Pourquoi McCartney choisit Sgt. Pepper comme sommet des Beatles

Publié le 02 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Plus de cinquante ans après sa sortie, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band continue d’alimenter la fascination autour de l’œuvre des Beatles. Paul McCartney, souvent interrogé sur sa préférence parmi les chefs-d’œuvre gravés par le Fab Four, a récemment confié que cet album, plus que tout autre, tenait une place particulière dans son cœur. Non pour sa seule popularité ou son audace formelle, mais pour le rôle central qu’il y a joué, à un moment charnière de leur histoire collective.

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Entre les lignes, un choix sentimental

Lors d’une récente interview, Paul McCartney a été invité à désigner l’album qu’il considère comme le sommet artistique des Beatles. Il aurait pu botter en touche, comme il le fait souvent face à ce genre de question. Et de fait, il commence par nuancer :

« Je ne fais pas vraiment de distinction entre les albums. À chaque fois, pour l’époque et pour les connaissances musicales qu’on avait, chacun a quelque chose de spécial. »

Mais il finit par lâcher ce que les fans attendaient :

« Je choisirais probablement Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, parce que j’y ai beaucoup contribué. »

L’idée de l’alter ego : fuir les Beatles pour mieux les réinventer

C’est McCartney qui, dès l’hiver 1966, propose à ses camarades de ne plus sortir leur prochain disque “comme les Beatles”. Lassés par les tournées, minés par la pression médiatique, les quatre garçons de Liverpool cherchent une échappatoire. McCartney suggère alors un artifice narratif : imaginer qu’ils sont un autre groupe, un ensemble fictif nommé Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band.

Cette stratégie, qui relève autant du théâtre que de la pop, permet au groupe de s’affranchir des attentes et d’oser des formes musicales inédites. Ce fut un tournant conceptuel et esthétique, qui propulsa la musique populaire dans une ère nouvelle, plus libre, plus cérébrale, plus audacieuse.

Sgt. Pepper : entre expérimentation et cohérence

L’album, sorti en juin 1967, est souvent cité comme le premier concept album de l’histoire du rock — une affirmation que l’on peut relativiser, mais qui souligne à quel point il a marqué son temps. Des titres comme Lucy in the Sky with Diamonds, Fixing a Hole, She’s Leaving Home, ou encore le sublime A Day in the Life, témoignent de la richesse formelle et émotionnelle de ce disque.

Paul y joue un rôle moteur. Non seulement comme compositeur, mais aussi comme architecte du projet global. C’est lui qui pousse à l’inclusion d’éléments baroques, orchestraux, psychédéliques. C’est lui qui défend l’unité de l’album, malgré sa diversité interne.

Le cas Carnival of Light : la pièce absente

Mais derrière l’évidence du disque se cache un morceau fantôme, qui n’a jamais été publié : Carnival of Light. Enregistré en janvier 1967, lors des sessions de Sgt. Pepper, ce morceau expérimental signé McCartney est une sorte de collage sonore improvisé, entre percussions tribales, effets électroniques et hurlements lointains. Un prototype de Revolution 9, mais signé Paul.

Il fut envisagé pour la série Anthology dans les années 1990, mais George Harrison y mit son veto, jugeant la pièce « trop ennuyeuse ». McCartney, lui, continue de militer pour sa sortie. En 2017, pour les 50 ans de l’album, il espérait l’inclure dans l’édition deluxe. Mais Giles Martin, le fils de George Martin, expliqua :

« Ce n’était pas vraiment lié à l’album. C’est une autre chose. J’espère qu’on pourra faire quelque chose d’intéressant avec ça un jour. »

Aujourd’hui encore, le morceau reste inédit, devenu un objet de culte pour les fans les plus passionnés, un mythe de studio dont personne ne connaît véritablement la teneur.

Une œuvre totale, une aventure collective

Au-delà des anecdotes, ce qui fait de Sgt. Pepper l’album préféré de McCartney, c’est peut-être cette sensation unique : celle d’avoir, pendant quelques mois, repoussé les frontières de la pop comme jamais auparavant. D’avoir dirigé un orchestre symphonique, joué avec les textures sonores, écrit des chansons hors formats. Et surtout, d’avoir convaincu les trois autres d’embarquer avec lui.

Même John Lennon, qui se montrera plus critique à l’égard de l’album dans les années 70, reconnaîtra la puissance de A Day in the Life. Et George, qui s’y sentira plus en retrait, contribuera avec l’envoûtant Within You Without You, sommet spirituel inattendu.

L’album où McCartney a tout osé

Rubber Soul avait ouvert la voie, Revolver l’avait pavée. Mais c’est avec Sgt. Pepper que Paul McCartney, compositeur, arrangeur, visionnaire, prend véritablement les commandes artistiques du groupe. Ce n’est pas une prise de pouvoir autoritaire — c’est un moment de grâce où son ambition épouse la forme parfaite.

Aujourd’hui encore, McCartney voit dans cet album non seulement une somme de morceaux exceptionnels, mais un moment de bascule, où les Beatles cessent d’être simplement un groupe pour devenir un projet artistique global, à la fois musical, graphique, et conceptuel.

Et s’il faut un seul album pour incarner cette révolution silencieuse, c’est celui-là.