Quand Bowie et Lennon unissent leurs génies pour créer « Fame »

Publié le 20 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Dans l’histoire de la musique, rares sont les moments où deux icônes, issues de sphères aussi distinctes que celles de John Lennon et de David Bowie, se rencontrent pour produire une œuvre marquante. Lennon, légendaire membre des Beatles, incarne l’âme des années 1960. Quant à Bowie, il représente l’avant-garde des années 1970 avec sa réinvention perpétuelle et son univers glam rock unique. Pourtant, leurs destins se sont croisés au milieu des années 1970, à une période tumultueuse pour les deux artistes, pour donner naissance à l’un des hymnes les plus mémorables de Bowie : « Fame ».

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Une rencontre au cœur du chaos

Lorsque Bowie et Lennon se rencontrent en 1974, ils traversent chacun une période de turbulences personnelles. David Bowie, alors au sommet de sa gloire après l’immense succès de The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars (1972), est une figure centrale de la scène glam rock. Avec son allure extraterrestre et sa capacité à se réinventer, il semble incarner une nouvelle ère musicale. Cependant, en coulisses, Bowie lutte contre ses propres démons, notamment une dépendance grandissante à la cocaïne et une vie marquée par l’excès.

De son côté, John Lennon, désormais ex-Beatle, cherche à se redéfinir en tant qu’artiste solo. Les années qui suivent la séparation des Beatles sont pour lui une période de doute et de chaos. Entre 1973 et 1975, il vit ce qu’il appelle son « weekend perdu », une phase d’instabilité marquée par sa séparation temporaire d’avec Yoko Ono, des excès d’alcool, de drogue et une quête désespérée de sens. Pourtant, c’est dans ce désordre que Lennon trouve l’opportunité de collaborer avec Bowie, partageant une énergie créative commune.

Naissance de « Fame » : une alchimie inattendue

La genèse de « Fame » débute avec une idée simple mais puissante : une réflexion critique sur la célébrité. Pour Bowie, alors en pleine ascension, et Lennon, déjà marqué par le poids d’une gloire mondiale, ce thème résonne profondément. Ils sont rejoints par le guitariste et collaborateur de longue date de Bowie, Carlos Alomar, dont les influences funk et soul apportent une dimension essentielle au morceau.

Lors d’une session en studio, Alomar se souvient d’avoir été inspiré par « Foot Stompin’ » de The Flare, une chanson doo-wop dynamique. Bien que Lennon et Bowie soient ancrés dans le rock, Alomar décide de fusionner cette base avec des éléments de funk et le glam rock caractéristique de Bowie. Pendant que Lennon et Bowie sortent dîner, Alomar reste en studio, obsédé par les riffs de guitare qu’il entend dans sa tête. Lorsqu’ils reviennent, il leur présente ce qui deviendra l’un des riffs les plus emblématiques de « Fame ». Bowie, impressionné, déclare immédiatement que la chanson est terminée.

Une œuvre à trois voix

« Fame » est une œuvre collaborative qui porte les empreintes distinctes de chacun de ses créateurs. La contribution de Lennon ne se limite pas à sa participation vocale et à ses idées : son humour mordant et sa vision désabusée de la célébrité imprègnent les paroles. Bowie, quant à lui, apporte sa touche unique en sublimant le morceau par son interprétation théâtrale et son sens du style. Enfin, le jeu de guitare d’Alomar, inspiré par ses expériences avec James Brown, confère au titre une énergie irrésistible et une modernité intemporelle.

Le morceau, enregistré en janvier 1975, devient rapidement un succès. Sorti sur l’album Young Americans, « Fame » atteint la première place des classements américains, offrant à Bowie son tout premier numéro un aux États-Unis. C’est également une rare opportunité d’entendre Lennon sur un projet extérieur, sa voix reconnaissable apparaissant dans les chœurs, répétant ironiquement le mot « Fame ».

Un écho durable dans la musique

« Fame » transcende son époque. Plus qu’une simple chanson, elle est une réflexion sur les pièges de la gloire, explorant les illusions et les désillusions qui accompagnent le succès. Pour Lennon, ce morceau fait écho à son propre vécu, marqué par le poids de la célébrité qu’il a porté dès l’ascension des Beatles. Pour Bowie, c’est une déclaration audacieuse, témoignant de sa capacité à intégrer des styles variés et à collaborer avec d’autres génies créatifs.

La collaboration entre Bowie et Lennon reste un moment unique dans l’histoire de la musique. Elle symbolise la rencontre de deux générations et de deux visions artistiques, chacune façonnée par des contextes différents mais unies par une même quête d’innovation et de sincérité. En seulement quelques minutes, « Fame » capture l’essence de cette alchimie, prouvant que même dans les périodes les plus chaotiques, l’art peut émerger comme une force transcendante.

Une leçon de création

« Fame » est bien plus qu’un simple morceau emblématique des années 1970. C’est le produit d’un échange entre deux esprits brillants à un moment charnière de leur vie. Alors que Bowie continuera à explorer des territoires musicaux toujours plus audacieux, Lennon retrouvera la sérénité dans les années suivantes en revenant à sa vie de famille avec Yoko Ono. Leur collaboration rappelle que les rencontres improbables peuvent produire des chefs-d’œuvre, et que même dans les moments les plus sombres, la créativité reste une lueur d’espoir.