En 1995, Paul McCartney collabore avec le poète Allen Ginsberg et le compositeur Philip Glass sur « The Ballad of The Skeletons », un poème engagé mis en musique. Ce projet unique allie poésie, musique minimaliste et rock expérimental. Le poème de Ginsberg, qui critique les travers de la société américaine, prend une nouvelle dimension dans cette création où se mélangent des influences de Bob Dylan et de Bo Diddley. L’enregistrement studio, dirigé par Lenny Kaye, renforce ce manifeste musical.
En 1995, une collaboration musicale aussi inattendue qu’exceptionnelle a vu le jour : celle du poète Beat Allen Ginsberg avec Paul McCartney, le compositeur minimaliste Philip Glass et le musicien Lenny Kaye. Ensemble, ils ont donné naissance àThe Ballad Of The Skeletons, un poème engagé mis en musique et enregistré avec une touche rock et expérimentale. Ce projet unique, où la puissance du verbe rencontre la richesse instrumentale, témoigne d’une alchimie fascinante entre poésie et musique contemporaine.
Sommaire
- Un poème contestataire au cœur du projet
- Une rencontre déterminante avec McCartney
- De la scène au studio : un enregistrement collaboratif
- Une sortie remarquée et une réception critique enthousiaste
- Héritage et redécouverte avecFlaming Pie
Un poème contestataire au cœur du projet
À l’origine deThe Ballad Of The Skeletons, il y a un poème d’Allen Ginsberg publié en 1995 dans le magazineThe Nation. Ce texte, incisif et rythmique, constitue une critique acerbe des institutions et des travers de la société américaine. Il s’inscrit dans la continuité de l’héritage contestataire de Ginsberg, héritage qui a marqué toute son œuvre depuisHowl(1956). La structure du poème repose sur une série de strophes où différents « squelettes » – représentant des figures politiques, religieuses et sociales – énoncent des slogans absurdes ou contradictoires, dénonçant ainsi l’hypocrisie ambiante.
Une rencontre déterminante avec McCartney
C’est à l’automne 1995 que Ginsberg rend visite à Paul McCartney dans sa propriété du Sussex. Lors de cette rencontre, il lui fait part de son besoin d’un guitariste pour l’accompagner lors d’une lecture publique à Londres, au Royal Albert Hall. McCartney suggère plusieurs noms, comme David Gilmour et Dave Stewart, avant de réaliser que Ginsberg l’avait peut-être en tête depuis le début. Le 16 octobre 1995, Paul McCartney monte donc sur scène, à la surprise du public, et accompagne Ginsberg sur une version improvisée du poème. L’instant est magique, capturant l’essence brute de la performance orale.
De la scène au studio : un enregistrement collaboratif
Après cette performance mémorable, Ginsberg et McCartney décident d’enregistrer une version studio deThe Ballad Of The Skeletons. Sous la houlette du producteur Lenny Kaye, ils assemblent une équipe de musiciens comprenant Philip Glass au piano, ainsi que les guitaristes Marc Ribot et David Mansfield. McCartney enregistre lui-même plusieurs parties instrumentales, dont la guitare électrique, l’orgue Hammond, la batterie et les maracas.
L’approche musicale de l’enregistrement repose sur une rythmique hypnotique inspirée du Bo Diddley beat, avec des couches sonores rappelant l’atmosphère des premières chansons de Bob Dylan, notamment grâce à l’utilisation de l’orgue Hammond dans l’esprit d’Al Kooper. Philip Glass, avec ses motifs pianistiques répétitifs, insuffle une touche minimaliste qui vient contraster avec la verve enflammée de Ginsberg.
Une sortie remarquée et une réception critique enthousiaste
The Ballad Of The Skeletonssort d’abord aux États-Unis en juillet 1996 sous le label Mercury Records, puis en janvier 1997 au Royaume-Uni. Le CD single comprend plusieurs versions du morceau : l’enregistrement complet de 7 minutes 46, une version éditée de 4 minutes 07, un mix « clean » et une relecture du classiqueAmazing Grace. Un clip vidéo, réalisé par Gus Van Sant, accompagne la sortie du morceau, renforçant son impact visuel et politique.
La presse spécialisée salue l’audace de cette collaboration, soulignant le mélange inédit entre la puissance de la parole de Ginsberg et l’empreinte musicale de McCartney et Glass. Certains critiques y voient un prolongement des expériences poético-musicales des années 1960, tandis que d’autres louent la modernité du projet, capable de résonner avec les préoccupations contemporaines.
Héritage et redécouverte avecFlaming Pie
Bien que le morceau soit resté relativement confidentiel, il bénéficie d’une nouvelle exposition en 2020 lorsqu’il est inclus dans la réédition de l’albumFlaming Piede Paul McCartney. Ce geste souligne l’importance que l’ex-Beatle accorde à ce projet singulier, qui constitue l’une de ses collaborations les plus surprenantes et marquantes.
AvecThe Ballad Of The Skeletons, Allen Ginsberg et Paul McCartney ont prouvé que la musique et la poésie pouvaient se nourrir mutuellement pour donner naissance à une œuvre engagée, intemporelle et résolument avant-gardiste. Une ballade singulière qui, encore aujourd’hui, résonne comme un manifeste poético-musical contre les dérives du monde moderne.