Nobody’s Child : Quand les Traveling Wilburys se mobilisent pour une cause humanitaire

Publié le 13 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Le 18 juin 1990, les Traveling Wilburys dévoilaient Nobody’s Child, un single enregistré dans un contexte particulier, bien loin de leurs préoccupations purement musicales habituelles. Cette chanson, interprétée avec la spontanéité et l’authenticité qui caractérisaient le supergroupe, a vu le jour pour répondre à un besoin urgent : attirer l’attention du monde sur le sort tragique des enfants abandonnés dans les orphelinats roumains après la chute du régime communiste de Nicolae Ceaușescu. Retour sur un titre aussi poignant qu’engagé.

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Une chanson au service d’une cause noble

À l’origine, Nobody’s Child est une chanson country écrite par Cy Coben et Mel Foree, popularisée en 1949 par Hank Snow. Elle raconte l’histoire déchirante d’un enfant orphelin rejeté par la société. Ce thème, d’une tristesse intemporelle, trouve un écho particulier dans le contexte de 1990, lorsque Olivia Harrison, l’épouse de George Harrison, alerte son mari sur la situation dramatique des orphelins roumains, abandonnés dans des institutions aux conditions effroyables.

Sensibilisé par cette cause, Harrison propose aux Traveling Wilburys d’enregistrer une version de Nobody’s Child afin de collecter des fonds pour la Romanian Angel Appeal Foundation, une organisation créée pour venir en aide à ces enfants. Le groupe, composé de Harrison (Spike Wilbury), Bob Dylan (Boo Wilbury), Jeff Lynne (Clayton Wilbury), Tom Petty (Muddy Wilbury) et Jim Keltner (Buster Sidebury), se retrouve donc en studio entre avril et juillet 1990 pour donner naissance à cette reprise poignante.

Une production rapide, un engagement sincère

L’enregistrement de Nobody’s Child se fait rapidement, fidèle à l’esprit des Wilburys. Comme l’expliquait George Harrison dans une interview à la BBC en octobre 1990, le but était avant tout de créer un titre capable d’attirer l’attention sur cette cause humanitaire et de générer des fonds. Le supergroupe ne se lance pas dans une production élaborée, privilégiant une approche naturelle et instinctive, à l’image de leurs albums.

Harrison explique également que l’initiative ne s’est pas arrêtée à un simple single. L’idée est rapidement venue de compiler un album caritatif intitulé Nobody’s Child: Romanian Angel Appeal, regroupant plusieurs artistes généreusement impliqués dans cette action. Ainsi, aux côtés de la chanson des Wilburys, on retrouve notamment une version live de With A Little Help From My Friends par Ringo Starr et son All-Starr Band, ainsi que That Kind Of Woman, une composition de George Harrison interprétée par Eric Clapton.

Un accueil mitigé mais une portée humanitaire indéniable

Musicalement, Nobody’s Child adopte une tonalité country-folk qui colle parfaitement à l’identité des Wilburys. La voix grave et nasillarde de Dylan, mêlée aux harmonies de Harrison, Lynne et Petty, confère au morceau une sincérité brute, sans fioritures. Le titre est accompagné d’un clip réalisé par Derek Hayes, mêlant animation et images d’archives montrant la dure réalité des orphelinats roumains.

Si la chanson rencontre un succès relatif sur les charts – atteignant la 9e place en Nouvelle-Zélande et la 44e au Royaume-Uni –, son impact humanitaire est bien plus significatif. La Romanian Angel Appeal Foundation récolte en quelques semaines plus d’un million de livres sterling grâce à la générosité du public britannique. Comme le soulignait Harrison, l’objectif premier était atteint : sensibiliser et mobiliser.

Un héritage humanitaire et musical

Avec Nobody’s Child, les Traveling Wilburys ont prouvé que la musique pouvait être un vecteur puissant de solidarité et d’engagement. Bien que la chanson n’ait pas marqué les esprits comme les autres morceaux phares du groupe, elle demeure un témoignage de leur générosité et de leur volonté d’agir au-delà des frontières du rock.

La réédition de Traveling Wilburys Vol. 3 en 2007 inclut ce titre en bonus, perpétuant ainsi la mémoire de cet engagement humanitaire. Aujourd’hui encore, l’histoire de Nobody’s Child rappelle que la musique peut être plus qu’un simple divertissement : elle peut être un cri d’alerte, un appel à la compassion et un moteur de changement.