté de partager son savoir, ses techniques et ses perspectives philosophiques.

  • Un horizon musical élargi: Pour Harrison, l’apprentissage du sitar et des ragas n’était pas une simple curiosité. Il s’est investi pour comprendre la structure, la spiritualité et la rigueur de la musique indienne.
  • Un impact mondial: La collaboration entre Shankar et Harrison a fait découvrir à des millions de fans de Beatles, et plus généralement d’Occidentaux, la richesse des musiques non occidentales. Cela a contribué à balayer l’idée que la pop se limitait à un format anglo-saxon figé.

Un héritage global

Quand George Harrison surnommait Ravi Shankar « parrain de la world music », l’expression pouvait sembler légère. Mais on voit aujourd’hui à quel point elle recouvrait une réalité historique. Shankar a montré qu’un seul musicien, issu d’une tradition exotique aux yeux du monde occidental, pouvait influer en profondeur sur la pop culture dominante.

Certes, Shankar ne s’est jamais passionné pour toutes les chansons des Beatles. Toutefois, il a observé chez eux – surtout chez Harrison – une soif sincère de progresser et de découvrir d’autres manières de faire de la musique. En les guidant, il a contribué à créer un pont culturel entre l’Occident et l’Inde, dont on mesure encore aujourd’hui l’importance.

Ainsi, même si Shankar n’a jamais été fan inconditionnel des Beatles, il a reconnu la force créative du groupe et compris leur impact sur la jeunesse. Pour Harrison, c’était précisément cet éclairage et cet enrichissement musical qu’il cherchait, bien au-delà du simple ajout d’un instrument nouveau.