En tant que chauffeur, on apprend des choses.
Entre autre ceci: Certains passagers vous donne une destination, d'autres vous livrent un chapître qu'ils n'ont jamais lu à voix haute.
Il portait un morceau trois-pièces trop serré pour être neuf. La poussière y était pâle. Col pressé, bouton du haut boutonné, coeur frippé. "Cimetière de Monaco" a-t-il simplement dit. On ne s'est pas regardé, le genre de suspension du temps qui ressemble à quelque chose comme quelqu'un qui retiendrait son souffle. Je lui ai demandé si il voulait que je mettes de la musique dans le taxi. Il a secoué sa tête, négativement.
"Non, elle n'aimait pas le bruit" Après avoir fermé les yeux, et les avoir rouvert, il a marqué un temps, puis a dit: "Elle disait que le silence dit la vérité plus rapidement". Puis il a regardé par la fenêtre, comme si il demandait la permission de se décomposer. Il ne voulait pas de musique mais ses doigts pianotaient sur ses genoux, cherchant le rythme du calme. Mais elle n'aimait pas la pluie.
Pluie qui commençait à tomber comme si le ciel pleurait pour lui. Doucement. Le son de la pluie ne mentait jamais, disait-elle, apparemment.
"Ce n'était pas ma femme" a-t-il dit. "...ni ma soeur, ni ma mère...elle était la "presque" jamais abandonnée, celle qui ne m'avait jamais quitté, sans toutefois jamais arriver..." Plus doucement encore, il a ajouté`"...Elle m'a appris à attendre, je n'ai juste jamais appris à arrêter d'attendre".
"Elle ne s'est jamais marié. N'a jamais vraiment essayé d'y penser." Il a rit, doucement. Comme épaté de la chose. "On a jamais cessé de se parler de timing...mais peut-être que le timing se déguisait en destin..."
"Chaque fois qu'on se voyait, c'était comme si on retenait nos souffles mais qu'aucun des deux ne voulaient expirer."
Elle est décédée il y a 2 semaines. Un voisin avait avisé l'homme, ayant lu son avis de décès. Il lui avait dit que ce ne serait pas juste de ne pas se rendre à ses funérailles, même si officiellement, il n'avait jamais été de son histoire.
"Mais certaines histoires vivent entre les lignes et j'y était toujours, dans la marge".
On a conduit en silence. Un silence soudainement remplit d'importance.
Il a brisé le silence. "C'est bizarre de se sentir endeuillé de quelque chose qui n'a jamais tellement existé".
À la clôture du cimetière, il s'est assis un peu plus longtemps sur un banc. Après avoir passé quelques minutes devant sa tombe, puis de revenir à l'entrée. Je l'ai rejoint.
Il en sorti une de sa veste, l'a dépliée, l'a lu pour lui-même, a fermé les yeux. La repliée et replacée dans sa veste. "Chaque fois que je sortais, c'est la première chose que je gardais sur moi, avant les clés d'auto, avant le portefeuille, avant le téléphone. Toujours. J'ai gardée celle-là ".
"Un jour, nous serons dans la même ville, au même moment et ne prétendra pas que sera une coïncidence." Il a ensuite fermé les yeux. Les offrant au soleil. "Je supposes qu'on a manqué de jours".
Il a ensuite murmuré "Peut-être que c'est toujours ce qui étais promis. De ne jamais arriver. De simplement orbiter".
Pas pour s'expliquer.
Pas pour réécrire le passé.
Mais pour doucement confirmer que certains amours n'ont pas besoin de noms pour être vrais.
N'ont ni même besoin de chances.
Juste d'une présence.