Il y a 25 ans : George Martin inaugurait une plaque bleue commémorative au magasin HMV du 363 Oxford Street

Publié le 26 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Au 363 Oxford Street, Brian Epstein grava le destin des Beatles en transformant un échec en opportunité historique, faisant d’HMV un carrefour majeur de la révolution musicale du XXe siècle.


Le 8 février 1962, un Brian Epstein légèrement découragé pousse la porte du magasin His Master’s Voice, au 363 Oxford Street à Londres. Quelques jours auparavant, il a essuyé un échec cuisant : les Beatles, son écurie prometteuse venue de Liverpool, viennent de se voir refuser un contrat après une audition chez Decca. Pourtant, Epstein, ce jeune manager élégant au flair indiscutable, n’est pas homme à se laisser abattre. Il croit en ses « garçons » avec une ferveur inébranlable.

Chez HMV, il vient graver un microsillon à partir des bandes de l’audition de Decca. L’idée est simple : transformer ces bandes en disques pour faciliter leur diffusion auprès des maisons de disques. Jim Foyd, le technicien en charge, est frappé par l’énergie brute et l’originalité de la musique qui défile sur la bande. C’est la première étincelle d’un feu qui s’apprête à embraser le monde de la musique.

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Le dernier étage, promesse d’un avenir

L’audace d’Epstein ne s’arrête pas à la cabine de gravure. Foyd, enthousiasmé, l’oriente vers Sid Coleman, le manager de EMI Music Publishing, installé au dernier étage du bâtiment. La rencontre est rapide mais décisive : Coleman, lui aussi, sent le potentiel et propose à Epstein un rendez-vous avec George Martin, producteur chez Parlophone, une filiale d’EMI.

Le 13 février 1962 est donc fixée la date d’une rencontre qui changera irrévocablement le cours de l’histoire musicale. George Martin, gentleman britannique et virtuose du studio, saura façonner et sublimer le talent brut des Beatles, à la croisiée du rock à peine naissant et d’un savoir-faire pop sophistiqué.

HMV : temple de la musique populaire

Depuis son ouverture en juillet 1921 par Sir Edward Elgar, le magasin His Master’s Voice était déjà auréolé d’une aura particulière. Conçu pour être bien plus qu’un point de vente, il était un véritable sanctuaire pour les mélomanes, offrant une expérience unique de découverte musicale. Graver ses propres disques, à l’image de ce qu’avait fait Elvis Presley à la Sun Records en 1954, était un privilège rare, conférant au magasin un rôle à la fois technique et symbolique.

Dans l’Angleterre d’après-guerre, assoiffée de nouveautés culturelles, HMV incarnait la modernité. Oxford Street, artère commerçante effervescente, devenait ainsi le théâtre de l’évolution musicale du siècle.

Des années de gloire à la chute du disque

Au fil des décennies, HMV élargit son empire, déménageant à quelques numéros plus haut sur Oxford Street pour s’installer dans un immense megastore. Le nouveau lieu rivalise alors avec les mastodontes Virgin Megastore et Tower Records, en termes d’offre et d’influence.

Le 16 octobre 1997, Paul McCartney, icône toujours vénérée, revient sur les lieux pour une séance de dédicaces. Cette apparition incarne une poignante boucle temporelle : de ces murs étaient nées les premières notes du destin fulgurant des Beatles.

Mais la fin du siècle approche, et avec elle, l’effondrement progressif du modèle traditionnel de distribution musicale. La crise du disque, entamée par l’avènement du téléchargement illégal et l’essor du numérique, frappe de plein fouet ces cathédrales du vinyle et du CD. Virgin Megastore ferme ses portes. Tower Records suit le même destin tragique.

HMV résiste tant bien que mal, tente de se réinventer, et finit par se réinstaller dans ses locaux historiques. Paul McCartney, une nouvelle fois, répond à l’appel pour une ultime dédicace le 18 octobre 2013. Mais rien ne peut endiguer la vague. En 2019, l’enseigne, épuisée par des années de déclin, ferme définitivement ses portes.

La mémoire gravée dans la pierre

Le 26 avril 2000, une plaque commémorative est inaugurée sur le site historique du 363 Oxford Street par Sir George Martin lui-même. Le geste n’est pas anodin. Il s’agit de rendre hommage à ce lieu pivot, où la rencontre du destin des Beatles et de la persévérance de Brian Epstein prirent corps.

Contrairement aux plaques bleues officielles apposées par English Heritage, celle-ci est particulière : elle symbolise l’attachement profond à une culture populaire encore vivante, loin des seules gloires aristocratiques ou politiques. Elle témoigne aussi, par ricochet, de la mémoire de Bob Baker, passionné de cinéma et explorateur d’héritages londoniens, qui joua un rôle déterminant dans sa découverte.

HMV n’était pas simplement un magasin. Il était le reflet d’une époque, d’une soif insatiable de musique, d’une jeunesse en quête de nouveautés, de révoltes, d’amours et de libertés. Sa disparition signe la fin d’un certain rapport charnel à la musique, celui où l’on pouvait encore feuilleter des pochettes d’albums, discuter avec des vendeurs passionnés, sentir vibrer l’attente d’une découverte.

L’empreinte indélébile d’Oxford Street

Aujourd’hui, le 363 Oxford Street, bien que vidé de sa vocation originelle, continue de vivre dans la mémoire collective. Les amateurs de musique, les inconditionnels des Beatles, les nostalgiques des années où l’achat d’un disque relevait du rituel, savent encore où porter leurs pas.

L’histoire de HMV se confond avec celle de l’éveil musical du XXe siècle, mais surtout avec l’histoire humaine d’une période bousculée par l’audace, la curiosité et la passion. Le destin fulgurant des Beatles, le flair de Brian Epstein, l’oreille avertie de George Martin, tout cela trouve racine, presque par miracle, dans un étage anonyme d’un magasin bourdonnant d’activités.

Ainsi, derrière les enseignes clinquantes d’Oxford Street, c’est toute une mémoire vibrante qui continue de résonner, discrète mais essentielle, comme l’écho d’une note suspendue dans le temps.