Sortie en 1973 sur Band On The Run, Mrs Vandebilt est une chanson à l’énergie contagieuse, mêlant humour et critique sociale. Inspiré du nom de la célèbre famille Vanderbilt, ce morceau combine rythmes entraînants, paroles satiriques et influences africaines. Malgré un succès discret à sa sortie, il renaît en 2008 lorsque les fans ukrainiens demandent son ajout aux concerts de McCartney. Depuis, Mrs Vandebilt est devenu un classique incontournable du répertoire live de l’ex-Beatle.
En 1973, Paul McCartney et son groupe Wings publiaientBand On The Run, un album qui allait s’imposer comme l’une des œuvres majeures de l’ex-Beatle. Parmi les morceaux phares de cet opus,Mrs Vandebiltse distingue par son rythme entraînant, son refrain entêtant et son atmosphère exubérante. Pourtant, derrière son apparente légèreté, la chanson cache une composition astucieuse mêlant satire sociale et influences éclectiques.
Sommaire
- Une inspiration aristocratique détournée
- Entre humour britannique et influences africaines
- Une production marquée par l’adversité
- Un succès posthume et un retour en grâce
- Une chanson intemporelle
Une inspiration aristocratique détournée
Le titreMrs Vandebilttire son nom de la famille Vanderbilt, une dynastie américaine de riches industriels d’origine néerlandaise ayant bâti un empire dans les chemins de fer et le transport maritime au XIXe siècle. Paul McCartney ne cherche toutefois pas à livrer une chronique historique sur cette lignée emblématique. Il utilise plutôt ce patronyme comme prétexte pour un récit à l’humour piquant, dénonçant la superficialité et la fragilité de la fortune.
Les paroles, bien que peu explicites sur la famille Vanderbilt, évoquent tout de même le déclin de leur richesse avec les vers :« When your pile is on the wane/You don’t complain of robbery »(« Quand ta fortune décline, tu ne te plains pas du vol »). McCartney détourne ainsi ce symbole de prospérité pour en faire une figure universelle de la décadence des élites.
Entre humour britannique et influences africaines
Dès l’introduction,Mrs Vandebiltfrappe par son originalité. McCartney reprend une phrase issue d’une émission de radio britannique,Tarzan Of The Tapes, animée par le comédien Charlie Chester :« Down in the jungle, living in a tent/Better than a prefab – no rent! »(« Dans la jungle, vivant sous une tente/Mieux qu’une maison préfabriquée – pas de loyer ! »). Ce clin d’œil au burlesque britannique s’inscrit dans la tradition de l’absurde chère à McCartney.
L’une des signatures sonores du morceau reste son éclat de rire final, dont la genèse est tout aussi atypique. Alors que McCartney et ses musiciens enregistraientMrs Vandebiltà Lagos, au Nigeria, ils commencèrent à improviser des rires moqueurs en studio. De retour à Londres, ils enrichirent ces rires en les superposant à ceux d’une foule enregistrée aux AIR Studios. Ce procédé de post-production confère à la chanson une atmosphère festive et quelque peu délirante.
Une production marquée par l’adversité
L’enregistrement deBand On The Runà Lagos ne fut pas de tout repos. McCartney et son groupe durent faire face à diverses difficultés techniques et logistiques. Lors de la session deMrs Vandebilt, une panne d’électricité vint interrompre le travail. Contraints de poursuivre avec des générateurs de secours, les musiciens s’inquiétaient que le bruit des machines n’affecte la qualité sonore de l’enregistrement.
Malgré ces contraintes, la version finale du morceau bénéficie d’un groove imparable. Paul McCartney assure la quasi-totalité des instruments – voix, guitare, basse et batterie –, tandis que Denny Laine et Linda McCartney ajoutent des chœurs enjoués. Le saxophoniste Howie Casey, ancien membre du groupe Derry And The Seniors, vient enrichir l’arrangement avec des interventions pleines de vitalité, qui participent au dynamisme du titre.
Un succès posthume et un retour en grâce
Bien queMrs Vandebiltn’ait pas été publiée en single au Royaume-Uni ni aux états-Unis, elle sort en 1974 en Europe et en Australie, avecBluebirden face B. à l’époque, elle ne s’impose pas immédiatement comme un classique du répertoire de McCartney, et reste absente de ses concerts pendant plusieurs décennies.
Il faut attendre 2008 pour qu’elle connaisse une renaissance spectaculaire. Cette année-là, un sondage réalisé sur un site ukrainien placeMrs Vandebilten tête des chansons que les fans souhaitent entendre en concert. Sensible à cette demande, McCartney décide de l’ajouter à la setlist de son spectacle gratuit donné à Kiev. Il introduit la chanson en ukrainien en expliquant :« Nous avons été invités à jouer cette chanson ». Depuis,Mrs Vandebiltest devenue un incontournable de ses tournées.
Une chanson intemporelle
Avec ses rythmes entraînants, son texte à la fois léger et ironique, et son ambiance festive,Mrs Vandebiltillustre parfaitement la capacité de Paul McCartney à mêler humour et sophistication musicale. Si elle fut longtemps reléguée au rang de pépite méconnue deBand On The Run, elle est aujourd’hui reconnue comme un témoignage éclatant du génie créatif de son auteur. Son refrain –Ho hey ho!– continue de résonner avec la même force, preuve que certaines mélodies sont vouées à traverser les âges sans jamais perdre de leur éclat.