Woman Is The N—r Of The World : L’Appel Audacieux de John Lennon pour l’Égalité

Publié le 11 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 1972, l’une des chansons les plus controversées de John Lennon a vu le jour, marquant un tournant audacieux dans la lutte pour l’égalité des sexes. « Woman Is The N—r Of The World » a non seulement suscité des débats intenses, mais elle a également fait un lien entre les luttes sociales de l’époque, la condition féminine et les droits civiques. Ce morceau emblématique est l’expression d’une prise de conscience personnelle de Lennon et de Yoko Ono, mais il est aussi un reflet de la scène politique des années 1970, où les luttes des femmes et des minorités étaient au cœur des préoccupations.

Sommaire

L’origine de la phrase : de Yoko Ono à John Lennon

L’histoire de « Woman Is The N—r Of The World » débute en 1969, lorsque Yoko Ono, lors d’une interview pour le magazine Nova, prononce la phrase choc : « Woman is the n—-r of the world ». Un commentaire dérangeant, mais puissant, qu’elle a formulé à partir de son expérience personnelle dans le monde de l’art londonien, qui était dominé par les hommes. Loin d’être une déclaration raciste, cette phrase était plutôt le cri de frustration d’une femme opprimée par le machisme ambiant, une forme de dénonciation des inégalités de genre qu’elle vivait au quotidien. Mais ce qui est fascinant, c’est la manière dont cette idée a été transmise et amplifiée par John Lennon, qui n’a pas tardé à faire sienne cette affirmation.

Lennon, après sa rencontre avec Yoko, a rapidement pris conscience de ses propres biais masculins et de la manière dont ceux-ci avaient limité ses relations avec les femmes, y compris avec Yoko elle-même. Cette prise de conscience allait alimenter son œuvre musicale et personnelle durant les années suivantes, en particulier dans son implication dans les causes de la gauche radicale et féministe des années 1970.

Une chanson provocatrice, une époque en pleine effervescence

En 1971, alors qu’il prépare son album Some Time in New York City, Lennon revient sur cette phrase et commence à la transformer en chanson. Cette dernière n’était pas qu’une simple chanson de protestation, mais une tentative de fusionner les luttes des femmes et des Noirs, deux groupes marginalisés que Lennon et Ono soutenaient activement. Il est d’ailleurs important de noter que Lennon a pris des précautions avant de lancer ce morceau : il a consulté plusieurs militants des droits civiques, y compris le comédien Dick Gregory, pour savoir si l’usage du terme « n—-r » dans ce contexte pouvait être offensant.

Malgré ces précautions, la chanson sera vue comme trop provocante et sera largement boycottée par les stations de radio américaines, dont la majorité refusera de la diffuser. L’acceptation du terme « n—-r » – utilisé ici non pas pour stigmatiser mais pour signifier l’oppression – était trop radicale, trop difficile à appréhender dans un pays encore marqué par la ségrégation et les tensions raciales.

Une œuvre en gestation : de la première démo à la version finale

Avant de se rendre en studio pour l’enregistrer, Lennon avait commencé à travailler sur « Woman Is The N—r Of The World » dès 1969, peu après l’interview de Yoko Ono. À l’époque, la chanson n’était qu’un croquis, avec des paroles incomplètes et une mélodie sous-développée. Ce n’est que vers la fin de l’année 1971 que Lennon parviendra à finaliser cette chanson avec un texte plus formel et une structure musicale plus affirmée. À ce stade, il enregistre une autre démo à la maison, qui sera plus tard publiée sur la compilation John Lennon Anthology.

Le processus créatif de Lennon a été influencé par l’engagement de plus en plus fort de Yoko Ono pour la cause féministe. Ensemble, ils ont construit une vision politique qui, tout en étant radicale, cherchait à provoquer une prise de conscience collective. Ce n’était plus seulement une chanson sur les femmes, mais un appel à l’unité entre tous ceux qui étaient opprimés par le système patriarcal, un cri de révolte contre une société qui maintenait des structures de pouvoir inéquitables.

