Un vinyle inédit de John Lennon aux enchères à Liverpool pour la paix

Publié le 03 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Il arrive parfois que l’objet matériel devienne le vecteur d’une mémoire universelle. C’est précisément ce qui se joue ce dimanche 4 mai à Liverpool, lorsque sera mis aux enchères un vinyle rare de John Lennon, pressé à la main en édition ultra limitée. Cette pièce, un 12 pouces contenant les titres Give Peace a Chance et Remember Love, n’est pas seulement un témoignage discographique : c’est une relique d’un combat artistique et politique, une archive sonore devenue chant du monde.

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Un vinyle comme un manifeste

Ce disque, pressé à seulement 50 exemplaires, a été offert à des associations caritatives par Yoko Ono et Sean Ono Lennon dans le cadre d’une levée de fonds exceptionnelle. Chaque exemplaire est un vinyle acetate 12″ à face unique, découpé manuellement sur un tour à Abbey Road Studios, le lieu même où les Beatles forgèrent leur légende. Chaque copie est numérotée, ornée d’une étiquette personnalisée, et porte la signature imprimée de Yoko Ono.

L’un de ces précieux objets sera vendu aux enchères lors du Gospel Music Festival au Liverpool Olympia, événement organisé en partenariat avec World Vision, une ONG internationale qui œuvre pour la protection et l’éducation des enfants vulnérables à travers le monde. Mise à prix : 500 livres sterling. Le produit de la vente sera intégralement reversé à l’œuvre caritative.

Give Peace a Chance : le chant d’une époque

Composé en mai 1969 dans la chambre 1742 de l’hôtel Reine Élizabeth à Montréal, Give Peace a Chance est né d’un slogan spontané lâché par John Lennon lors d’un « bed-in » pour la paix avec Yoko Ono. Ce mot d’ordre, devenu refrain, devint bientôt une litanie planétaire contre la guerre du Viêt Nam. Le 15 novembre 1969, lors de la plus grande manifestation pacifiste de l’histoire américaine, à Washington D.C., plus de 500 000 personnes entonnèrent la chanson, guidées par Pete Seeger. Un moment gravé dans la conscience collective.

Pour Lennon, ce n’était pas une chanson ordinaire. Il dira plus tard : « I had written it with that in mind. I felt an obligation even then to write a song that people would sing in the pub, or on a demonstration. » Cette chanson était une offrande. Un outil. Un geste de solidarité avec tous ceux qui luttaient pour la paix.

L’empreinte familiale : entre transmission et fidélité

Ce qui rend cette mise aux enchères encore plus poignante, c’est qu’elle est le fruit d’un travail de mémoire familiale. Le fils de Lennon, Sean Ono Lennon, est aujourd’hui le garant de cet héritage. Il supervise les Ultimate Mixes de l’œuvre de son père, accompagné de l’ingénieur du son Paul Hicks, fidèle complice des remasterings Beatles depuis les années 2000.

Dans une note jointe au disque, Sean écrit : « To raise the spirit of Peace and Love, here is one of only fifty Limited Edition acetates… It’s yours – to sell, auction, raise money to help your charity to GIVE PEACE A CHANCE and REMEMBER LOVE. » Un appel au partage, à la continuité du message. Il ajoute même un hashtag, #GivePeaceAChance, pour suivre la trace de ces objets dans le monde réel et virtuel. Car dans cette démarche, le geste n’est pas simplement commémoratif : il est vivant.

Une vente à haute valeur symbolique pour Liverpool

La vente du vinyle à Liverpool n’est pas anodine. C’est dans cette ville que John Lennon est né, qu’il a formé les Quarrymen, qu’il a rencontré Paul McCartney, et que le mythe des Beatles a commencé à se dessiner. Revenir à Liverpool, c’est reconnecter avec les origines. Et offrir cette pièce rare à une vente caritative dans cette cité, c’est inscrire la mémoire de Lennon dans une logique d’ancrage local et d’engagement global.

Anu Omideyi, directrice du Gospel Music Festival, souligne d’ailleurs la cohérence entre le message de la chanson et l’esprit de l’événement : « Because we stand for love, peace, community cohesion and serving the most vulnerable in society… » Le Gospel, musique de résistance, d’élévation et d’espérance, croise ici le pacifisme pop d’un Lennon à la guitare acoustique. Deux traditions qui se rejoignent pour célébrer l’unité.

Une mémoire transformée en action

L’importance de cette enchère réside aussi dans sa portée sociale. Simon Gibbes, responsable de World Vision UK, rappelle que « the auction of the vinyl will provide valuable funds » pour leur mission humanitaire. L’objet devient ainsi levier d’action. Et l’art, au lieu de se figer dans le passé, devient moteur de changement.

La démarche de Yoko Ono, quant à elle, témoigne d’une fidélité indéfectible au message de son époux. Depuis plus de cinquante ans, elle veille à préserver non seulement son œuvre, mais aussi son message. Elle ne cède jamais à la tentation du culte ou du merchandising vide. Au contraire, elle remet Lennon dans l’arène du réel, là où l’art peut encore aider, guérir, rassembler.

Une pièce de collection pour militants éclairés

Ce disque n’est pas destiné à dormir sur une étagère. Il est conçu comme une étincelle, un outil de mobilisation douce. Quiconque l’acquerra ne possédera pas seulement un objet rarissime, mais aussi une part tangible de l’idéal Lennonien. Il portera dans ses sillons le souffle de 1969, les cris de Washington, la voix de John, les harmonies fragiles de Yoko, la vision humaniste de Sean.

On dit souvent que le vinyle est le support le plus sensuel pour la musique. Dans ce cas précis, il est aussi le plus symbolique. Le grain du son, la rugosité du support, l’unicité de la coupe… tout cela contribue à faire de ce disque un artefact total. Un objet de mémoire, mais aussi un manifeste.

L’éternel retour de Lennon

John Lennon, assassiné en 1980 à New York, n’a jamais cessé de parler au monde. Ses chansons, bien au-delà de leur époque, continuent de vibrer au présent. Imagine, Working Class Hero, Mind Games, et bien sûr Give Peace a Chance, sont devenues des repères moraux, des balises dans un monde en turbulence.

Cette mise aux enchères à Liverpool, en mai 2025, n’est donc pas un simple événement musical. C’est un acte politique, poétique, humanitaire. Une manière de rappeler que Lennon n’était pas seulement un Beatle, ni même un chanteur. Il était, fondamentalement, un rêveur actif. Un homme qui croyait au pouvoir de la chanson pour transformer le monde.

Et ce soir-là, à Liverpool, au cœur d’un festival gospel, peut-être qu’en entendant ces mots gravés dans la cire — “All we are saying is give peace a chance” — une nouvelle génération comprendra que les idéaux ne meurent jamais. Ils se transmettent. Acétate après acétate. Voix après voix.