Sommaire
- Une chanson inspirée du Tao Te Ching
- Enregistrement en Inde : un prolongement du projet Wonderwall Music
- Retour à Abbey Road : la voix de George encouragée par John et Paul
- Sortie et réception : une face B précieuse
- Héritage et rééditions
- un pont entre l’Inde et Liverpool
Une chanson inspirée du Tao Te Ching
« The Inner Light » est la première composition de George Harrison à figurer sur une face d’un single des Beatles (en l’occurrence, la face B de « Lady Madonna »). Sortie en mars 1968, la chanson s’inspire directement d’un passage du Tao Te Ching, texte fondateur du taoïsme. À l’origine, Juan Mascaró, professeur de sanskrit à Cambridge, envoie à Harrison un recueil intitulé Lamps Of Fire, attirant son attention sur un extrait du chapitre 47 de ce livre de sagesse chinoise.
Harrison, déjà en quête de spiritualité et de sons indiens, saisit l’occasion de mettre en musique ces paroles prônant l’introspection et la conscience intérieure. Le résultat est « The Inner Light » : une plongée dans l’atmosphère méditative propre à cette époque, quand la démarche spirituelle des Beatles (en particulier de George) atteint des sommets.
Enregistrement en Inde : un prolongement du projet Wonderwall Music
En janvier 1968, Harrison part à Bombay (aujourd’hui Mumbai) pour enregistrer la bande-son du film Wonderwall, réalisée par Joe Massot. Dans le cadre de ce projet, George collabore avec des musiciens traditionnels indiens dans les studios EMI locaux, captant divers morceaux instrumentaux. Profitant de cette immersion, il enregistre également la trame de base de « The Inner Light » le 12 janvier 1968 (six prises sont réalisées, la sixième devenant la base de la version finale).
Les musiciens indiens (dont on retrouve les noms : Sharad Ghosh, Hanuman Jadev, etc.) jouent divers instruments traditionnels : shehnai, flûte, sarod, tabla, harmonium… On baigne donc dans un climat typiquement raga, poursuivant le goût prononcé de Harrison pour la musique indienne (déjà présent depuis « Norwegian Wood » et « Within You Without You »).
Retour à Abbey Road : la voix de George encouragée par John et Paul
De retour à Londres, dans les studios EMI, Harrison doit finaliser sa chanson. Le 6 février 1968, il enregistre sa partie vocale ; cependant, le morceau étant dans un registre plus aigu que d’ordinaire, George hésite. Selon le témoignage de Jerry Boys (technicien de l’époque), John Lennon et Paul McCartney l’encouragent à “oser” la chanter malgré tout.
Deux jours plus tard, le 8 février, Lennon et McCartney ajoutent brièvement des harmonies vocales pour étoffer le refrain – en début d’après-midi, avant d’autres engagements. Ainsi se clôt l’enregistrement de « The Inner Light », marquée par cette ambiance collaborative malgré le fait qu’Harrison demeure l’initiateur.
Sortie et réception : une face B précieuse
Le 15 mars 1968 au Royaume-Uni (et le 18 mars aux États-Unis), les Beatles publient « Lady Madonna » en single, avec « The Inner Light » en face B. C’est la première fois qu’une chanson de George apparaît sur un 45 tours des Beatles. Malgré son statut de face B, le morceau reçoit un accueil positif du groupe et des fans. Il illustre parfaitement l’évolution spirituelle de Harrison, en parallèle des expérimentations de Lennon et McCartney avec la musique psychédélique.
Sur le plan musical, l’absence de guitare rock ou de batterie occidentale se fait sentir : on est plus proche de « Within You Without You » ou « Love You To », avec un texte planant, soulignant la volonté de Harrison de partager un message philosophique, en accord avec la fascination pour la méditation transcendantale et l’intérêt grandissant pour l’Orient.
Héritage et rééditions
- 2006 : Sur l’album Love, qui revisite le catalogue Beatles, un extrait de « The Inner Light » est utilisé comme transition, associé à « Here Comes The Sun ».
- 2014 : Le disque Wonderwall Music de George Harrison (son premier album solo, sorti initialement en 1968) est réédité, incluant une version instrumentale alternative de « The Inner Light ».
- 2018 : La version instrumentale (take 6) figure dans le coffret « 50e anniversaire » du White Album, rappelant les sessions indiennes dont est issu le morceau.
En 2020, en pleine crise sanitaire, Dhani Harrison (fils de George) réenregistre la chanson pour soutenir une levée de fonds caritative (#innerlight2020), rappelant que « The Inner Light » évoque l’idée de trouver la paix intérieure sans avoir à quitter son chez-soi – un écho parfait à la période de confinement.
un pont entre l’Inde et Liverpool
« The Inner Light » cristallise la passion de George Harrison pour la philosophie orientale, tout en témoignant de son talent grandissant en tant qu’auteur. Écrite sur la base du Tao Te Ching, enregistrée à la fois à Bombay (instrumentation traditionnelle) et à Abbey Road (voix et harmonies Beatles), la chanson est un symbole fort du cosmopolitisme qui anime les Beatles à l’apogée de leur carrière.
Plus qu’une curiosité dans leur discographie, « The Inner Light » illustre la recherche constante de nouvelles sonorités et l’ouverture spirituelle qui caractérise la fin des années 1960. Si Lennon et McCartney dominent souvent l’histoire des Beatles, ce morceau souligne combien Harrison apporte, lui aussi, un souffle d’exotisme et de profondeur, enrichissant ainsi la palette sonore et philosophique du groupe.