L’enregistrement et la réception

Entre le 13 février et le 8 mars 1972, Lennon, Ono et le groupe Elephant’s Memory enregistrent Some Time In New York City à New York. L’album, qui allait devenir un manifeste politique, est le fruit de la collaboration entre John Lennon, Yoko Ono et le producteur Phil Spector. C’est dans ce cadre que « Woman Is The N—r Of The World » prend véritablement forme. Le groupe, connu pour son énergie et son audace, a permis à la chanson d’atteindre une puissance rythmique et un engagement qui ont renforcé le message révolutionnaire porté par Lennon.

La chanson est choisie pour être le premier single de l’album et paraît en avril 1972 aux États-Unis, mais elle rencontre une réception mitigée. Les stations de radio américaines refusent massivement de la diffuser, ce qui entrave gravement sa carrière commerciale. Pourtant, elle demeure une chanson marquante, bien qu’elle n’atteigne que la 57e place du Billboard Hot 100.

Un impact limité, mais durable

Si « Woman Is The N—r Of The World » a échoué à atteindre les sommets des classements musicaux, sa portée idéologique reste indéniable. Lennon s’était aventuré dans un terrain miné, touchant à des problématiques sociales et politiques délicates. Toutefois, l’absence de soutien de la part des médias et la censure dont la chanson a été victime n’ont pas fait taire son message. En fait, l’histoire de ce morceau est révélatrice de l’époque, marquée par la réticence des institutions à accepter les messages trop radicaux, même lorsque ceux-ci étaient portés par une figure emblématique de la musique populaire.

Le contexte politique et la performance en direct

En 1972, l’engagement politique de John Lennon était à son apogée. Son soutien à des causes comme la libération de John Sinclair, un militant des droits civiques emprisonné, et son implication dans le mouvement New Left se retrouvaient dans ses compositions. « Woman Is The N—r Of The World » n’était pas seulement une chanson, mais un acte politique, une tentative de faire entendre la voix des femmes dans un monde qui les réduisait souvent au silence.

Le 30 août 1972, Lennon et Ono ont interprété « Woman Is The N—r Of The World » lors des concerts One To One au Madison Square Garden de New York. Ce concert marquait un point culminant de la carrière de Lennon en tant qu’artiste engagé, avec des performances qui mêlaient musique, politique et activisme. Le morceau a fait partie intégrante de l’album Live In New York City, publié en 1986, qui capture la puissance de l’interprétation en direct de Lennon et de son groupe.

L’héritage d’un acte révolutionnaire

Bien que « Woman Is The N—r Of The World » n’ait pas eu le succès commercial qu’elle méritait, elle incarne un moment décisif dans l’histoire de la musique et du militantisme. Elle représente une volonté de secouer les consciences et de bousculer les normes sociales, une démarche qui s’inscrit pleinement dans la trajectoire de John Lennon après la dissolution des Beatles. En tant que chanson de protestation, elle s’inscrit dans la lignée des autres titres de Lennon, tels que « Give Peace A Chance » et « Imagine », mais avec un ton plus direct et plus abrasif.

Aujourd’hui, « Woman Is The N—r Of The World » demeure l’un des morceaux les plus audacieux et controversés de la discographie de John Lennon. Si la société américaine de l’époque n’a pas su l’entendre, la chanson trouve de plus en plus d’écho dans le discours féministe et les luttes sociales contemporaines. Elle rappelle que l’égalité des sexes, la justice sociale et la lutte contre l’oppression restent des combats toujours d’actualité.

Le simple fait que ce titre ait été enregistré et diffusé par un ex-Beatle atteste de la puissance de l’engagement de John Lennon à une époque où la musique pop pouvait être un vecteur de changement social. « Woman Is The N—r Of The World » est bien plus qu’une chanson ; c’est un manifeste pour une révolte pacifique, mais déterminée, contre l’injustice et l’inégalité.