Dans l’histoire des Beatles,Alexis « Magic Alex » Mardasoccupe une place à part. Plus que n’importe quel escroc ou opportuniste gravitant autour du groupe, il incarnela fascination naïve des Beatles pour les esprits prétendument brillants et visionnaires, tout en illustrantleur propension à se laisser embarquer dans des aventures farfelues. D’abord perçu comme un inventeur de génie,Magic Alex s’est rapidement révélé être un mythomane à l’ambition sans limites mais aux réalisations inexistantes. Il a coûté aux Beatlesdu temps, de l’argent, et même une partie de leur crédibilité. Pourtant, malgré son incompétence flagrante, il a sugagner la confiance de John Lennonet devenir l’un des personnages les plus excentriques et intrigants du cercle des Fab Four.
Sommaire
- De la Grèce aux cercles du rock londonien
- L’escroc en chef d’Apple Electronics
- Le fiasco absolu du studio Apple
- La fin d’un mythe
- L’héritage de Magic Alex : un mirage dans l’histoire des Beatles
De la Grèce aux cercles du rock londonien
Né le5 mai 1942 à Athènes, Alexis Mardas affiche très tôt une curiosité pour l’électronique et les innovations technologiques. Dans les années1960, il quitte la Grèce pourl’Angleterre, où il tente de se faire un nom dans le milieu artistique et musical. C’est sa rencontre avecBrian Jones des Rolling Stonesqui lui ouvre les portes du monde du rock. Il prétend alorspouvoir créer des projections lumineuses synchronisées avec la musique, un concept séduisant qui intrigue les Stones. Mais c’estpar le biais de la galerie d’art Indica, où il devient proche deJohn Dunbaret deYoko Ono, qu’il va accéder aux Beatles. En1966, il fait la connaissance deJohn Lennon, qui est immédiatement fasciné par ses talents supposés. Lennon, avide denouveauté et de personnalités avant-gardistes, le prend sous son aile et lui donne le surnom de« Magic Alex », le considérant comme ungourou technologique.« John l’a introduit comme un génie, donc il s’est senti obligé de jouer ce rôle. »—Paul McCartney
L’escroc en chef d’Apple Electronics
Lors de la création d’Apple Corps, les Beatles décident d’étendre leur empire à diverses industries :mode, cinéma, presse, et même électronique. Naturellement,Magic Alex est désigné comme le responsable de cette nouvelle division, avec un salaire confortable de40£ par semaine et une commission de 10% sur toute invention commercialisée.Promesses farfelues et inventions impossiblesMardas ne manque pas d’idées – ou plutôt, d’illusions. Il promet aux Beatlesdes avancées technologiques révolutionnaires:
- Une peinture électriquecapable de transformer les murs en sources lumineuses
- Un téléphone à reconnaissance vocale(en 1968 !)
- Des enceintes intégrées dans le papier peint
- Une guitare solaire
- Une maison flottante maintenue en l’air par un faisceau invisible
« Magic Alex a inventé une peinture électrique. Il nous a montré des morceaux de métal peints, et nous a expliqué qu’il suffirait de peindre les murs pour qu’ils s’illuminent… sauf qu’il fallait placer des plaques d’acier dans le mur avant. »—Ringo StarrComme beaucoup d’autres parasites tournant autour du groupe,Magic Alex comprend vite que les Beatles sont facilement impressionnables. Il n’a pas besoin de prouver ses compétences, il lui suffit de parler de conceptssuffisamment futuristespour séduire Lennon et ses acolytes. Mais très vite,le château de cartes s’effondre.
Le fiasco absolu du studio Apple
L’une despires erreurs des Beatlesa été deconfier à Magic Alex la conception de leur propre studio d’enregistrementau siège d’Apple, àSavile Row. À une époque oùAbbey Roadreprésente l’excellence technologique, Mardasdénigre le matériel existantet promet aux Beatlesun studio révolutionnaire à 72 pistes(alors que les studios les plus avancés de l’époque n’en ont que huit). Quand le groupe décide de démarrer les sessions de« Get Back »en janvier 1969,le studio est un désastre total. Aucun des éléments annoncés n’a été mis en place :
- Aucune isolation acoustique
- Aucune connexion entre la cabine d’enregistrement et la salle de contrôle
- Une console de mixage fabriquée à la va-vite avec des morceaux de bois et un oscilloscope récupéré
- Un son saturé de bruit et de distorsion
« Le studio était un échec total. Rien ne marchait. C’était la plus grande catastrophe de tous les temps. »—George HarrisonLorsque les Beatlestentent un enregistrement test, la console produitun son désastreux, et le groupe décide dequitter les lieux sur-le-champ. Le matériel est immédiatementremplacé par des consoles d’EMI, etMagic Alex est discrètement écarté.« La table de mixage a été vendue pour cinq livres sterling dans une boutique d’électronique d’occasion. »—Geoff EmerickCe fiasco entraîne une rupture définitive entre Mardas et les Beatles.Allen Klein, nommé par Lennon pour assainir les finances du groupe,met fin à son contrat avec Appleen1969.
La fin d’un mythe
Après son éviction,Magic Alex disparaît de la sphère médiatique. Il revient enGrèce, où il fait fortune dans l’exportation d’équipements de sécurité. Il mène une vie discrète et refuse généralement d’évoquerson passé aux côtés des Beatles.« J’étais ingénieur en électronique bien avant d’avoir rencontré les Beatles. »—Alexis Mardas (2008)Mais les enquêtes ultérieures révèlent quela plupart de ses inventions étaient soit du plagiat, soit des idées jamais concrétisées. Pire encore,ses brevets déposés au nom d’Apple ont tous été rejetéspour absence d’originalité. Il décède enjanvier 2017, dans son appartement d’Athènes, à l’âge de74 ans.
L’héritage de Magic Alex : un mirage dans l’histoire des Beatles
Pourquoi les Beatles, habituellement si intelligents dans leurs choix artistiques, se sont-ils laissés berner parun personnage aussi fantasque? La réponse tient à plusieurs éléments :
- Lennon était fasciné par les gourous et les esprits avant-gardistes
- Les Beatles, en quête de nouvelles expériences après l’arrêt des tournées, cherchaient à révolutionner leur approche technologique
- L’absence de gestion rigoureuse chez Apple a permis à des opportunistes comme Mardas d’exploiter leur naïveté
Magic Alex n’ajamais inventé quoi que ce soit de révolutionnaire. Il apromis monts et merveilles, puis s’est éclipsé lorsque ses mensonges ne pouvaient plus être soutenus. Son influence, bien quedésastreuse sur certains aspects, reste aujourd’huiune anecdote fascinantesur les errances du groupe. Si les Beatles ontfailli acheter une île grecque, conçuun studio ingérable, et cru à des projetsaussi fous qu’irréalisables, c’est en partie grâce – ou à cause – deMagic Alex. Il n’auralaissé aucune invention mémorable, mais il restera dans l’histoire commele plus grand illusionniste de l’univers Beatles.