John Lennon, la méfiance et la peur de trahison envers Paul McCartney

Publié le 13 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Dans les dernières années des Beatles, la relation entre John Lennon et Paul McCartney s’est détériorée, marquée par la méfiance et les malentendus. L’affaire Northern Songs, où McCartney a acquis des parts sans en informer Lennon, a exacerbé les tensions. Lennon, se sentant trahi, a exprimé sa colère dans la chanson « How Do You Sleep? », une attaque directe envers McCartney. Malgré des tentatives de réconciliation, leur amitié est restée fragile, illustrant la complexité de leur partenariat.


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Quand la fraternité vacille

Ils avaient tout partagé : les rêves d’adolescents, les premiers accords dans une salle paroissiale de Liverpool, les tournées frénétiques, la Beatlemania, l’invention du rock moderne. John Lennon et Paul McCartney, au-delà d’un partenariat musical sans équivalent, formaient une fraternité. Et pourtant, à la fin des années 1960, quelque chose s’est brisé.

Ce n’est pas la seule histoire d’un groupe qui explose. C’est la chronique d’une amitié empoisonnée par la suspicion, nourrie par l’orgueil, les malentendus, et les blessures intimes. En 1970, Lennon voit en McCartney un homme “calculateur, sournois, manipulateur”. Et cette image, il ne s’en défait jamais tout à fait.

Northern Songs : un soupçon qui devient fracture

L’affaire Northern Songs cristallise cette rupture de confiance.

En 1969, Paul McCartney décide, sur les conseils de Peter Brown, d’acheter quelques actions de cette société d’édition musicale fondée en 1963 pour gérer le catalogue Lennon-McCartney. L’objectif ? Investir dans ses propres chansons, en toute logique.

Mais John Lennon interprète immédiatement le geste comme une manœuvre secrète pour prendre le contrôle de leurs œuvres communes. Il explose :

“Il pensait que je tramais un coup en douce pour le rouler. Il est devenu fou furieux”, se souvient McCartney.

Pourtant, il n’était question que d’un millier d’actions, une goutte d’eau dans l’océan financier des Beatles. Mais le mal est fait : Lennon se sent trahi, une fois de plus.

“Il me voyait toujours comme quelqu’un de sournois et de rusé. C’était ça, mon image : un type charmant, mais un petit malin”, dira McCartney plus tard.

Une paranoïa bien plus ancienne

Cette suspicion n’est pas née en 1969. Elle prend racine bien plus tôt, dans la psychologie torturée de Lennon. Enfant abandonné par son père, témoin de la mort brutale de sa mère, John vit dans une peur permanente d’être trahi ou abandonné. Il s’attache férocement, mais toujours avec une forme d’anxiété diffuse. Il aime, mais redoute que l’amour lui soit repris.

Dans cette dynamique, Paul devient à la fois le frère adoré et l’ami redouté. Lennon sait que McCartney est brillant, diplomate, stratège. Il admire cela autant qu’il le craint. Dès que McCartney agit seul, Lennon y voit un complot personnel, une preuve que la loyauté est rompue.

Et cette méfiance va jusqu’à contaminer leur amitié, même dans les années où ils sont encore très proches.

Une réputation mal portée

Le plus tragique, c’est que McCartney n’est pas un manipulateur, mais il est perçu comme tel. Il le dit lui-même avec amertume :

“Personne ne me croit quand je suis sincère. On pense toujours que je calcule quelque chose.”

Cette image colle à sa peau, même auprès de ses amis. Il raconte une anecdote révélatrice :

“Je disais à Cilla Black que j’aimais bien son mari Bobby. Elle me répondait : ‘Mais qu’est-ce que tu veux dire, vraiment ?’ Comme si j’avais une arrière-pensée.”

Cette défiance permanente, même dans les cercles intimes, pèse lourdement sur McCartney. D’autant plus qu’au moment de la séparation des Beatles, il est largement vu comme le “traître”, celui qui intente une action en justice contre les autres pour dissoudre le groupe. Il devient le pragmatique froid face à un Lennon romantisé.

Lennon, entre rage et contradictions

Lennon, de son côté, n’est pas constant dans ses jugements. Il peut, dans la même interview, accuser McCartney de tous les maux, puis glisser un mot d’amour :

“Il me tapait sur les nerfs. Mais je l’aimais. Il était comme un frère. Et je l’aimerai toujours.”

Mais sa méfiance revient toujours en force lorsqu’il sent que McCartney agit seul, ou semble vouloir contrôler le destin du groupe. Ce fut le cas avec Allen Klein, le manager choisi par Lennon, Harrison et Starr, mais rejeté par Paul au profit de son beau-frère. Lennon voit là encore une trahison, un refus d’unité.

Ce climat de suspicion culmine dans les années 1970, lorsqu’il écrit la chanson How Do You Sleep?, attaque au vitriol contre McCartney :

“The only thing you done was yesterday / And since you’ve gone, you’re just another day…”

Une attaque douloureuse. Mais derrière les mots, le ressentiment masque un immense chagrin, celui d’une rupture impossible à digérer.

Une réconciliation fragile

Heureusement, le temps finit par apaiser les tensions. Au fil des années, Lennon et McCartney reprennent contact, échangent des appels, jouent ensemble en privé, évoquent même un projet de collaboration. John se confie plus librement, devient père, adoucit son regard. Et pourtant… la méfiance n’est jamais totalement levée.

McCartney, après la mort de Lennon, se montre souvent amer face à la manière dont le monde a réécrit leur histoire commune :

“Personne ne sait combien j’ai aidé John. Je suis allé jusqu’à Los Angeles pour lui parler, pour l’aider à sortir de sa dérive. Et il ne m’a jamais remercié.”

Un regret qui en dit long sur la douleur sourde que McCartney a portée, celle d’avoir été mal jugé, mal compris.

Une blessure qui nourrit la légende

Aujourd’hui encore, cette dynamique entre Lennon et McCartney fascine. Elle dépasse les simples querelles de royalties ou de contrats. Elle touche à quelque chose de profondement humain : la peur de perdre l’autre, le besoin d’être aimé sans condition, le choc entre deux visions du monde.

Lennon, instinctif, hypersensible, à fleur de peau. McCartney, organisé, perfectionniste, charmeur. Deux polarités qui ont fait la grandeur des Beatles. Mais qui ont aussi creusé un abîme entre eux.

“Je l’aime. Il est comme un frère.”

À la fin de sa vie, Lennon ne cache pas ses contradictions. Oui, il trouvait McCartney manipulateur. Oui, il l’aimait plus que tout. Et ce paradoxe est sans doute la clé même de leur lien si singulier.

John Lennon ne cessera jamais de se méfier de Paul. Mais il ne cessera jamais non plus de l’aimer.