« Ce qui alarma Paul Celan » d’Yves Bonnefoy

Par Etcetera

Mon ami Denis Hamel a découvert ce livre en bibliothèque municipale et, comme il aime à la fois la poésie d’Yves Bonnefoy et celle de Celan, il l’a emprunté. Après l’avoir lu, il a accepté de me le passer. Il faut dire qu’un essai sur Paul Celan a de quoi m’intéresser et quand il est écrit en plus par Yves Bonnefoy, qui l’a bien connu, cela aiguise forcément la curiosité. 

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du Printemps des Artistes.

Note Pratique sur le livre

Éditeur : Galilée
Collection : Lignes fictives 
Genre : Essai littéraire 
Année de publication : 2007
Nombre de pages : 44 

Note biographique sur l’auteur

Yves Bonnefoy, né le 24 juin 1923 à Tours et mort le 1ᵉʳ juillet 2016 à Paris 15ᵉ, est un poète, critique d’art et traducteur français. Il est considéré comme un poète majeur de la seconde moitié du XXᵉ et du début du XXIᵉ siècle. D’abord proche du mouvement surréaliste, il s’écarte vite de cette esthétique. Son premier recueil poétique de 1953, Du mouvement et de l’immobilité de Douve lui assure une grande reconnaissance. Il fut professeur d’université et au Collège de France, chercheur au CNRS. Il a défini la poésie comme étant une « articulation entre une existence et une parole ». 
(Source : Wikipédia, résumé par mes soins)

Note biographique sur Paul Celan

Paul Celan, de son vrai nom Paul Pessach Antschel (en allemand) ou Ancel (en roumain), né le 23 novembre 1920 à Cernăuți (à l’époque en Roumanie, aujourd’hui en Ukraine) et mort le 20 avril 1970 à Paris, est un poète et traducteur de nationalité roumaine et de langue allemande, naturalisé français en 1955. Auteur d’une œuvre absolument novatrice, il est souvent considéré comme le plus grand poète de langue allemande de l’après-guerre. Originaire d’une famille juive, il connait l’expérience des camps nazis, où ses parents sont tués. En 1968, il rejoint Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Jacques Dupin, Michel Leiris et Louis-René des Forêts au comité de rédaction de la revue L’Éphémère. Atteint de troubles psychiatriques depuis 1965, en avril 1970 il se suicide en se jetant dans la Seine, probablement du Pont Mirabeau.
(Source : Idem)

Présentation de l’éditeur

« Il n’est que normal que Paul Celan ait été durement affecté par les basses calomnies – des accusations de plagiat – dont il fut l’objet de la part de Claire Goll. Il l’est moins qu’il en ait souffert toute sa vie, alors que ces accusations bien clairement mensongères lui avaient permis de comprendre qu’une majorité de lecteurs prenaient spontanément son parti.
Ce petit essai cherche à comprendre les raisons de cette irréductible affliction et les trouve au plus profond du rapport d’un poète à sa pensée de ce qu’est la poésie. » Y. B.

Mon Avis 

Le point de départ de cet essai est une accusation de plagiat dont fut victime le poète Paul Celan de la part de la veuve du poète Yvan Goll, Claire Goll. Elle l’accusa une première fois en 1953, sans succès, et recommença les mêmes accusations en 1960. Chaque fois, de nombreuses voix se sont élevées pour prendre la défense de Paul Celan et les accusations furent balayées. Mais il n’empêche que le poète d’origine juive et de langue allemande en a été très sérieusement ébranlé et que cette calomnie a détérioré sa santé psychique pour longtemps et cassé sa confiance en autrui. 
Yves Bonnefoy cherche dans ce court ouvrage à expliquer pourquoi Paul Celan a été à ce point blessé et perturbé par ces accusations mensongères, alors que ce n’était au fond pas très grave, que sa réputation n’en avait pas été affectée. 
L’auteur nous explique que ces calomnies ont touché Paul Celan au plus profond de son être poétique et c’est l’occasion pour lui de clarifier le sens de la poésie qui, par son essence même, ne peut pas être plagiée car elle exprime le ressenti intime de l’être humain, ce qu’il a d’unique et d’inaliénable. 
Yves Bonnefoy parle aussi du caractère antisémite plus ou moins voilé de ces calomnies et du fait que Paul Celan entendait par ses poèmes lutter contre la barbarie et les totalitarismes, lutter aussi pour maintenir le souvenir des camps de concentration dont il avait eu l’expérience. Il se définissait lui-même comme « guerrier juif ». 
Bien que l’écriture d’Yves Bonnefoy soit parfois un peu tarabiscotée et – pourrait-on dire – empreinte par moments de recherches stylistiques excessives, j’ai été tout de même très intéressée et touchée par ce livre. Le portrait qu’il fait de Paul Celan est vraiment beau. 

Un Extrait page 39

Qu’est-ce que l’idéologie ? L’absolutisation d’un réseau de concepts, gardé de tout contact avec les réalités du dehors, refermé sur sa seule forme. Et qu’est-ce que la poésie, en revanche, la poésie à son plus profond, sinon la perception du son du mot dans le vers, ou celle de l’immédiat dans le spectacle du monde, avec pour effet que l’autorité des concepts dans le discours y est relativisée, affaiblie, d’où suit que quelque chose de la réalité d’au-delà ce qu’ils disent d’elle peut paraître, au moins un instant ? Or, cette réalité qui se redécouvre ainsi, c’est le temps vécu, c’est un lieu, c’est la finitude : et c’est donc, en puissance, ce sens dont je disais qu’il résulte de la pensée de la finitude. La poésie est de par sa naissance même dans la parole le débordement des systèmes conceptuels, et plus encore de L’absolutisation que l’on peut en faire. Elle est ce qui détruit l’idéologique, au moins tant que du rêve, sa maladie infantile, ne s’établit pas dans ses mots. 
(…) 

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