En cette année 2025, Paul McCartney dévoile enfin l’un des chapitres les plus singuliers et les plus audacieux de sa carrière post-Beatles. À paraître le 4 novembre prochain, Wings: The Story of a Band on the Run promet d’être bien plus qu’un simple livre de souvenirs : c’est un récit collectif, foisonnant et viscéralement incarné, sur une aventure humaine et artistique hors du commun. Édité avec soin par Ted Widmer – historien et plume respectée – ce récit oral tissé autour de Paul McCartney ressuscite l’histoire fascinante de Wings, formation atypique née des cendres encore fumantes du plus grand groupe pop de tous les temps.
Dans un contexte où les Beatles viennent tout juste de se séparer, McCartney choisit de tourner la page en ne se regardant jamais dans le rétroviseur. Il veut un groupe, une route, des défis. Ce ne sera pas un McCartney solo embourgeoisé. Ce sera Wings : une formation mouvante, aventureuse, animée par l’envie de regagner sa place au sommet, sans privilège hérité. La parution de cet ouvrage s’inscrit dans un climat de redécouverte des années 1970 et de réévaluation du legs musical laissé par ce groupe longtemps mésestimé.
Sommaire
- Une fresque intime à plusieurs voix
- Redonner sa place à une décennie méconnue
- Une immersion sensorielle et documentaire
- Wings : de l’intimité rurale à la conquête du monde
- Une œuvre d’amour et de mémoire
- Réhabiliter Wings, enfin
Une fresque intime à plusieurs voix
Ce qui rend cet ouvrage unique, c’est sa construction polyphonique. À côté de la voix de Paul – centrale, bien sûr – s’expriment ses compagnons de route : Linda McCartney, l’indéfectible muse et complice ; Denny Laine, fidèle acolyte de l’époque Moody Blues ; mais aussi les enfants McCartney, Mary et Stella, ainsi que des figures tutélaires de la musique comme John Lennon, George Harrison, George Martin, Ringo Starr, Sean Ono Lennon, Chrissie Hynde, et même Dustin Hoffman ou Twiggy.
Ce chœur à plusieurs voix permet une lecture riche et nuancée des années Wings. C’est aussi un voyage émotionnel, où chaque témoignage vient éclairer sous un jour nouveau les moments-clés : l’enregistrement sous tension de Band on the Run à Lagos, les premières tournées improvisées dans des universités britanniques, ou encore le triomphe de Mull of Kintyre, premier single à dépasser les deux millions d’exemplaires vendus au Royaume-Uni.
Redonner sa place à une décennie méconnue
Trop longtemps, Wings a été relégué à un simple chapitre secondaire dans la saga McCartney. Pour les puristes, l’après-Beatles n’était qu’un épilogue. Pour les critiques, Wings apparaissait souvent comme un projet « familial » trop sage ou inégal. Et pourtant, les chiffres sont éloquents : plus de 22 millions d’albums écoulés, un Oscar manqué de peu avec Live and Let Die, et des tournées pionnières qui ouvriront la voie aux mégashows de la décennie suivante.
Avec cette rétrospective monumentale, McCartney semble vouloir restaurer la vérité : Wings n’a pas été un projet de transition. Il s’agissait d’un acte de foi, d’une reconstruction. Paul, encore jeune père et artiste inquiet, s’y livre corps et âme, entremêlant pop, rock, reggae, ballades, orchestrations complexes et expérimentations audacieuses.
Une immersion sensorielle et documentaire
Ce n’est pas qu’un livre. C’est une expérience sensorielle, visuelle, presque cinématographique. Les quelque 150 photographies inédites – issues notamment des archives personnelles de Linda McCartney, mais aussi de Mike McCartney, Clive Arrowsmith, Henry Diltz ou Robert Ellis – confèrent à l’ouvrage une atmosphère palpable. On y ressent la moiteur des nuits nigérianes, la chaleur feutrée des studios d’Abbey Road, les scènes chaotiques d’un bus de tournée brinquebalant.
Ajoutez à cela des reproductions de carnets intimes, des brouillons de paroles écrites de la main de McCartney, et vous obtenez un objet total, entre biographie collective et livre d’art. Les visuels des deux éditions – la version américaine illustrée par Alex Trochut, et la version britannique ornée d’un cliché de Linda – témoignent de l’ambition artistique du projet. Rien n’a été laissé au hasard.
Wings : de l’intimité rurale à la conquête du monde
Il faut relire ce parcours à l’aune de ce que furent les années 1970 : une décennie mouvante, entre libérations et incertitudes. Wings naît dans un monde post-60s où les utopies se fissurent. Tandis que les Beatles se disloquent et que le punk s’apprête à gronder, Paul prend le contre-pied de l’image du rock star hédoniste. Il s’installe en Écosse, compose dans une ferme, élève ses enfants. Et part sur les routes non pas avec des limousines, mais en van, guitare à la main.
Le livre retrace avec minutie ces voyages initiatiques : de l’Écosse profonde à Lagos, de la Louisiane à Tokyo, des Caraïbes à Montserrat. Chaque étape est racontée avec une précision quasi ethnographique, sans jamais verser dans la nostalgie naïve. On y perçoit la fragilité de l’entreprise, les tensions internes, les départs douloureux (Henry McCullough, Denny Seiwell), mais aussi les instants de grâce qui forgeront les classiques de Wings.
Une œuvre d’amour et de mémoire
Le plus touchant, sans doute, est la tendresse qui infuse chaque page. Celle de Paul pour Linda, dont la présence est omniprésente, comme une lumière douce et constante. Celle de McCartney pour ses compagnons, même ceux avec lesquels les relations furent parfois rugueuses. Et cette tendresse pour la musique elle-même – ce besoin impérieux de créer, encore et toujours, même quand on a déjà tout prouvé.
“Travailler sur ce livre a réveillé tant de beaux souvenirs,” confie Paul. “C’est comme si j’avais remonté le temps sur un tapis magique.” Ce n’est pas qu’une métaphore poétique : c’est le sentiment réel que procure la lecture de Wings: The Story of a Band on the Run.
Réhabiliter Wings, enfin
En redonnant voix et chair à ce chapitre fondamental de sa carrière, McCartney s’offre aussi une réparation. Il démontre que Wings n’était pas une récréation, ni un projet familial sans ambition, mais bel et bien une œuvre cohérente, visionnaire, parfois en avance sur son temps. À l’heure où les jeunes générations redécouvrent les années 70 sous un prisme nouveau – entre vinyles, mode vintage et résurgences analogiques – Wings: The Story of a Band on the Run tombe à pic.
Ce livre est une archive vivante, un contre-récit nécessaire, un cri d’amour à la musique partagée. Un témoignage précieux sur ce que signifie vraiment « former un groupe » – avec ses doutes, ses échecs, ses amitiés trahies ou retrouvées. Et dans le silence des studios ou le fracas des stades, une seule constante : la foi inébranlable de Paul McCartney dans la musique comme lien, comme refuge, comme quête infinie.
Voici un nouvel extrait vidéo livré par Paul McCartney
ET voici la couverture du livre :