Quand McCartney et Ringo rallument la magie avec “Beautiful Night”

Publié le 21 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 1997, Paul McCartney renoue avec la magie des Beatles grâce à “Beautiful Night”, fruit d’une collaboration émotive avec Ringo Starr. Ce morceau, né dans un souffle de nostalgie et de complicité, illustre le retour en grâce de McCartney avec l’album Flaming Pie, salué par la critique.


Au cœur des années 1990, alors que les feux de la critique semblaient s’éteindre autour de Paul McCartney, une étincelle inattendue allait raviver l’éclat de son génie créatif. Loin des fastes de la Beatlemania, mais toujours hanté par l’ombre des “Fab Four”, McCartney allait, avec l’aide de vieux complices et d’un vent de nostalgie, accoucher d’un album d’une rare finesse : Flaming Pie. C’est dans ce contexte que naît Beautiful Night, une chanson aux accents familiers, où l’écho des studios d’Abbey Road semblait soudain résonner de nouveau.

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Le retour d’une légende fatiguée

Depuis Tug of War en 1982, McCartney n’avait plus véritablement conquis la critique. Ses albums, bien que ponctués de succès populaires, semblaient manquer de direction artistique, peinant à égaler la richesse mélodique et l’ambition des années Beatles. Le tournant s’amorce pourtant discrètement avec Off the Ground en 1993, mais c’est surtout l’implication de McCartney dans le projet Anthology qui marque le vrai renouveau.

Aux côtés de Ringo Starr, George Harrison et du producteur Jeff Lynne – cerveau d’Electric Light Orchestra et admirateur déclaré des Beatles –, McCartney plonge tête la première dans les archives du groupe. Le projet Anthology, à la fois documentaire télévisé et triptyque musical, exhume des joyaux oubliés et ressuscite deux démos inachevées de John Lennon, devenues les singles officiels Free as a Bird et Real Love en 1995. Cette immersion dans le passé n’a rien de nostalgique au sens passif du terme : elle agit comme un catalyseur créatif.

Une “tarte flamboyante” née d’une vision

Le titre même de Flaming Pie est déjà un clin d’œil appuyé à l’humour surréaliste des débuts. En 1961, John Lennon racontait dans Mersey Beat que le nom “Beatles” lui était apparu en rêve : “Un homme est apparu sur une tarte flamboyante et leur a dit : ‘À partir de ce jour, vous serez des Beatles avec un A’”. En nommant ainsi son nouvel album, McCartney revendique l’héritage tout en s’amusant du mythe. Il convoque également les figures tutélaires du passé : George Martin revient pour les orchestrations, Geoff Emerick – l’ingénieur du son de l’époque de Revolver et Sgt. Pepper’s – est de la partie, tout comme Jeff Lynne à la production.

Mais c’est la visite d’un autre complice de toujours, Ringo Starr, qui allait insuffler à l’album sa chaleur la plus intime.

Une nuit pas comme les autres

Beautiful Night, troisième single de l’album, traînait dans les tiroirs de McCartney depuis 1986. “J’ai toujours aimé cette chanson, mais je n’en avais jamais trouvé la version définitive”, confiera-t-il bien plus tard au magazine GQ. Il faut attendre l’été 1996 pour que les planètes s’alignent. Ringo passe par le studio personnel de McCartney, le Hog Hill Mill, niché dans la campagne verdoyante du Sussex, et la magie opère immédiatement.

“C’était comme au bon vieux temps”, raconte McCartney. “On ne l’avait plus fait depuis si longtemps, mais c’était naturel, confortable. C’était toujours là.” Dans ce studio moderne, mais habité par des souvenirs communs, les deux vieux amis se retrouvent avec la complicité intacte. Ils enregistrent Beautiful Night, mais y ajoutent une section finale rapide et enjouée, absente des versions précédentes. Et comme un clin d’œil, un éclat de rire capté en fin de session trahit le plaisir enfantin du moment : on entend Ringo, imitant un portier britannique, lancer un ironique “All right then. On your way…”, laissé volontairement dans la version finale.

Ce détail, minuscule en apparence, résume pourtant toute l’âme de l’enregistrement. Un fragment d’authenticité. Une trace d’amitié réelle. Une musique qui ne cherche plus à séduire à tout prix, mais à revivre des émotions sincères.

Une jam session devenue chanson

Mais les réjouissances ne s’arrêtent pas là. Portés par l’euphorie de la retrouvaille, McCartney, Ringo et Jeff Lynne improvisent un morceau inédit. Macca empoigne sa fidèle Höfner basse, Ringo se met derrière la batterie, Lynne à la guitare. Ils se lancent dans un groove R&B spontané, les paroles surgissant presque en flux de conscience. Ce jam deviendra Really Love You, une curiosité dans la discographie de McCartney puisqu’elle constitue la première chanson officiellement créditée au duo McCartney/Starkey.

Cette pièce, certes secondaire sur le plan commercial, revêt une importance symbolique majeure. Elle entérine la complicité intacte entre les deux survivants du groupe, prouvant que la dynamique Beatles – ce mélange d’amitié, d’humour et d’improvisation brillante – n’a jamais totalement disparu. Elle n’attendait qu’un déclic pour ressurgir.

La critique rattrape son retard

Lorsque Flaming Pie paraît en mai 1997, il est accueilli avec un enthousiasme unanime. Les critiques saluent un retour à la forme, évoquant un McCartney apaisé mais toujours inspiré, mélodiste de génie capable d’unir introspection et éclat pop. Certains y verront même son meilleur opus depuis Band on the Run ou Tug of War. L’album marque surtout le début d’une nouvelle ère pour McCartney, où la réflexion sur le passé ne rime plus avec mélancolie mais avec réinvention.

Le succès critique de Flaming Pie ouvre la voie à une trilogie de disques plus introspectifs, culminant avec Chaos and Creation in the Backyard en 2005, réalisé avec Nigel Godrich (producteur de Radiohead). Ce dernier, réputé exigeant, pousse McCartney à épurer son style, à retrouver cette économie de moyens chère aux débuts. Et à l’instar de Beautiful Night, ce sont souvent les chansons les plus dépouillées, les plus sincères, qui touchent au cœur.

“It was still there” : l’éternité d’une alchimie

Il serait tentant de voir dans la résurgence de la magie McCartney/Starr un simple effet de nostalgie. Mais ce serait mal comprendre ce qui rend Beautiful Night si spéciale. Ce n’est pas tant le souvenir des Beatles qui fascine ici, que la preuve que leur esprit – leur spontanéité, leur humour, leur générosité musicale – peut encore briller dans un monde post-Beatles.

En 2019, lorsque Ringo rejoint McCartney sur scène pour interpréter Helter Skelter, ce dernier ne peut s’empêcher de se retourner vers la batterie pour regarder son vieil ami jouer. L’image est forte : un homme, qui a vu les sommets du succès planétaire, qui a traversé les décennies et les deuils, retrouve dans un regard complice toute la puissance de l’amitié musicale.

Le rock est parfois affaire de réinvention. Mais il est, pour les plus grands, affaire de fidélité à une flamme intérieure. Paul McCartney, à travers Beautiful Night, nous rappelle que la beauté d’un instant partagé peut transcender les années, et que dans chaque note, chaque accord, chaque rire saisi au vol, se cache peut-être un écho de l’éternité.

Et cette nuit-là, dans un studio du Sussex, il y avait quelque chose de l’ordre du miracle.